Ce village des Pyrénées-Orientales craint de perdre son identité avec un projet urbain en centre-ville

Construire deux immeubles modernes en plein centre d'un village typiquement catalan, le projet divise à Canohès. Alors que la mairie vante cette construction pour redynamiser le centre-ville, des opposants craignent que Canohès ne perde son âme.

Avec son église romane et ses bâtisses en galets de rivière, Canohès (Pyrénées-Orientales) a tout d'un village de carte postale. Mais, depuis peu, un projet urbanistique fait craindre un changement de visage du centre-ville. 

À une centaine de mètres de l'église, c'est un terrain d'un hectare qui cristallise les tensions. Totalement nu à ce jour, il sert de parking improvisé d'un côté, de lieu de promenade de l'autre. Dans le projet imaginé par le conseil municipal, plusieurs immeubles de deux étages doivent s'y installer. Mais ce n'est pas tout, précise le maire, Jean-Louis Chambon : "on va refaire le jardin d'enfants qu'on va doubler en surface, on va planter cent arbres prévus pour durer dans le temps, énumère-t-il. Il y aura également une place publique de 1800 m² et surtout on va installer un bistrot et cinq ou six commerces dans deux maisons classées qui nous appartiennent".

Le maire assure que ce projet figurait dans sa profession de foi lors des dernières élections de 2020. Cette dernière dans les mains, un habitant relit les professions faites par celui qui était alors candidat. Son constat : "Il ne parle pas du projet immobilier. Nous, on se sent lésés". 

Architecture traditionnelle catalane

Autre point de crispation, la différence d'architecture entre les bâtiments traditionnels et ceux qui vont être construits. Dans la commune, certains immeubles récents existent déjà et déplaisent à une partie de la population.

"On a peur que le village perde son âme, son charme, avec les bâtis en pierre locale. Canohès, c'est typiquement catalan. J'ai une maison qui est depuis quatre générations dans la famille. On est très attaché et à ce que ça reste un village qui ne soit pas surpeuplé, avec les problèmes que cela va ramener", regrette une habitante du village en pleine distribution de tracts opposés à cet aménagement.

Un argument balayé d'un revers de main par le maire : "Cela ne va nullement dénaturer le village, ces bâtiments dits modernes ne sont pas tant modernes que ça, se défend l'élu. Mais surtout, les bâtiments de France consultés ont approuvé le schéma de ces bâtiments et n'ont émis aucune observation négative. Je pense que les plus à même de savoir qui dénature quoi, ce sont quand même les architectes des bâtiments de France".

Une réunion publique, organisée par la mairie, est prévue ce mercredi 10 avril, à 19h.

Avec Marc Tamon et Sarah Karama, sur place.