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Le navire fantôme et ses migrants sont arrivés en Sicile

Quelques 500 immigrants clandestins Syriens sont arrivés au port de Corigliano (Calabre) en Italie, à bord de l'Ezadeen. - 2/01/2015 / © ALFONSO DI VINCENZO / AFP
Quelques 500 immigrants clandestins Syriens sont arrivés au port de Corigliano (Calabre) en Italie, à bord de l'Ezadeen. - 2/01/2015 / © ALFONSO DI VINCENZO / AFP

C'est à Sète que l'Ezadeen devait officiellement accoster. Abandonné en pleine mer par l'équipage, avec à son bord 450 migrants Syriens, l'Ezadeem a été secouru par un navire islandais et la marine italienne.

Par Carine Alazet avec AFP


Le cargo, immatriculé en Sierra Leone, est arrivé hier vendredi 2 janvier vers 23 h, dans le port sicilien de Corigliano, escorté par la marine italienne. 

L'Ezadeem, navire de 73 mètres de long, destiné au transport des animaux, avait à son bord quelques 450 migrants clandestins, des hommes, des femmes,
mais aussi des enfants, a précisé la marine, sans donner leur nationalité mais ils seraient tous d'origine syrienne selon les médias italiens.

Récit du sauvetage en mer : "Nous sommes seuls, il n'y a personne, aidez-nous!"

Le navire a été repéré jeudi 1er janvier dans la soirée, apparemment en difficultés, à quelque 80 milles (environ 150 km) au large de Crotone (Calabre). Les autorités maritimes ont aussitôt contacté le navire, qui n'a d'abord pas répondu, jusqu'à ce qu'une femme, figurant parmi les migrants, ne réussisse à expliquer la situation par radio, a indiqué le capitaine Filippo Marini, un porte-parole de la marine italienne.
"Nous sommes seuls, il n'y a personne, aidez-nous", a alors lancé cette femme, selon le capitaine Marini.

La marine a d'abord contacté un navire islandais croisant dans les parages du cargo, et faisant partie du dispositif européen Triton de surveillance de la Méditerranée, a précisé de son côté Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières de l'Union européenne.
Ils n'ont d'abord rien pu faire, le navire abandonné à son sort par l'équipage avançant à pleine vitesse. Ce n'est qu'une fois le carburant totalement épuisé que cinq marins islandais ont pu monter à bord et lancer une aussière (cordage) afin de permettre un remorquage du cargo.

Six hommes des garde-côtes italiens ont ensuite été déposés sur le cargo par un hélicoptère de l'aéronautique militaire pour compléter le dispositif. 
Le navire se trouvait vendredi matin à environ 20 milles (37 km) au large de Crotone. Mais en raison du mauvais temps, il se dirigeait vers Corigliano Calabro, beaucoup plus au nord, mais mieux protégé, selon les garde-côtes italiens.
Selon cette source, l'Ezadeen était parti de Turquie. Mais selon le site marinetraffic.com, il aurait quitté le port de Famagouste, situé sur la côte est de Chypre, sous contrôle turc, après être parti de Tartous en Syrie. Toujours selon ce site spécialisé dans le suivi du trafic maritime, sa destination officielle était le port de Sète, dans le sud de la France.

Les "navires fantômes", nouvelle tactique des trafiquants

Deux jours auparavant, le même hélicoptère avait déjà déposé un équipage de garde-côtes pour prendre le contrôle d'un autre cargo, abandonné par son équipage, le Blue Sky M, transportant près de 800 migrants. "Une hécatombe a été évitée", s'était alors félicité la marine.
Ce cargo, battant pavillon moldave, est arrivé mercredi avant l'aube à Gallipoli, dans les Pouilles (sud-est), où ces centaines de clandestins, tous Syriens, ont été pris en charge par les autorités.
 
Les deux cargos abandonnés à la dérive ces derniers jours au large de l'Italie avec plus de 1.200 clandestins à bord montrent que les trafiquants n'hésitent pas à recourir à de nouvelles tactiques, encore plus périlleuses, pour gérer le flux migratoire incessant via la Méditerranée.

Outre les moyens courants utilisés jusqu'ici, des canots de pêche ou pneumatiques aux bateaux de plaisance ou voiliers, les réseaux de trafiquants utilisent de plus en plus des cargos d'occasion ou des bateaux attendant la casse pour tromper les garde-côtes patrouillant aux frontières maritimes.

Ces vieux bateaux sont vendus partout dans le monde, "ce qui est légal", affirme à l'AFP David Olsen, expert du journal maritime Lloyd's List. "Ils sont vendus sur des sites internet et même sur Ebay", relève-t-il.
Ces cargos valent "moins que le prix d'un appartement à Londres". "Il y a des gens qui, en sirotant leur bière autour d'une table, se mettent d'accord de vendre un vieux bateau. Car ça ne vaut pas le coup d'envoyer des bateaux de 40 ou 50 ans en Inde pour les détruire", souligne l'expert.

L'âge des deux cargos à la dérive cette semaine au large d'Italie, l'Ezadeen, immatriculé en Sierra Leone ou le Blue Sky M battant pavillon moldave, était de plus de 40 ans.

Dans les deux cas du Blue Sky M comme de l'Ezadeen, les passeurs n'ont pas hésité à mettre la vie des migrants en péril en abandonnant les navires en pleine mer pour provoquer l'intervention des garde-côtes.
La tactique la plus courante pour déclencher une opération de sauvetage, très utilisée surtout en mer Egée en Grèce, consiste à obliger les migrants à dégonfler les canots et à sauter à la mer, ce qui contraint les gardes-côtes à intervenir.

Le recours à de gros cargos permet également de faire des "économies d'échelle", relève Joel Millman, porte-parole de l'Organisation internationale des migrations (OIM).

"Des villes entières sont en train d'être évacuées en Syrie, ce qui représente des milliers de migrants chaque mois", souligne Joel Millman. "Nous avons des informations selon lesquelles ces migrants payent entre 1.000 et 2.000 dollars par personne, ce qui signifie que ceux qui sont derrière un cargo tel que le Blue Sky M ont encaissé plus d'un million de dollars pour un seul voyage, de quoi payer l'équipage, son évacuation et sans doute des pots-de-vin qui pourraient être utiles pour une prochaine opération", ajoute-t-il.

La lutte contre les trafiquants, une priorité pour l'Union Européenne en 2015

L'Italie est confrontée depuis plusieurs années à un afflux croissant de clandestins qui tentent de gagner l'Europe par la Méditerranée au péril de leur vie, au rythme d'environ 400 arrivées par jour. Plus de la moitié sont des Syriens ou des Erythréens. La grande majorité arrivent à bord de canots pneumatiques ou de vieux bateaux de pêche partant de Libye où le chaos qui a suivi la chute du pouvoir de Mouammar Kadhafi laisse le champ libre aux passeurs.

Les conflits en Syrie, Irak ou Afghanistan ainsi que la pauvreté dans certains pays d'Afrique ou d'Asie ont provoqué un flux migratoire record en 2014 vers l'Europe: plus de 170.000 personnes ont été secourues par l'Italie au cours des 14 derniers mois et des centaines d'autres, peut-être des milliers, ont péri dans leur tentative de traverser la Méditerranée.

La lutte contre les trafiquants utilisant de "nouveaux moyens" pour entrer dans l'UE sera l'une des "priorités" de l'Union européenne en 2015, a promis vendredi un porte-parole.

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