INSOLITE. Quand les agriculteurs s'allient aux renards pour éradiquer les lapins sauvages qui ravagent leurs cultures

La population de lapins de garenne explose dans l'Hérault où elle ravage céréales et arbres fruitiers ! Le lapin est désormais classé par la préfecture comme « espèce susceptible d'occasionner des dégâts» dans 12 communes de l'est du département. Les chasseurs locaux sont débordés et les agriculteurs ont même fait appel aux renards pour les seconder.

Les belles histoires du dimanche
Découvrez des récits inspirants de solidarité et d'altruisme, et partez à la rencontre de la générosité. Émotions garanties chaque dimanche !
France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter "Les belles histoires du dimanche". Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité

En temps normal, ces animaux sauvages vivent plutôt la nuit mais ils sont si nombreux, en ce moment entre l'Hérault et le Gard, qu'il n'est pas rare de les croiser désormais en plein jour.

Les lapins de Garenne, ou lapins communs, ont envahi la plaine agricole autour de Mauguio, près de Montpellier. Les chasseurs ont beau essayer de maîtriser leur population, rien n'y fait ! 

En 50 ans, je n'ai jamais vu autant de lapins ! Nous en avons éliminé 12 000 à la chasse mais on n'arrive pas à réguler la situation. 

Bernard Ganiben Président société chasse Mauguio-Carnon

Le renard à la rescousse

Dans certaines parcelles de vignes, il faut zigzaguer entre les entrées des terriers, d'innombrables trous où l'on peut facilement se tordre une cheville.

L'animal, très prolifique en termes de reproduction, cause des dégâts sur les sols comme sur les cultures. Cet herbivore opportuniste peut consommer toutes sortes de végétaux, y compris des écorces d’arbres. Dans les vergers, il ronge les troncs des jeunes plantations, ce qui génère d’importantes pertes de récoltes.

De plus en plus inquiets par l'ampleur que prend ce phénomène, les agriculteurs locaux ont dû faire appel à un vieil ennemi : le renard !

Sept renardeaux ont été lâchés dans ce secteur, à la grande satisfaction de la LPO. Cette association de protection des oiseaux a mis en place des services "médiation faune sauvage", assurés par des bénévoles pour traiter des problématiques de cohabitation, de prévention des dangers pour la faune de proximité.

"C'était une opportunité énorme que des agriculteurs nous disent, on a trop de lapins, il faut réhabiliter le renard", affirme l'une d'entre elles. "C'est rare qu'il y ait une aussi bonne entente entre des acteurs !"

On  prête beaucoup de défauts aux renards mais, en fait, ils ont une utilité énorme sur le plan agricole parce qu'ils prédatent énormément de campagnols et de petits rongeurs. 

Thaïs Provignon, médiatrice faune sauvage LPO Occitanie

Un garde-manger exceptionnel

Ces renards, devenus "auxiliaires de chasse", seront ils suffisamment actifs ? A la fédération de chasse de l'Hérault, on en doute fortement et on met également le cause la méthode :

"Nous n'avons jamais demandé de lâcher de renards ! ", précise la direction de la fédération héraultaise, " Relâcher de petits prédateurs sauvages, cela ne se fait pas n'importe comment et cela doit passer par une autorisation préfectorale. Nous avons d'ailleurs écrit à la préfecture pour demander des informations au sujet de cette initiative qui s'est déroulée à notre insu, en catimini".

En attendant, les ravages des lapins fragilisent particulièrement les exploitations agricoles, car à la différence des sangliers, les dégâts dont ils sont la cause ne sont pas indemnisés.

"Il faudrait que nos politiques changent le code de l'environnement, mais les dégâts des lapins se montent à des centaines de milliers d'euros. Qui va payer ? Pour les sangliers, ce sont les fédérations de chasse qui les indemnisent, mais s'il fallait rajouter les dégâts des lapins, je ne suis sûr qu'ils aient les moyens nécessaires", explique Jean-Luc Leydier, le président coopérative agricole CUMA Mauguio.

Dans cette plaine, qui s'étend sur les communes de l'Est Héraultais, les lapins ont à leur disposition un garde-manger exceptionnel : à boire et à manger à profusion.

1.400 hectares de grandes cultures, vigne, maraîchage ou arboriculture souffrent de leur présence invasive. Si on peut comprendre pourquoi ils se sentent bien dans le secteur, on ignore les causes de cette surpopulation. Pour autant, ce phénomène n’est pas exceptionnel car les lapins peuvent pulluler lorsque le biotope leur convient.

Globalement en France, les effectifs de lapins communs sont en forte baisse depuis plus de 25 ans. Les prélèvements par la chasse ont été divisés par quatre depuis les années 70. En attendant, dans les 12 communes héraultaises concernées (Baillargues, Candillargues, Lansargues, Le Crès, Marsillargues, Mauguio, Montpellier, Mudaison, Saint-Aunès, Saint-Brès, Saint-Just et Saint-Nazaire-de-Pézan), la période de tir est donc prolongée jusqu’au 31 mars 2023.

Les prélèvements par tir au fusil ne peuvent être réalisés que de jour, par des personnes titulaires d’un permis de chasse valide. Le piégeage, réalisé uniquement par des piégeurs agréés avec l'accord des propriétaires des terrains, lui, est autorisé jusqu'au 30 juin 2023.