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Le procureur-adjoint note "des similitudes troublantes" entre l'affaire de Perpignan et celle de Nîmes

C'est un lourd passé qui vient faire rebondir l'enquête des disparues de Perpignan. Celui de Francisco Benitez, père et mari des deux femmes recherchées depuis le 14 juillet. En 2004, il a été entendu à Nîmes pour une affaire de disparition similaire.
Perpignan : Bruno Lenormand, procureur-adjoint en conférence de presse avec les journalistes - 5 août 2013.
Perpignan : Bruno Lenormand, procureur-adjoint en conférence de presse avec les journalistes - 5 août 2013. © AFP/PHOTO RAYMOND ROIG

Il s'agit de Simone de Oliveira Alves, maîtresse présumée de Francisco Benitez. Elle a disparu, en 2004, du jour au lendemain, on est depuis toujours sans nouvelles.
Simone de Oliveira Alves, décrite comme de type sud-américain, avait disparu le soir du 29 novembre 2004, selon l'avis figurant toujours sur le site de la Police nationale. Elle est partie "après avoir récupéré à son domicile quelques effets vestimentaires et confié ses enfants à la garde d'un proche", dit l'avis.
Âgée d'une trentaine d'années à l'époque et originaire du Brésil selon plusieurs sources, elle n'a jamais été retrouvée depuis.
Selon l'une des sources proches de l'enquête, Francisco Benitez a toujours nié être la dernière personne à l'avoir vue.

Francisco Benitez déjà entendu en 2004, à Nîmes, pour une affaire de disparition

Francisco Benitez renvoyait l'image d'un légionnaire sociable aux états de service exemplaires avant de devenir témoin numéro un dans l'enquête sur la disparition de sa femme et de sa fille, et d'être rattrapé post mortem par son audition dans une affaire similaire.
Entre la disparition de sa femme et de sa fille, puis son suicide, et la révélation qu'une ancienne compagne était introuvable depuis 2004, Francisco Benitez a semé le trouble.

Les rares éléments de l'enquête l'ont vite désigné à la suspicion générale. Une vidéo dans laquelle, avec le fort accent conservé de ses origines espagnoles il proclamait son amour pour sa fille, a propagé le doute. Dans sa dernière lettre,
il criait son innocence et expliquait ne plus supporter les soupçons distillés à son encontre dans les médias ou sur internet et mettant à mal son honneur. Comment interpréter ce suicide ? Et que penser de cette disparition de 2004 ? "S'il a un secret, il l'a emporté" avec lui, dit le procureur adjoint Luc-André Lenormand.
 
Lundi, au lendemain du tournage de la vidéo avec l'aide de Lydia, l'une des deux filles de sa femme nées d'une précédente union, on l'a retrouvé pendu à la caserne Joffre de Perpignan, en uniforme et le visage recouvert d'un foulard noir.
Depuis 2010, il dirigeait là le Poste d'information de la Légion, une fin de carrière sédentaire mais honorifique, les fonctions de recruteur au sein de ce prestigieux corps d'armée étant traditionnellement dévolues à des militaires dont l'autorité auprès des aspirants légionnaires se nourrit d'états de service prestigieux.
C'était le cas de Francisco Benitez: engagé en 1986, il avait participé à plusieurs opérations extérieures ou missions de courte durée dans le Golfe, en ex-Yougoslavie (au Kosovo notamment) et au Gabon.

Un père aimant

Il avait décroché la Croix de guerre et la Médaille militaire, des distinctions récompensant le mérite éminent au feu. Puis le père d'Alisson avait été en poste à Mayotte (département français de l'océan Indien) et à Nîmes.
C'est justement à Nîmes qu'il avait été entendu en 2004 par des policiers enquêtant sur la disparition de Simone de Oliveira Alves, une femme de type sud-américain qui s'est volatilisée le soir du 29 novembre 2004.
Francisco Benitez avait nié être la dernière personne à avoir vu celle qui, selon des sources proches de l'enquête actuelle, était alors sa concubine ou son amante.

Aucune charge n'avait été retenue contre lui

A l'époque, Francisco avait déjà eu Allison, aujourd'hui âgée de 19 ans, avec Marie-Josée, sa femme disparue depuis le 14 juillet 2013. C'était un père aimant, un homme sociable à en croire ses voisins ou le maire de la ville.

Barbe soigneusement taillée, regard franc, sourire photogénique, Francisco Benitez était "ouvert sur les autres" et "très impliqué dans le milieu associatif" selon Jean-Marc Pujol, le maire UMP de Perpignan. L'homme était connu pour s'occuper de la crèche pour les enfants de militaires.
Dans le quartier du Moyen-Vernet où s'étaient installés les Benitez, dans le nord de Perpignan, Francisco et Marie-Josée, 53 ans, sont décrits par leurs voisins comme des "gens très calmes, très discrets". Tout au plus était-il surnommé "le légionnaire" par des jeunes du quartier.
Mais le couple qu'ils formaient battait de l'aile et, selon les déclarations de Francisco aux policiers, ils avaient décidé de se séparer d'un commun accord. Marie-Josée devait s'installer dans un autre appartement en septembre.

Une vidéo et une lettre avant son suicide

Si Francisco Benitez a dans ses ultimes écrits redit tout son amour pour Allison, la jeune femme et sa mère, toutes deux coquettes, entretenaient une relation fusionnelle.
Dans sa vidéo, où il apparaissait très éprouvé, la barbe en bataille et parvenant à peine à réprimer ses sanglots, le militaire relativisait cette séparation: "Nous sommes une famille comme toute autre famille, avec des hauts et des bas". Avant de conclure: "J'espère que ma fille sera retrouvée, ainsi que sa maman, même si je peux dire que je ne suis pas optimiste du tout".
 

 

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