Législatives 2022 : une victoire écrasante de la NUPES est possible en ex-Languedoc-Roussillon selon un universitaire

Les candidats de la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale rafleraient 22 circonscription sur 23 selon les scénarios d'un chercheur. Aucun député sortant Renaissance ne parviendrait à conserver son siège. Le Rassemblement National gagnerait une seule circonscription dans le Gard.

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La carte s'est colorée en rouge. En Occitanie, et plus particulièrement dans l'est de la région, les résultats sont sans appel. Selon une projection du site mobilisations.org, les candidats de la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale pourraient bien l'emporter dans 22 des 23 circonscriptions de l'ex-Languedoc-Roussillon. 

"Il s'agit de scénarios plausibles mais pas d'une prédiction", insiste Alessio Motta, enseignant-chercheur en sciences sociales et analyse de données à Epitech et docteur en science politique de l’université Paris1-Sorbonne. "Le point de départ, ce sont les législatives de 2017", explique-t-il. Il a mis au point un algorithme après une étude des données publiques et d'enquêtes d'instituts de sondage sur les déplacements de voix il y a 5 ans, entre la présidentielle et les législatives. Aujourd'hui, à partir cette fois des résultats du premier tour de l'élection présidentielle 2022, des sondages réalisés depuis, et en adaptant les calculs à chaque situation locale, il est maintenant capable de fournir une projection par circonscription. Une projection réactualisée, corrigée à chaque sondage publié.

Et quand il étudie de près la dernière carte et la situation en Occitanie, il n'est pas vraiment surpris. "Je ne trouve pas ça si étonnant dans cette région qui était en rouge et rose en 1997 et 2012, confie le chercheur à France 3 Occitanie. Emmanuel Macron était encore proche du PS en 2017 et il a été élu grâce à des voix de gauche. Aujourd'hui, il n'est plus autant identifié à gauche. Cette gauche est désormais incarnée par la NUPES. Mais c'est vrai qu'il y a peu de régions où c'est aussi manifeste.". Alessio Motta admet malgré tout qu'il est très difficile de prévoir comment cette particularité languedocienne se traduira réellement les 12 et 19 juin. "Le Languedoc est la seule zone où il y a eu une telle médiatisation des dissidences PS et c’est surtout ça qui complique la projection dans cette région. Mais quoiqu'il arrive, ce seront les candidats de la NUPES ou les candidats de la gauche qui rafleraient la mise. Car il est possible que ce soit finalement le dissident qui passe devant dans une ou deux circonscriptions." Les sondages qui se succèdent le montrent aussi, rien n'est définitivement écrit. "L'élection est encore loin d'être jouée et les 5 à 10% d'indécis sont encore suffisamment nombreux pour changer la donne le jour du vote."

L'élection est encore loin d'être jouée. Les 5 à 10% d'indécis sont encore suffisamment nombreux pour tout changer le jour du vote.

Alessio Motta, enseignant-chercheur en sciences sociales

Une vague après l'autre dans l'Hérault

Il n'empêche, dans l'Hérault, la dernière projection datant du 3 juin déjoue tous les pronostics faits au niveau local. Après la vague de 2017 qui avait vu les "Marcheurs" décrocher sept sièges sur neuf, c'est une vague NUPES qui déferlerait sur le département avec, à l'arrivée, sept députés LFI, une députée EELV et un élu du PCF. Les divisions à gauche avec plusieurs candidats socialistes dissidents, soutenus par la Présidente PS de région Carole Delga, le Président du Conseil départemental Kléber Messida ou le maire de Montpellier Michaël Delafosse, ne font pas obstacle à ce raz-de-marée. Même dans la deuxième circonscription, dans laquelle Nathalie Oziol, candidate pour la NUPES, se qualifierait sans difficultés pour le second tour et est créditée de 71% des voix au second tour face à Annie Yague, candidate Renaissance, qui ne bénéficie que de faibles reports de voix selon cette projection. A Béziers, dans cette sixième circonscription conquise par Emmanuelle Ménard il y a cinq ans avec le soutien du RN, la partie est plus serrée mais elle tourne quand-même à l'avantage de l'Insoumise Magali Crozier. L'infirmière, investie par la NUPES, remporterait son duel au second tour face à l'épouse de Robert Ménard avec 52% des voix. Bref, pas de prime apparemment aux sortants : Patrick Vignal, Patricia Mirallès, Philippe Huppé, Jean-François Eliaou et Christophe Euzet pourraient quitter l'hémicycle. 

Des duels NUPES/RN dans l’Aude

Dans l’Aude, le scénario serait le même dans les trois circonscriptions. Les candidats de la NUPES arriveraient tous en tête le soir du 12 juin. Exit Alain Péréa, Danièle Hérin ou encore Mireille Robert, les députés sortants Renaissance (ex-LREM), confortablement élus en 2017, seraient tous les trois balayés dès le premier tour, devancés par leurs adversaires du RN. Christophe Barthès, leader du Rassemblement national dans le département, obtiendrait 27% des suffrages dans la première circonscription, Frédéric Falcon, 28 % dans la deuxième et Julien Rancoule, 24 % dans la troisième. Au second tour, dans ces duels face à l’extrême-droite, la socialiste Sophie Courrière l’emporterait largement à Carcassonne avec 58% des voix, Viviane Thivent (NUPES/EELV) serait élue à Narbonne avec 57% des voix tout comme Johanna Adda-Netter (NUPES/LFI) s’imposerait à Castelnaudary sur ce même score de 57%.

