Disparues de la gare de Perpignan : 2 meurtres commis par Jacques Rançon élucidés après 17 ans d'enquête

Perpignan - Xavier Capelet, l'avocat de Jacques Rançon après les aveux du meurtre de Marie-Hélène Gonzales, en 1998, par son client - 9 juin 2015 / © AFP PHOTO / RAYMOND ROIG
Perpignan - Xavier Capelet, l'avocat de Jacques Rançon après les aveux du meurtre de Marie-Hélène Gonzales, en 1998, par son client - 9 juin 2015 / © AFP PHOTO / RAYMOND ROIG

Jacques Rançon, vient d'avouer le deuxième meurtre barbare de 2 jeunes femmes, Moktharia Chaïb et Marie-Hélène Gonzales, qui ont terrorisé Perpignan en 1997 et 1998. Reste la disparition de Tatiana Andujar en 1995, mais Jacques Rançon semble hors de cause, il était en prison à cette période.

Par FD avec afp


Le spectre d'un tueur en série avait secoué la ville catalane à la fin des années 1990, d'autant qu'une lycéenne de 17 ans, Tatiana Andujar, avait déjà disparu en septembre 1995 dans le même quartier de la gare de Perpignan.
Elle n'a jamais été retrouvée.

Moktaria Chaïb, une étudiante de 19 ans, avait disparu dans le même quartier en décembre 1997. Elle était retrouvée atrocement mutilée sur un terrain vague le lendemain. Les seins et l'appareil génital de la jeune fille avaient été prélevés de manière quasi-chirurgicale.
En juin 1998, Marie-Hélène Gonzales, 22 ans, disparaissait à son tour, près de la gare. Son corps sera découvert 10 jours plus tard à la périphérie de la ville, le 26 juin 1998. Elle avait subi les même mutilations que Moktaria et était en outre décapitée et sans mains.

Jacques Rançon, déjà mis en examen pour l'assassinat de Mokhtaria Chaïb, et emprisonné depuis octobre 2014, a avoué le meurtre de Marie-Hélène Gonzales alors qu'il venait d'être placé une nouvelle fois en garde à vue, lundi.

Après des années de fausses pistes et de déception, l'une des principales énigmes criminelles des années 1990 en France est en passe d'être résolue. Au moins en partie, car Rançon était en prison pour viol depuis 1994, lorsque Tatiana Andujar a disparu et il n'aurait donc pas pu la tuer.
Selon des sources proches du dossier, Jacques Rançon n'aurait été libéré de prison qu'en septembre 1997, l'avocat des familles de victimes Me Etienne Nicolau estime qu'il n'a pas pu la tuer.

A ce jour, seule la disparition de Tatiana Andujar n'est toujours pas élucidée.

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Jacques Rançon avoue le mertre de Marie-Hélène Gonzales
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"Nous avions raison d'espérer"

Me Etienne Nicolau, défenseur des familles des victimes et de celle de Tatiana Andujar, a fait part à l'AFP de sa "très grande satisfaction de voir le mystère en grande partie élucidé: cela veut dire que nous avions raison d'espérer pendant toutes ces années".

La famille Gonzales est partagée entre un sentiment de gratitude à l'égard des
enquêteurs et juges d'instruction, de soulagement par la mise hors d'état de nuire
d'un dangereux criminel, et d'un mélange de souffrance et de haine à l'égard de
l'auteur du crime horrible dont leur fille a été victime", a-t-il ajouté.


Dans le dossier de Mokhtaria Chaïb, Rançon, inscrit au fichier des empreintes génétiques, avait été confondu en octobre 2014 par son ADN. Les progrès scientifiques avaient permis de le découvrir sur une chaussure de la victime.
Le 16 octobre 2014 il avouait et était mis en examen pour "viol avec arme en récidive et assassinat". Il devait ensuite se rétracter en mars.

La similarité des faits et la présence de Rançon à Perpignan, en 1998 comme en 1997, poussait à un rapprochement entre les meurtres de Mlles Chaïb et Gonzales, mais Rançon avait nié toute participation au deuxième meurtre jusqu'à ce début de semaine.

Le cariste-magasinier venait d'être mis sous pression dans un autre dossier la semaine passée. Placé en garde à vue et interrogé sur l'agression en 1998 d'une femme alors âgée de 19 ans, également à Perpignan, il a fini par avouer.
La victime avait reçu plusieurs coups de couteau au ventre, manquant de peu d'être égorgée avant de réussir à lui échapper.
Il a été mis en examen dans cette affaire pour "tentative d'assassinat", vendredi dernier.

Pour Me Nicolau, qui défend aussi la jeune femme agressée en 1998, "les différents dossiers judiciaires, déjà suivis par les même enquêteurs et le même juge devraient bientôt être officiellement regroupés".

L'affaire des disparues de la gare de Perpignan - 17 ans d'enquête

Voici les grandes dates concernant cette affaire qui avait créé la psychose dans la région.

Ces "disparues de la gare de Perpignan", au physique similaire, avaient en effet nourri la théorie d'un meurtrier en série mais aucun lien n'avait été établi entre Jacques Rançon et les meurtres, jusqu'à octobre 2014.

-1994: Jacques Rançon est condamné à huit ans de prison à Amiens pour viol.

UNE SERIE DE DISPARITIONS SIMILAIRES
- Septembre 1995: Une première jeune fille, Tatiana Andujar, disparaît près de la gare. Cette lycéenne de 17 ans n'a jamais été retrouvée.
- 21 décembre 1997: Une étudiante française de 19 ans, Mokhtaria Chaïb, est retrouvée poignardée et atrocement mutilée au lendemain de sa disparition. Ses organes génitaux ont été découpés de façon quasi-chirurgicale.
- 26 juin 1998: Une autre jeune fille, Marie-Hélène Gonzales, âgée de 22 ans, est elle aussi retrouvée assassinée, mutilée et décapitée.

- Janvier 1998: La police croit détenir le coupable en la personne du Péruvien Andrés Palomino Barrios, chirurgien au diplôme douteux, première fausse piste d'une enquête laborieuse.
- 9 février 2001: Fatima Idrahou, 23 ans, disparaît à son tour. Son corps sera retrouvé étranglé au bord d'un étang un mois plus tard. Le tenancier d'un bar perpignanais, Marc Delpech, est interpellé et finit par passer aux aveux. Mais malgré des soupçons, aucun lien n'est établi avec les autres meurtres.

L'ENQUETE RELANCEE PAR DES TESTS ADN
- Juin 2010: De l'ADN est récupéré sur les scellés, identifié sur une chaussure d'une victime. Cette découverte relance l'enquête, qui n'a jamais été interrompue.
En 12 ans, des centaines de témoins ont été entendus et des dizaines de gardes à vue menées.
- 17 janvier 2012: Grâce aux progrès scientifiques, un appel à témoins est lancé quinze ans après les faits.
- 9 septembre 2012: Le principal suspect de l'époque, Esteban Reig, se suicide dans sa prison, à Lyon. Il y purgeait une peine pour un meutre similaire commis en 2010 sur son colocataire, dont il avait découpé les organes génitaux.
- Mai 2014: De nouvelles analyses génétiques sur les six principaux suspects de l'époque n'aboutissent pas à des résultats probants.
- Octobre 2014: Après plusieurs recherches infructueuses, le quinquagénaire Jacques Rançon, déjà connu pour des agressions sexuelles, est confondu 17 ans après les faits par son ADN. Ce cariste-magasinier au chômage reconnaît le viol et le meurtre de Mokhtaria Chaïb.
- 4 juin 2015: Jacques Rançon, extrait de la prison de Béziers où il est incarcéré, est mis en garde à vue et passe aux aveux concernant une agression commise en 1998 contre une jeune fille qui a survécu. Le lendemain, il est mis en examen.
- 9 juin: Placé en garde à vue, Jacques Rançon reconnaît "spontanément" selon son avocat le meurtre de Marie-Hélène Gonzales.

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