Photographie : à l'affût dans les roselières d'Occitanie

C'est un milieu impénétrable qui recèle des trésors de vie. La trentaine de roselières qui émaille le littoral des Pyrénées-Orientales à la Camargue héberge les oiseaux migrateurs et limite l'impact des pollutions. Expédition héraultaise à la réserve du Bagnas avec le photographe Jonathan Lhoir.

Quelques 12000 hectares de roselières sont répertoriés en Occitanie.
Quelques 12000 hectares de roselières sont répertoriés en Occitanie. © Sylvie BONNET

C'est une des richesses de notre littoral. Les roselières couvrent plus de 12 000 hectares sur le littoral d'Occitanie. 29 zones humides qui abritent des espèces protégées et forment un tampon régultateur entre la mer et la terre des Pyrénées-Orientales à la Camargue. Mais difficile de sensibiliser le public à ces réserves inaccessibles, donc inconnues. Faute de pouvoir organiser des visites des roselières, l'association qui les protège, Adena, a fait appel à un photographe naturaliste, Jonathan Lhoir. C'est à travers son regard singulier que les curieux peuvent lever un petit bout du rideau végétal sans se mouiller les pieds...

Voyage en terre méconnue...

Il faut patauger. Zigzaguer entre les touffes de roseaux trop serrées pour avancer. Mais aussi rester discret pour tenter de surprendre les oiseaux sans les déranger. Armé de son appareil photo téléscopique, Jonathan Lhoir et sa barbe rousse tentent de se fondre dans les roseaux de la réserve du Bagnas. Pour surprendre une Cisticole des joncs qui se balance sur un roseau ou deux échasses blanches à la chasse aux insectes dans le marécage.

Les échasses blanches, nommées plus justement "blackwinged stilts" en anglais, viennent chaque année d'Afrique de l'ouest tropicale nicher sur le littoral d'Occitanie et sont une espèce protégée.
Les échasses blanches, nommées plus justement "blackwinged stilts" en anglais, viennent chaque année d'Afrique de l'ouest tropicale nicher sur le littoral d'Occitanie et sont une espèce protégée. © F3 Languedoc-Roussillon

"Quand on photographie des espèces, on ne le fait pas à n'importe quel prix" explique le photographe naturaliste.

Il faut bien connaître le secteur et trouver les endroits où les oiseaux viennent pour se nourrir ou pour passer la nuit. Ensuite, il faut se poser et attendre...

Jonathan Lhoir, photographe naturaliste

Jonathan Lhoir, à l'affût photographique dans la réserve du Bagnas.
Jonathan Lhoir, à l'affût photographique dans la réserve du Bagnas. © F3 Languedoc-Roussillon

...guidé par les agents de la réserve du Blagnas

"Le mois dernier, on a aperçu dans la zone un busard des roseaux qui transportait des branches et se posait. Il y a des chances qu'il niche là-bas" chuchote Clara Rondeau, qui accompagne le photographe parmi les méandres de l'étendue verte liquide.

Chargée du projet "Roselières", la jeune femme élabore une stratégie pour conserver ces espaces et les oiseaux qu'ils abritent. Au total, 9 espèces d'oiseaux protégés sont ciblées par le projet. Mais c'est beaucoup plus que cela. Véritable zone tampon entre terre et mer, les roselières nous rendent d'innombrables services :

C'est cette diversité des roselières qui crée une diversité d'habitats et chaque roselière ne va pas pouvoir accueillir les mêmes espèces.

Clara Rondeau, chargée du projet Roselières
 

Capter une nature mouvante

Le balancement des roseaux dans le vent, le sol liquide qui reflète le ciel et les ombres. Rien n'est immobile dans la roselière. Et pour sensibiliser le public à la protection de ce milieu, Jonathan Lhoir s'écarte de la photo figurative. L'association Adena qui gère la réserve lui a donné carte blanche. Et ses clichés conçus pour être affichés en pleine nature au gré des expositions témoignent de l'ambiance onirique des roselières.

"J'aime bien jouer avec les effets de mouvements, avec des techniques où je combine plusieurs photos ensemble sur le terrain pour faire en sorte de bouleverser un peu les repères" avoue le photographe naturaliste.

Un avenir trop mouvant pour les roselières ?

 

 

 

 

Aujourd'hui, regarder et protéger les roselières devient vital dans un écosystème menacé. Comment ces paysages emblématiques du littoral feront-ils face à la pression exercée par l'Homme? Résisteront-ils aux submersions marines? En Occitanie, près de 11300 hectares de roselières se révèlent pourtant "essentielles".

Visite rare de la roselière du Bagnas avec le reportage de Cybèle Plichart et Joane Mériot pour France3 Languedoc-Roussillon.

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