VIDEO. "Après coups" : un documentaire sur les violences conjugales tourné auprès d'une association d'aide aux victimes.

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Comment reprendre le cours de sa vie lorsqu’on a vécu des mois ou des années de violences conjugales ? Alice et Tatiana se sont rencontrées à "Pause aux filaos", une association implantée à Luzech dans le Lot, dont l'objectif est de soutenir les femmes victimes de violences. Unique en son genre, cette structure a été créée par Evelyne Vynisale, une ancienne assistante sociale et son mari, Jo.

Un film de Doris Buttignol, à voir le jeudi 19 octobre 2023 à 22h55. Une coproduction Y.N. Productions – La cuisine aux images – France Télévisions

Alice est une jeune femme victime de violences conjugales. Face au danger, elle a dû partir précipitamment de chez elle, avec ses enfants. Tout comme Alice, Tatiana a pris des coups et a dû quitter le domicile conjugal en laissant tout derrière elle. Elle raconte : "Moi, j'ai vu que ce que je vivais n'était pas normal à travers les yeux des gens". 

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Victimes de violences conjugales, Alice et Tatiana se sont rencontrées à Pause aux Filaos, une association de Luzech dans le Lot, qui héberge et aide les femmes maltraitées et battues. Les deux jeunes femmes tentent de se reconstruire après leurs épreuves respectives. ©Y.N Productions - La Cuisine aux Images - France Télévisions

Luc Frémiot, ancien procureur de la république explique qu'il est très difficile de faire ce chemin, de se dire "Eh bien, je me suis trompée sur cet homme. Effectivement, il est dangereux, pour moi et mes enfants. Il faut que je prenne une décision". 

Quand on est face à ces choses-là, bien souvent, c’est qu’on a trop longtemps tardé à intervenir. D’où l’intérêt pour ces femmes de porter plainte le plus vite possible. L’idée de penser que les choses vont s’améliorer est un leurre absolu.

Luc Frémiot, magistrat

Pourtant, lorsqu'une femme en situation de détresse décide d'aller porter plainte, cela ne se passe pas toujours très bien. Alice en garde un mauvais souvenir "On m’a fait passer pour une menteuse" confie t-elle. Des mauvaises expériences bien souvent dissuasives. Seulement 18% de femmes acceptent de se rendre au commissariat. "On recense à peu près 200 000 victimes" précise le magistrat Luc Frémiot.

Ces dernières années, la parole des femmes s'est libérée dans la société, notamment avec le mouvement #MeToo. Malgré tout, ça reste compliqué de faire bouger les lignes...

On est face à une espèce de léthargie, de passivité, d’absence de volonté judiciaire et politique qui pourrait pourtant nous conduire à éradiquer ces problèmes.

Luc Frémiot, magistrat

Le jour où elle a quitté son domicile, Alice a composé le 115, le numéro d’urgence, qui vient en aide aux personnes sans abri et en grande difficulté sociale. Si une femme dit "Je ne veux plus retourner à la maison, je veux être hébergée, avec des enfants ou pas. Là, elle arrive chez nous", raconte Evelyne Vynisale, fondatrice de l'association "Pause aux filaos" (le filao est un arbre que l’on rencontre, notamment aux Antilles et qui a la particularité de résister aux cyclones). La structure située à Luzech dans le Lot, a été créée par Evelyne et son mari, Jo, pour venir en aide aux femmes, avec ou sans enfants, qui tentent de s’extirper de situations de violences. 

Assistante sociale pendant des années au CIDFF du Lot (Centre d'informations pour le droit des femmes et des familles), Evelyne connaît bien le sujet. Avec son mari, ils ont été jusqu'à vendre leur maison pour pouvoir créer cette association. Depuis, elle œuvre, chaque jour, avec une volonté incroyable, pour aider ces femmes à reprendre le cours de leurs vies. "Ce qui est essentiel pour elles, c’est d’avoir un endroit où elles ont le sentiment de poser un peu leur fardeau" précise Evelyne. "Le 115 sait s’il y a des places ou pas chez nous" précise t-elle.

C'est ainsi qu'Alice et Tatiana se sont retrouvées prises en charge par l’association luzechoise.

J’y ai trouvé des anges gardiens

Tatiana, victime de violences conjugales accueillie à "Pause aux filaos".

Mais, la route est encore longue. En état de choc, toutes doivent se confronter à une série d’épreuves face auxquelles, isolées et affaiblies psychiquement, parfois sans revenu, elles se retrouvent démunies. De plus, ces femmes se sentent coupables. Il y a aussi la honte d’avoir vécu une telle situation et la crainte d’être moquée, rejetée. Sans parler de la peur, omniprésente, pour elles, mais surtout pour leurs enfants.

Sur l’étude physiologique du cerveau, on constate des traces similaires entre un militaire qui revient d’une zone de guerre et une femme victime de violences conjugales.

Arrivées à l’association, Alice et Tatiana sont entourées et accompagnées dans leurs démarches par Evelyne, mais aussi par des professionnels et bénévoles comme Catherine Garnier, ancienne commissaire de police à la retraite dont l’expérience est précieuse. Un soutien essentiel qui permet à ces femmes de retrouver un espoir et un lien social réparateur. 

Cependant, comment faire après plusieurs mois, voire années de violence conjugale pour reprendre sa vie en main ? Et qu’en est-il des auteurs de violences ? Que va-t-il se passer pour Alice et Tatiana ? Et les enfants ? Il va falloir prouver, parfois trouver un travail, avoir des revenus. La justice sera-t-elle du côté de ces femmes ?

Tout au long du documentaire, la réalisatrice Doris Buttignol recueille la parole d'Alice et Tatiana. Des témoignages bouleversants étayés par les interventions des fondateurs et bénévoles de l’association "Pause aux filaos", mais aussi celles de professionnels de la justice, de la police ou la gendarmerie.

En France, tous les trois jours une femme meurt sous les coups de son conjoint, ou ex-conjoint.  

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