Confinement : y a-t-il eu un dérapage policier lors d'un contrôle à la gare de Montpellier?

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Écrit par Caroline Agullo
La gare de Montpellier Saint-Roch.
La gare de Montpellier Saint-Roch. © Giacomo Italiano Maxppp

La ligue des droits de l’Homme et le secours populaire dénoncent l’agression d’un bénévole à Montpellier dans le cadre de sa mission d’intérêt général auprès des plus précaires. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie. 

Mehdi habite près de la gare de Montpellier et chaque jour, depuis le début de l’épidémie, le bénévole du secours populaire traverse la gare pour se rendre à la plateforme d’aide humanitaire à l’autre bout de la ville. 


Les faits se seraient produits à l’entrée de la gare de Montpellier


Le lundi 13 avril, il croise des policiers de la brigade des chemins de fer de la Police de l'air et des frontières (PAF). Dans le cadre du confinement, ceux-ci procèdent au contrôle du jeune homme.
Mehdi produit les documents, sa pièce d’identité, son attestation, ainsi que son ordre de mission signé par le secours populaire mais le contrôle de police aurait vite dégénéré.


Mehdi invoque des violences policières, la police avance une toute autre version


" Le policier hurlait en me disant : vous rompez le confinement !". Je lui ai dit "Monsieur s’il vous plait cessez de crier, je suis en règle". 
Certains des policiers n’avaient pas de masques, j’avais peur qu’ils me contaminent en criant, en me postillonnant dessus, ils me touchaient et touchaient mes affaires",
poursuit Mehdi. 

L’un d’entre eux m’a ensuite fait un plaquage, il m’a projeté violemment et je suis tombé contre une poignée de l’entrée de la gare, j’avais très mal au coude, à la cage thoracique. J’étais KO.

"Ils ont ensuite fouillé mon sac à dos. Au moment où j’allais ramasser  le sac, l’un d’entre eux m’a shooté comme un ballon. C’était vraiment d’une violence incroyable, je voyais la haine en eux."

Le jeune homme s’est ensuite rendu, sonné, chez un médecin, il en est sorti avec une ordonnance et un certificat médical faisant état d’une ITT de cinq jours.

"Depuis ce jour là, chaque fois que je sors de chez moi, j’ai peur de me retrouver face à eux. J’ai presque plus peur de ces policiers que du Covid, c’est dire. Et en plus des coups, ils m’ont infligé une amende. C’est complètement fou".


La version de la police diffère


Selon Bruno Bartoccetti secrétaire régional Unité SGP Police, le jeune homme allait prendre un train pour Frontignan, et il n’était pas en règle pour ce déplacement .

"Ça ne collait pas du tout, il ne pouvait pas prendre le train, il a alors tenté de se soustraire au contrôle et c’est parti en épingle, quand le collègue la rattrapé par le bras, le jeune homme a cogné contre une vitre mais en aucun cas il n’a subi les violences qu’il dénonce. S’il a 5 jours d’ITT , il l’a certainement obtenu par un médecin « bienveillant » mais pas par un médecin légiste."

Bruno Bartoccetti ajoute que la police est sous pression, elle aussi, en cette période d’épidémie, au commissariat de secteur de la Mosson à Montpellier, un policier vient d’être testé positif au covid-19.

Les policiers prennent des risques pour leur santé en faisant respecter la réglementation mais quand on tombe sur quelqu’un qui ne veut pas se prêter, comme tout le monde, aux règles du jeu ça ne va pas, Bruno Bartoccetti Unité SGP Police FO.

Mehdi lui, fait part de sa peur d’être potentiellement contaminé par la police. "Nous sommes tous potentiellement vecteurs du virus, eux comme nous, ils n’ont pas respecté les règles de sécurité sanitaire."

La police affirme que lors de l’intervention, les policiers étaient porteurs d’un masque.

 "Faux!" rétorque Mehdi. "Quelques uns en avaient, pas tous et celui qui me hurlait dessus, il n’en portait pas".



Le jeune bénévole demande la réquisition de la bande vidéo des caméras de surveillance de la gare


Le jeune homme s’était porté volontaire auprès du secours populaire dès le début du confinement. 
Il est l’un des 60 bénévoles de la plateforme d’aide humanitaire d’urgence mise en place depuis le début de l’épidémie de coronavirus conjointement par le secours populaire, le secours catholique, la LDH et d’autres associations humanitaires.

Ces policiers n’ont pas pris en compte la mission d’intérêt général à destination des précaires. Nous fournissons de la nourriture à près de 3000 précaires sur la plateforme, nous nous occupons de personnes qui justement doivent rester confinées, et Medhi est l’un de ces bénévoles. Sophie Mazas LDH

"En tout état de cause rien ne justifie la violence dont ce citoyen a fait l’objet . Nous sommes dans le cadre de loi d’exception avec ce confinement, il faut l’ appliquer avec discernement et calme", ajoute Sophie Mazas

La ligue des droits de l’homme précise que les violences policières sont très rares depuis le début de la crise sanitaire. "Globalement les contrôles se passent vraiment bien sur Montpellier avec le confinement, c’est un cas isolé cette histoire sur la ville. Ce n’est pas pareil à Béziers". A Béziers, une information judiciaire est en effet ouverte après le décès d'un homme au commissariat après son interpellation pour non respect du confinement.
 
Le jeune homme a fait un signalement auprès de la police des polices l’IGPN, il a également déposé une plainte à la gendarmerie avec un certificat faisant état d’une ITT de cinq jours. Il demande une réquisition des bandes vidéo de surveillance de la gare

Une chose est sûre, en cette période de confinement avec les rues désertes, aucun témoin ne peut appuyer ni la thèse du bénévole humanitaire ni celle des policiers.  Les images réclamées par ce jeune homme sont effectivement les seules à pouvoir faire toute la lumière sur cette affaire. 
Si le parquet retient sa plainte, ces vidéos seront réquisitionnées.


 

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