La dissolution de Génération identitaire actée mais sa porte-parole se relance avec une chaîne YouTube

Le Conseil d'Etat vient de confirmer la dissolution de Génération identitaire. Cette dissolution ne suspend pas pour autant les droits civiques de Thaïs d'Escufon, la porte-parole toulousaine de l'association qui travaille déjà sur d'autres projets, comme la création d'une chaîne YouTube.

Rassemblement en soutien au groupe Génération identitaire d'extrême droite visé par une procédure de dissolution, le 20 février 2021.
Rassemblement en soutien au groupe Génération identitaire d'extrême droite visé par une procédure de dissolution, le 20 février 2021. © Thomas Padilla

Le Conseil d’Etat confirme ce lundi 3 mai, la dissolution de Génération identitaire. Saisi par cette association qui contestait sa dissolution par le Gouvernement, le juge des référés du Conseil d’Etat estime que "la dissolution de cette association est proportionnée à la gravité des risques pour l’ordre public et la sécurité publique résultant des activités de l’association".

Le 19 janvier dernier le groupuscule d’extrême droite avait mené une action médiatique anti-migrants dans les Pyrénées. La porte-parole toulousaine de Génération identitaire, Thaïs d’Escufon, avait alors expliqué vouloir par cette opération s’opposer "à cette immigration massive contre laquelle les différents gouvernements n’ont jamais lutté véritablement".

Thaïs d’Escufon qui aujourd’hui dit "ne pas être surprise" et dénonce " une décision politique scandaleuse. Nous n’avons jamais été condamnés par la justice, nous dénonçons des faits largement partagés par une bonne partie de la population".

Cependant la décision de dissolution de Génération identitaire n’est pas définitive. L’association a déposé un recours d’excès de pouvoir devant le Conseil d’Etat, ce dernier devrait se prononcer d’ici six à douze mois.

Dissolution de la marque Génération identitaire

Le jugement de fond n’est pas définitif explique Marion Jacquet-Vaillant, chercheuse parisienne et docteur en science politique, elle vient d’écrire sa thèse sur le groupuscule d’extrême droite. "Il faudra attendre six mois peut-être un an, le communiqué du Conseil d’Etat ne semble pas laisser de place à une contre décision mais il faut être prudent et attendre le verdict final".

Ce qui est sûr dit Marion Jacquet-Vaillant "c’est que l’association Génération identitaire n’a plus le droit d’agir au nom de l’association". Un coup dur pour le groupuscule mais cela ne désorganise pas totalement le réseau. "Cette décision ne suspend pas pour autant les droits civiques de la porte-parole toulousaine de Génération identitaire, Thaïs d’Escufon, elle peut tout à fait créer une association à portée politique, le jugement ne porte pas sur le nom de tous les militants mais sur la marque", précise Marion Jacquet-Vaillan.

Thaïs d'Escufon précise de son côté qu' il n'y aura pas de Génération identitaire bis, "nous n’avons plus le droit d’exercer d’activité militante, d’utiliser notre logo, l’association n’existe plus pour le moment, on s’y attendait. Je mets un stop à l’activité militante, je respecte la loi mais cette décision reste politique et ubuesque".

Le juge des référés lui, a estimé que la dissolution du groupuscule d’extrême droite était proportionnée à la gravité des risques pour l’ordre public :

"Le juge des référés observe que sous couvert de contribuer au débat public sur l’immigration et de lutter contre le terrorisme islamiste, l'association propage des idées qui justifient ou encouragent la discrimination, la haine ou la violence envers les étrangers et la religion musulmane (par exemple, ses slogans et messages tels que « Immigration, Racaille, Islamisation-Reconquête » ou les termes du « Pacte » que ses sympathisants sont invités à signer). L’association organise également des évènements créant ou entretenant des sentiments xénophobes ou racistes et incite régulièrement, à l’occasion de faits divers, à la violence en désignant les étrangers à la vindicte. En outre, l'association ne se désolidarise pas des agissements de ses militants qui donnent lieu à poursuites ou à condamnations pénales".

"La décision de dissolution ne vise que Génération identitaire"

Depuis sa naissance en 2012, l’association est dans le collimateur des gouvernements. "La décision de dissolution confirmée par le Conseil d’Etat ce lundi 3 mai ne vise que Génération identitaire alors que le mouvement réunit plusieurs associations, dont les identitaires qui organisent les camps d’été", précise la chercheuse. "Ils ont des bars, des cercles de conférences comme à Toulouse avec l’association "le cercle des Capitouls". On peut imaginer qu’ils organisent d’autres actions sous un autre nom ce n’est pas impossible". 

C’est une dissolution de la marque Génération identitaire cela ne dissout pas le réseau identitaire qui déborde largement du cercle de cette association.

Par exemple le bar association Lyonnais "la Traboule" n’est pas visé par la dissolution, malgré la dissolution les locaux des identitaires sont toujours ouverts.

Si Thaïs d’Escufon, la porte-parole nationale de Génération identitaire, dit ne pas vouloir créer un "Génération identitaire bis", elle avoue tout de même s’impliquer dans de nouveaux projets. Comme la création d’une association et d’une chaîne YouTube :

Ce n’est pas une association militante mais je vais soutenir les lanceurs d’alertes, des personnes visées par la censure et la répression judicaire. Quant à la chaîne YouTube, elle aura une dimension politique dans la mesure où je profite de ma notoriété. C’est un lieu où je vais proposer des modèles ou des références alternatives à une jeunesse qui ne sait pas où se positionner, un mode d’emploi en étant de droite. Ce ne sera pas frontal.

Thaïs d'Escufon, porte-parole de Génération identitaire

Selon Marion Jacquet-Vaillant, Génération identitaire compte 200 militants très actifs, le mouvement revendique 3000 adhérents qu’elle estime à 1500 et qui sont regroupés dans les grandes villes de France. La dissolution de l’association est donc effective mais il faudra attendre le jugement de fond pour entériner cette décision par le Conseil d’Etat.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
politique immigration société violence faits divers réseaux sociaux justice