Lozère : des empreintes de dinosaures géants découvertes sur le plafond d’une grotte

Au plafond de la grotte de Castelbouc, les empreintes des dinosaures laissées il y a 168 millions d’années / © Photo Rémi Flament
Au plafond de la grotte de Castelbouc, les empreintes des dinosaures laissées il y a 168 millions d’années / © Photo Rémi Flament

De gigantesques empreintes de dinosaures dans la grotte de Castelbouc, à Sainte-Enimie en Lozère. Et chose pas banale... les traces ont été retrouvées au plafond ! Cette découverte apporte d’étonnantes informations sur le causse Méjean au temps du Jurassique.

Par Anne-Sophie Mandrou


C’est une cavité bien connue sur les hauts plateaux de la Lozère, près de Sainte-Enimie. Une grotte fréquentée par de nombreux apprentis spéléologues. Il faut descendre à 500 mètres sous terre, ramper pendant une heure dans un labyrinthe de boyaux (utilisables uniquement en saison sèche), et Castelbouc révèle ses joyaux.

Nous sommes en 2015. Le paléontologue Jean- David Moreau et son équipe décident de passer au peigne fin cette cavité, et en scrutant le plafond... surprise !
 

Il y a des centaines de personnes qui fréquentent ce lieu, mais personne ne l’avait jamais vraiment regardé en levant les yeux !  Et les lampes des frontales ne permettent pas de bien voir...


En cette fin décembre, c’est Noël avant l’heure : ils découvrent de grandes empreintes dont certaines font 1,25 mètre de circonférence. Du jamais vu !

Ils comprennent qu’ils ont affaire à de très gros dinosaures, et vont revenir plusieurs fois pour poursuivre leurs recherches  sous la supervision de l’  Association Paléontologique des Hauts Plateaux du Languedoc   et du    Laboratoire Biogéosciences   (Université de Bourgogne).
Un article complet vient d’être publié dans une revue internationale de référence,  "The Journal of  Vertebrate Paleontology."


Des traces remarquablement conservées


Les chercheurs ont retrouvé trois pistes. Elles indiquent que deux à trois individus sont passés. Certaines empreintes de pas sont extrêmement bien préservées avec des marques de doigts, de coussinets et de griffes, et une morphologie jusqu’ici inconnue.
 
Occitanopodus, un nouveau type de trace de dinosaures révélé par les chercheurs en Lozère / © Photo Rémi Flament
Occitanopodus, un nouveau type de trace de dinosaures révélé par les chercheurs en Lozère / © Photo Rémi Flament
 

Le travail des paléontologues a permis de décrire un nouveau type de trace qu’ils ont nommé Occitanopodus, en référence à l’Occitanie !


Ces traces datent du Jurassique moyen, il y a environ 168 millions d’années. Elles ont été laissées par des dinosaures quadrupèdes et herbivores de la famille des Sauropodes comme les fameux diplodocus.
 
Squelette d'un Diplodocus dans un musée de Belfast / © MAXPPP/Brian Lawless
Squelette d'un Diplodocus dans un musée de Belfast / © MAXPPP/Brian Lawless

Selon les scientifiques, ces animaux étaient probablement des Titanosauriformes dont la longueur dépassait 30 mètres et qui pouvaient peser jusqu’à 50 tonnes. Jean-David Moreau a aussi analysé les sédiments pour comprendre quel paysage se trouvait à l’époque à cet endroit : fossiles, branches, et petites dents de poissons…
 

Nos dinosaures lozériens vivaient au bord de la mer, sur le littoral d’une lagune bordée par une forêt de conifères !


Jurassic feet : mais pourquoi donc des pas au plafond?

Pas de méprise... les dinosaures ne marchaient pas la tête à l’envers ! En fait, ils ont laissé leurs marques sur une plage qui s’est fossilisée. Puis des millions d’années après, une grotte s’est creusée en-dessous. C’est donc le dessous de la plage que l’on voit : l’envers des empreintes. 

C’est la toute première fois au monde que l’on retrouve de telles traces dans une cavité naturelle.

 
 

Certes, depuis près d’un siècle, la région des Grands Causses a déjà livré de nombreuses empreintes de pas de dinosaures (appartenant plutôt à des petits carnivores). Mais jamais de cette taille ni de ce type. Pour Jean-David Moreau, qui préside l’Association Paléontologique des Hauts Plateaux du Languedoc (A.P.H.P.L)  : "Il faut poursuivre les missions car y en a certainement d’autres à découvrir dans les environs, à condition bien sûr d’avoir l’œil !"
 

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