Pétition pour la chapelle de Montagnac : rénovation ou destruction d'un monument historique, la justice devra trancher

C'est une polémique qui fait parler depuis des mois à Montagnac, petit village de l'Hérault, situé entre Pézenas et Mèze. Un bras de fer juridique entre l'association de sauvegarde du monastère des Augustins et la Direction régionale des affaires culturelles d'Occitanie pour juger de la légalité de la restauration d'une ancienne chapelle.

En 2011, Olivier Fury achète plusieurs bâtiments dans le cœur du village de Montagnac, là où des moines Augustins ont installé un monastère au 13ème siècle. Parmi ces bâtiments, une chapelle désacralisée depuis 20 ans et laissée à l'abandon.

Olivier Fury se lance alors dans la restauration de l'édifice avec l'aide d'une association de sauvegarde locale. Des travaux qui déplaisent aujourd'hui à la Direction régionale des affaires culturelles d'Occitanie qui les a pourtant approuvés depuis des années à chacune de ses visites.

La justice vient de donner raison en partie à la DRAC. Mais l'association Urgences Patrimoine vole au secours du propriétaire avec une pétition qui a recueilli près de 1 000 signatures en dix jours.

La chapelle restaurée de la discorde

À Montagnac, la Vierge de la chapelle des Augustins semble bien songeuse. L'édifice est l'objet d'un litige entre la Direction des affaires culturelles d'Occitanie et Olivier Fury, le propriétaire du lieu. Ce dernier a investi près de 400 000 euros pour restaurer la chapelle, devenue une ruine après des décennies d'abandon.

On a tout fait dans l'urgence car le toit allait s'écrouler. Il y avait un trou de 80m2 et une poutre qui mettait tout l'édifice en péril. Les inondations en 2014 ont détruit beaucoup de choses, notamment les plâtres. Il fallait aller vite.

Olivier Fury, président de l'association pour la sauvegarde du monastère des Augustins

Mais la DRAC estime que certains travaux ont été réalisés sans autorisation. Notamment la dalle en béton ciré. Une position que ne partage pas Jean-Claude Puech. Pour ce voisin, Olivier Fury a sauvé la chapelle.

"Ce serait quoi aujourd'hui s'il n'avait rien fait. Un parking, une ruine, un bâtiment de plus à l'abandon. Il y en a suffisamment dans nos villages", déplore le voisin, membre de l'association de sauvegarde du monastère des Augustins.

Le 28 juin 2023, le tribunal correctionnel de Béziers a estimé que certains travaux sont non conformes. Un coup dur pour Olivier Fury qui veut faire revivre l'endroit.

"On a des projets très intéressants pour le site, explique Olivier Fury. Des peintres veulent nous prêter des œuvres pour des expositions. On va faire un son et lumière pour raconter l'histoire de l'église avec les anciens du village. On va faire parler la chapelle depuis le XIIIe siècle. S'il faut démolir, c'est la fin."

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C'est une polémique qui fait parler depuis des mois à Montagnac, petit village de l'Hérault, situé entre Pézenas et Mèze. Un bras de fer juridique entre l'association de sauvegarde du monastère des Augustins et la Direction régionale des affaires culturelles d'Occitanie pour juger de la légalité de la restauration d'une ancienne chapelle. ©FTV

Les précisions du procureur de la République de Béziers

De son côté, le procureur de la République de Béziers a tenu, par communiqué, à éclaircir et préciser les décisions du Parquet dans cette affaire très polémique et médiatique.

"Le 22 décembre 2021, la direction régionale des affaires culturelles d'Occitanie contrôlait la Chapelle des Augustins située à Montagnac, inscrite en totalité en tant qu’immeuble au titre des monuments historiques par arrêté du 7 août 2009" explique Raphaël Balland.

Cette visite faisait suite à la publication sur le site d’une agence immobilière d’une annonce offrant à la vente un ensemble immobilier à Montagnac, incluant "deux gîtes de 31m² et 70m² nichés dans une chapelle du 16e siècle".

Raphaël Balland, procureur de la République de Béziers

À l’issue de ce contrôle, la DRAC constatait une série de travaux qui auraient dû faire l’objet selon elle d’une déclaration ou d’un accord préalable de ses services, et d’une demande de permis de construire. Ces constatations étant susceptibles de caractériser des délits punis des peines maximales de 300 000 € d'amende et de la démolition des constructions irrégulières aux fins de mise en conformité.

"Le 28 juin 2023, le tribunal correctionnel de Béziers prononçait une relaxe pour les travaux de piquage des enduits mais condamnait l'association et le propriétaire des lieux pour le reste travaux. Il prononçait à l'encontre de chacun une peine de 3 000€ d’amende, dont 1 500€ assortis d’un sursis. Il ordonnait également la démolition du podium en béton et la mise en conformité de la dalle en béton ciré conformément aux préconisations de la DRAC. Le tribunal a imparti un délai de six mois pour réaliser ces travaux, avec une astreinte de 75 € par jour de retard passé ce délai".

Le propriétaire comme le procureur ont fait appel de la décision. Cette procédure sera donc de nouveau jugée par la cour d'appel de Montpellier à une date encore indéterminée. La DRAC, elle, devrait communiquer dans les prochains jours pour expliquer sa position.