Pierre Morel-A-L'Huissier privé d'un 5ième mandat

En Lozère, Pierre Morel-A-L'Huissier serait privé d'un cinquième mandat et tomberait dès le premier tour. Le député sortant UDI ne réunirait que 11% des voix sur son nom. Mais le maire socialiste de Mende Laurent Suau, investi par Ensemble ! - majorité présidentielle n'en tirerait pas profit. Il serait battu au second tour par l'Insoumise Sandrine Descaves. Un petite révolution dans un département historiquement marqué à droite.

Plus de député RN dans les Pyrénées-Orientales

Dans les Pyrénées-Orientales, les candidats de la majorité présidentielle seraient tous éliminés au premier tour ou battus au second quelque soit leur adversaire. Ainsi dans la première circonscription, le député sortant Renaissance Romain Grau devrait céder son siège au chef de file des Insoumis dans le département, Francis Daspe, qui l'emporterait au second tour dans son duel avec Sophie Blanc (RN) avec 59% des voix. L'écologiste David Berrué reprendrait la deuxième circonscription au Rassemblement National en arrachant de quelques voix la victoire face à Anaïs Sabatini, adjointe de Louis Aliot à la mairie de Perpignan, avec une abstention qui atteindrait 58% au second tour. Dans la troisième circonscription, Nathalie Cullell (NUPES/LFI) écraserait Pierre Bataille (Renaissance), le proche de Jean Castex, avec 60 % des voix.

Une députée RN dans le Gard

Dans le Gard, seule la troisième circonscription échapperait à la NUPES. Anthony Cellier, député sortant Renaissance, piégé dans une triangulaire, laisserait son siège à Pascale Bordes, la candidate du RN, après un second tour très serré. Dans la première, la deuxième, la quatrième et la cinquième circonscriptions, les candidats de la NUPES s'imposeraient assez largement au second tour face aux candidats de Marine Le Pen. Les Insoumis Charles Ménard, Coralie Ghirardi et Michel Sala feraient leur entrée à l'Assemblée Nationale, tout comme le socialiste Arnaud Bord. Dans la sixième circonscription, le député sortant Renaissance Philippe Berta s'inclinerait lui devant l'écologiste Nicolas Cadène, dans un second tour marqué par une abstention record de 63% !

L'inconnue de l'équation : l'abstention

"Si c'est ça je signe tout de suite !" plaisante Nathalie Oziol, candidate LFI dans la deuxième circonscription de l'Hérault. Celle qui coordonne aussi la NUPES dans le département veut malgré tout rester prudente. "Sur le terrain, on constate qu'il y a une vraie dynamique, beaucoup de sympathie sur les marchés ou dans nos rencontres avec les électeurs. Mais je ne vais surtout pas crier victoire. Il y a un gros point d'interrogation : c'est la participation. Dans une circonscription comme la mienne, avec des quartiers populaires qui représentent la moitié du territoire, il faut absolument remobiliser. Tout l'enjeu est là car c'est l'abstention qui peut nous pénaliser."

Sur le terrain, on constate qu'il y a une vraie dynamique, beaucoup de sympathie sur les marchés ou dans nos rencontres avec les électeurs. Mais je ne vais surtout pas crier victoire. Il y a un gros point d'interrogation : c'est la participation.

Nathalie Oziol, candidate NUPES/LFI dans la 2ième circonscription de l'Hérault

La personnalité des candidats

L'abstention qui inquiète également du côté de la majorité présidentielle. "L'abstention bénéficie toujours aux extrêmes et pourrait effectivement nous coûter très cher", confesse Jérôme Toulza. Pour le référent Renaissance (ex-LREM) dans l'Hérault, pas de doute, cette campagne est plus compliquée qu'en 2017 pour les Macronistes, après les résultats contrastés de la Présidentielle dans la région. Pas question pour autant de céder à la panique. "Cela reste des hypothèses, bâties en partie sur des sondages. Les algorithmes ne prennent pas en compte la personnalité des candidats."

Frédéric Bort, patron du Rassemblement National et lui-même candidat dans la neuvième circonscription de l'Hérault, est tout aussi circonspect. "Une chose est sûre : les sondages montrent que 65% des Français ne souhaitent pas que Macron dispose d'une majorité absolue à l'Assemblée nationale. On verra dans quelques jours comment cela s'exprime dans les urnes." En vieux routier de la politique, il s'en tient à son expérience et à ses campagnes passées". La NUPES est une opération d'addition. Mais les additions vont-elles vraiment fonctionner à gauche ? C'est un regard un peu trop mathématique et pas le fruit d'observations faites sur le terrain, dans chaque circonscription."

La NUPES est une opération d'addition. Mais les additions vont-elles vraiment fonctionner à gauche ? C'est un regard un peu trop mathématique et pas le fruit d'observations faites sur le terrain, dans chaque circonscription.

Frédéric Bort, candidat RN dans la neuvième circonscription de l'Hérault

Et le responsable du parti de Marine Le Pen d'ajouter. "Ces projections ne tiennent pas compte des dynamiques qui s'installent localement. J'étais à Mauguio vendredi (NDLR - le 3 juin) et personne ne m'a parlé de la candidate mélenchoniste. Les candidats de la NUPES partent sous une étiquette mais ils sont souvent peu connus. Ce n'est pas suffisant pour aller au second tour." 

Des responsables politiques ou candidats qui admettent tous néanmoins que rarement l'issue de ce scrutin législatif n'a été aussi incertaine dans cette partie de l'Occitanie. C'est ce que souligne également Alessio Motta. Le chercheur est le premier à le reconnaître : "cette région est vraiment la plus problématique de toutes. Il y a beaucoup de circonscriptions où on est encore dans le flou."