Hérault : prévoir les épisodes cévenols en étudiant la vapeur d'eau en Méditerranée

Convention novatrice, ce mardi à la Grande-Motte. Météo-France, Sète et l'université de Montpellier concrétisent un projet de recherche : mesurer et étudier la vapeur d'eau de la troposphère en équipant les bateaux de croisière pour affiner les prévisions météorologiques des épisodes cévenols.

A Sète, les bateaux de croisière pourraient être équipés de capteurs météo pour mieux prévoir les épisodes cévenols.
A Sète, les bateaux de croisière pourraient être équipés de capteurs météo pour mieux prévoir les épisodes cévenols. © F3LR
Les épisodes cévenols ou méditerranéens ont souvent des conséquences dramatiques voire même mortelles en Languedoc-Roussillon. Le Gard a encore été victime d'inondations désastreuses il n'y a pas deux semaines.  La prévision de ces phénomènes est par essence très délicate puisqu'ils engendrent des séquences orageuses très localisées. Aujourd'hui Météo-France prédit les épisodes cévenols, mais a encore du mal à déterminer leur amplitude et les zones précises de leur impact potentiel. Des phénomènes météo qui prennent naissance en Méditerranée car c'est le vent et les amas nuageux venant du large qui provoquent ensuite des dégats à l'intérieur des terres quand ce front chaud se transforme en formations orageuses au contact des masses d'air plus froides de l'arrière-pays gardois ou héraultais.
La Méditerranée, houle et vent de mer à Port-la-Nouvelle avant le dernier épisode cévenol.
La Méditerranée, houle et vent de mer à Port-la-Nouvelle avant le dernier épisode cévenol. © Sylvie BONNET
C'est dans ce contexte de "danger" venu de la mer que la convention signée ce mardi à la Grande-Motte peut s'avérer à terme d'une grande utilité, lorsqu'elle aura dépassé la phase expérimentale.

Equiper les bâteaux de croisière de station GNSS

Le port de Sète est associé à la convention car c'est le principal point d'ancrage des bateaux de croisière en Occitanie. Ces navires seront équipés d'un système de positionnement très pointu (en anglais G.N.S.S, pour Global Navigation Satellite System, est un ensemble de satellites qui permettent d'obtenir les coordonnées géographiques très précises de la position du bateau).
Les informations recueillies sur la quantité de vapeur d'eau présente en Méditerranée au coeur de la naissance des épisodes cévenols, dans la troposphère, cette couche de l'atmosphère terrestre comprise entre la surface du globe et la stratosphère, seront ensuite transférées en temps quasi réel aux partenaires au moyen d’un nanosatellite.

Le triple CubeSat du Centre Spatial Universitaire de Montpellier 

C'est le nanosatellite conçu et réalisé par le centre spatial universitaire de Montpellier qui sera chargé en partenariat avec Météo-France de collecter dans des délais courts, des données météorologiques sur la quantité d’eau présente dans les basses couches de l’atmosphère afin d’améliorer les modèles de prédiction des épisodes cévenols.
Les étudiants du centre spatial universitaire de Montpellier ont déjà mis au point plusieurs nanosatellites dont Robusta 1B qui a fait plus de 18 000 fois le tour de la Terre. ARCHIVES
Les étudiants du centre spatial universitaire de Montpellier ont déjà mis au point plusieurs nanosatellites dont Robusta 1B qui a fait plus de 18 000 fois le tour de la Terre. ARCHIVES © CSUM
Ce nanosatellite, sur lequel quelques 300 étudiants planchent depuis 7 ans, a été cofinancé par la Fondation Van Allen et le CNRS dans le cadre du projet Janus.

Un projet d'envergure nationale

Un système de modélisation qui reste à construire, en partenariat avec Météo-France et l'Institut national géographique. Et le projet bénéficiera d'une autre expertise : celle des ingénieurs de Brest, l'ENSTA Bretagne, à la pointe sur la recherche maritime, étant associée à l'expérience.
L'intérêt d'une telle démarche est incontestable. Et validé au plus haut niveau puisque la ministre de la Mer, Annick Girardin participe à la signature de cette convention aux côtés des autres acteurs du projet :
- Jean-Claude Gayssot, Président de la Fondation van Allen (qui soutient le centre spatial universitaire de Montpellier) , ancien ministre
- Philippe Augé, Président de l’Université de Montpellier
- Marc Pontaud, Directeur Enseignement Supérieur et Recherche de Météo-France
- Pierre Laulier, Directeur Territorial Sud-Est de l’IGN
- Bruno Gruselle, Directeur de l’ENSTA Bretagne
- Olivier Carmes, Directeur Général du Port de Sète Sud de France

Une expérimentation à long terme

Avant que Météo-France puisse utiliser ces données, l’IGN et l’ENSTA Bretagne devront valider leurs méthodes de traitement. A ce stade, il s’agit de réaliser une démonstration technologique, de valider les méthodes de traitement et de quantifier l’apport du système. Si cet apport est démontré, un système opérationnel pourrait se concrétiser.
La signature de la convention, ce mardi matin s'est déroulée à la Grande-Motte dans le cadre du Salon du littoral.

Les bateaux de commerce et les avions déjà partenaires de météo-France

Les prévisions météo bénéficient déjà des informations relayées par de véritables stations embarquées sur les navires de commerce. Ainsi en Méditerranée les ferries pour la Corse sont équipés depuis 2015.
Les capteurs météo sont généralement installés dans le "nez" des avions, ici un A 320.
Les capteurs météo sont généralement installés dans le "nez" des avions, ici un A 320. © WKP
Quand aux avions, ils sont eux-aussi de précieux relais pour l'observation du ciel en hauteur puisqu'ils sont équipés de capteurs depuis les années 2000. Grâce au système européen AMDAR, en vol de croisière à 10 kilomètres d'altitude, chaque avion équipé envoie une mesure toutes les 2 à 3 minutes  à Météofrance. Ce qui fait chaque jour plus de 40 000 observations au-dessus de la  France. Un système un temps freiné ce printemps par le confinement et les avions cloués au sol.
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