Affaire Fiona : la mère de l'enfant martyre “regrette d'avoir été négligente”

Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, lors de son procès aux assises du Puy-de-Dôme, à Riom, le 14 novembre 2016. / © Elisabeth De Pourquery / France Télévisions
Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, lors de son procès aux assises du Puy-de-Dôme, à Riom, le 14 novembre 2016. / © Elisabeth De Pourquery / France Télévisions

Elle s'emporte, elle pleure. Mais au bout du compte, elle se livre peu. Au deuxième jour de son procès, la mère de Fiona n'a guère fait avancer les assises du Puy-de-Dôme sur la mort de sa fille, qu'elle est accusée, avec son ex-compagnon, d'avoir tuée.

Par Z.S. avec F3 Auvergne et AFP


La mère de Fiona et son ex-compagnon avaient fait croire à l'enlèvement de cette enfant de cinq ans, avant d'avouer sa mort, lors de leur garde à vue à Perpignan. Ils comparaissent devant les assises du Puy-de-Dôme.

La mère de Fiona "regrette"


"Mais expliquez, dites-les vos regrets!", la presse son avocat, Me Gilles-Jean Portejoie. "Tous les jours, je regrette d'avoir été négligente, une mère indigne, peut-être un monstre pour certains", concède mécaniquement Cécile Bourgeon. La frange relevée par une pince, une paire de lunettes vissée sur le nez et un foulard rose fuchsia noué sur un pull gris, cette femme de 29 ans se retrouve sous le feu des questions, après son ex-concubin, Berkane Makhlouf, la veille.

La mort de Fiona ? "Un accident"


La mort de Fiona? "Un accident", lâche-t-elle, sans plus de précisions. L'endroit où se trouve son corps? Impossible de savoir. "Moi, j'ai donné tout mon possible pour essayer de la retrouver et je n'ai pas réussi. J'en ai honte", confesse d'une voix plaintive, presque enfantine, celle qui s'exprime pour la première fois depuis trois ans et les terribles aveux. Après avoir évoqué la disparition de la fillette et menti pendant des mois, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf avaient en effet reconnu l'avoir enterrée, à la lisière d'une forêt. Après lui avoir porté des coups mortels, selon l'accusation.

Le procès de l'affaire Fiona s'est ouvert le lundi 14 novembre 2016 devant la cour d'assises du Puy-de-Dôme à Riom. / © AFP / Thierry Zoccolan
Le procès de l'affaire Fiona s'est ouvert le lundi 14 novembre 2016 devant la cour d'assises du Puy-de-Dôme à Riom. / © AFP / Thierry Zoccolan

Cécile Bourgeon s'emporte


En prison, cette mère de famille, "mordue des enfants", a eu "envie d'un autre enfant", selon une lettre adressée à un homme avec lequel elle a entretenu une relation épistolaire, lue par une avocate des parties civiles. Qui la fait sortir de ses gonds, pour la première fois depuis le début de l'audience. Un court instant, Cécile Bourgeon hausse la voix et montre un autre visage. "Pour qui elle se prend?" lance-t-elle à l'attention de Me Marie Grimaud, de l'association "Innocence en danger", qui l'interroge sur ce courrier.
"J'ai le droit d'être enceinte; je fais ce que je veux. L'espoir fait vivre (...) La petite bête, vous la cherchez et vous allez la trouver! Je ne vais plus répondre à vos questions", s'emporte-t-elle. 

Une relation "compliquée" avec Berkane Makhlouf


Mais l'instant d'après, elle craque et demande pardon à son frère, qui venait d'être auditionné. "Je t'aime mon frère. Je te donne mes excuses pour tout ça", lui dit-elle, cette fois en pleurs. 
Mardi, la cour a tenté de brosser la personnalité de Cécile Bourgeon et de décortiquer sa relation "compliquée" avec Berkane Makhlouf. "C'est difficile, je suis perdue. Berkane, c'est le père de mon fils (né juste avant son arrestation). Je l'aimais très, très, très fort", confie l'accusée. "C'est toujours pas terminé? Vous êtes sous son emprise et vous ne pouvez pas tout dire?" lui demande alors le président, Dominique Brault. Long silence dans la salle.  "Je ne peux pas vous dire", finit par répondre celle qui aurait été, en effet, "sous l'emprise" de son compagnon selon une psychologue clinicienne appelée à la barre.

© Benoit PEYRUCQ / AFP
© Benoit PEYRUCQ / AFP


30 ans de réclusion criminelle encourus


"C'est une éponge, un buvard, on peut en faire ce qu'on veut. Par peur de l'abandon, elle est capable de tout supporter", abonde Martine Tetot-Prunet, qui  a juge par ailleurs "immature affectivement". L'air hébété et la bouche ouverte, Berkane Makhlouf n'a cessé de cligner des yeux lors des débats, l'air visiblement ailleurs. Tous deux sont accusés de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur mineure de moins de 15 ans, par ascendant ou par personne ayant autorité et en réunion, de non-assistance à personne en danger et de recel ou dissimulation de cadavre. Ils encourent 30 ans de réclusion criminelle.

Le verdict est attendu le 25 novembre. L'audience se poursuit mercredi avec l'audition de l'ancien couple sur les faits.

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus