DECRYPTAGE. Ultradroite : des groupuscules identitaires émergent dans le paysage politique des Pyrénées-Orientales

Alors que le ministre de l'Intérieur vient de demander aux préfets d'interdire à l'avenir toutes les manifestations d'ultradroite, des cellules, mouvements ou lieux identitaires se créent. Un nouveau groupuscule d'extrême-droite, Unité sud, vient d'apparaitre à Perpignan et un café identitaire a ouvert ses portes à Canohès.

L'ultradroite est une mouvance ultranationaliste et ultraconservatrice qui tente de s'ancrer dans les territoires. Notamment ceux où le Rassemblement national réalise de bons scores et a des élus.

Quelque 1.500 personnes appartiendraient aux groupuscules d'ultradroite en France.

Ainsi, dans les Pyrénées-Orientales, un nouveau groupe identitaire inquiète. Ses militants ont fait intrusion, fin mars dernier, à Perpignan, dans un meeting de la Nupes pour protester contre l'immigration. Les élus LFI ont décidé de porter plainte.

Un mouvement baptisé "Unité sud"

Sylvie et Francis, deux militants LFI, sont encore marqués après l'opération coup de poing menée fin mars, par un groupuscule d'extrême-droite lors d'une réunion publique de la Nupes.

Le groupe d'une vingtaine de personnes scandaient des slogans anti-immigration. Parmi les manifestants, Sylvie Ventura a reconnu un ancien candidat du Rassemblement national aux municipales de 2020.

"Comme je le connaissais, je lui dis bonjour et je lui parle. Il me dit qu'il me reconnait mais continue à hurler et à vouloir perturber notre réunion en tentant d'entrer dans la salle", explique Sylvie.

Cette intrusion est revendiquée par un nouveau mouvement politique baptisé Unité Sud. Sur Internet, il se définit comme une vague patriote perpignanaise.

Ces opérations coup de poing, on ne faisait pas cela à Perpignan jusqu'à maintenant. C'est une banalisation de l'extrême-droite et de ses pratiques et méthodes.

Francis Daspe, représentant LFI 66.

Au nom de la Nupes, ce militant LFI a déposé plainte.

Un bar identitaire à Canohès

C’est un local qui passe inaperçu. Depuis quelques semaines, un bar identitaire a ouvert à l’entrée de Canohès, près de Perpignan. Seules des personnes cooptées peuvent entrer. Un des membres a accepté de nous rencontrer.

Nous, nous sommes patriotes. On est amoureux de la France. Tout ceux qui aiment la France et qui veulent gouter des bons produits viennent ici.

Cassien Laplanche, membre du 7.59.

Le nom du bar n’est affiché qu’à l’intérieur, sur un blason aux couleurs catalanes. Le 7.59 fait référence à une date historique, celle de la victoire de Pépin le Bref, roi des Francs, contre les musulmans lors du siège de Narbonne en 759.

"C'est une victoire, c'est toujours bien d'afficher les victoires. On est content de dire qu'elle est nôtre" explique Cassien, membre du café identitaire.

Un nouveau bar identitaire mais aussi un nouveau mouvement politique d’ultradroite. Ces récents groupuscules sont également sur les réseaux sociaux. Un compte Télégram affiche clairement des idées fascistes. Goebbels, Mussolini, Hitler y sont cités en référence.

Dans les Pyrénées-Orientales, il y a un fourmillement de groupuscules radicaux de droite. C'est la rencontre de deux raisons. Il y a ici, traditionnellement, un terrain favorable depuis les années 1980 et 1990. Et depuis peu, Louis Aliot a pris Perpignan et le RN a conquis les quatre sièges de députés. Cela fait une normalisation. C'est l'éternel jeu des radicaux qui profitent de cela pour se créer une marge de manoeuvre.

Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l'extrême-droite et du fascisme à l'université de Perpignan.

Yvan Benedetti est une grande figure de nationaliste français, c'est aussi un ancien cadre du Front national, exclu par Marine Le Pen, qui se reconnait ouvertement comme néo-fasciste. Il s'est installé récemment dans les Pyrénées-Orientales et profite aussi de la dynamique créée par Louis Aliot.

"C'est quelqu'un qui dit que son ennemi politique, c'est ce qu'il appelle le judaïsme politique. Il a de l'influence mais ce n'est pas quelqu'un qui sème le désordre. Lui, il n'aime pas les radicaux qui vont tout casser. Ce qui l'intéresse, c'est d'avoir un groupe constitué de militants prêts pour ce qu'il espère être un jour un moment révolutionnaire. Et pour cela, il est tout à fait capable de prendre des jeunes gens plutôt désordonnés et d'arriver à leur inculquer une vraie discipline" précise Nicolas Lebourg.

Un collectif antifasciste a interpellé le préfet sur l'ouverture de ce bar identitaire. Ces groupuscules seraient identifiés et surveillés.

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