Retour du froid et du gel en Occitanie : arboriculteurs et vignerons sur le qui-vive

Ce mardi 6 avril "ça pique un peu"! Le froid, le gel et la neige en basse altitude sont de retour en Occitanie. Dans les vergers comme dans les vignobles, c’est le coup de feu. Bougies, chaufferettes, tours à vent, arrosage, toutes les techniques sont déployées pour affronter le gel.

Val de Loire- Domaine les Pins- Contre le gel, Installation dans les vignobles de bougies, des bidons qui diffusent de la paraffine ou de la cire naturelle.
Val de Loire- Domaine les Pins- Contre le gel, Installation dans les vignobles de bougies, des bidons qui diffusent de la paraffine ou de la cire naturelle. © Philippe Pitault

On croyait le printemps définitivement installé avec les températures estivales enregistrées ces derniers jours, mais la vague de froid qui s’abat ce mardi 6 avril sur l’Occitanie vient de l'ajourner. Météo France annonçait ce contraste des temperatures la semaine dernière, "d'un flux de sud très chaud pour la saison, nous allons basculer en flux de nord avec de l'air polaire. Froid et neige à basse altitude seront de retour!" .

Le printemps est loin d'être la saison préférée des vignerons et arboriculteurs. Chaque année ils doivent composer avec une météo capricieuse. Cette semaine avec cette masse d’air froid polaire qui frappe l’Occitanie, tous retiennent "leur souffle", car malgré les dispositifs techniques existants, l’incertitude règne.

En quelques heures, si le thermomètre descend trop bas c’est toute une récolte qui peut être anéantie. Ce mardi soir et dans la nuit de mercredi à jeudi, en Occitanie, les professionnels sont sur le qui-vive,  le nez sur le mercure, en lien permanent avec les stations météo, prêts à intervenir si la barre passe au-dessous de zéro degré.

Bougies à paraffines, chaufferettes, tours à vent, arrosage, les techniques d’intervention varient mais ces dispositifs ne font pas tout et représentent un coût important en termes d’investissement et de main d’œuvre. Ces dépenses fragilisent financièrement certaines exploitations.

"Vigilance accrue et anxiété"

Gérard Lacombe est arboriculteur dans le Tarn-et-Garonne, à Lizac près de Montauban. Cerises, abricots, prunes, pommes et raisins de table, son exploitation s’étend sur 60 hectares. Aujourd’hui et ce jusqu’à jeudi 8 avril tous les domaines sont en alerte dans le département. Des stations météo sont installées dans les champs. Grâce à l’application téléchargée sur les portables, en cas de baisse des températures au-dessous de zéro degré, les producteurs sont alertés et peuvent rapidement intervenir.

Nous sommes en tension, forcément on a toujours peur d’un trop gros coup de froid, et puis on ne peut pas protéger toutes les parcelles, on est obligé de faire des choix,

Gérard Lacombe

 

Les vignerons d’Occitanie, eux aussi sont sur le qui-vive. "Ils retiennent leur souffle", explique Jean-Marie Fabre, président des vignerons indépendants de France et vigneron dans le Fitou (Aude).

"On se fie aux prévisions météorologiques qui nous aide bien mais on ne maîtrise pas tout, nous ne pouvons pas tout anticiper, il y a une part d’incertitude", précise le vigneron. Et ce printemps est particulièrement difficile à gérer poursuit-il.

"Depuis 15 jours les températures sont élevées, ce qui entraine le départ du cycle végétatif. Cette vague de froid engendre de réelles inquiétudes chez les vignerons de la France entière qui sont tous logés à la même enseigne excepté la frange littorale du pourtour méditerranéen. Mais rien n’est figé, une parcelle au cœur des Corbières pourra être impactée alors que 10 kilomètres plus loin dans le Fitou les vignes ne seront pas touchées par le gel. La mer va avoir un effet de protection thermique sur les vignobles".

Jean-Pierre Fabre parle de "vigilance accrue, de tension et d’anxiété", chez les vignerons. "On vit avec les aléas climatiques c’est notre lot quotidien mais cet épisode vient ajouter du stress à cette année déjà très compliquée, anxiogène avec la crise sanitaire et ses conséquences sur le plan économique. Une charge mentale en plus pour les vignerons qui pour certains tentent de survivre".

Deux nuits à passer, deux nuits de tous les dangers pour l'arboriculteur Gérard Lacombre. "Ce n’est pas évident pour nous en ce moment, on tient à la récolte, on lutte. Il n’y a pas que cet épisode à gérer. J’ai déjà perdu quelques parcelles car nous sommes de plus en plus soumis aux amplitudes thermiques. Passer de 24 ° C à zéro degré, ce qui s’est passé la semaine dernière, peut provoquer une "chute physiologique" : cet écart de température provoque un arrêt de sève, le fruit stagne, ne s’alimente plus et tombera de l’arbre dans quelques jours. Mais cela on ne pourra le constater que bien plus tard".

C’est vraiment la première année où l’on constate un tel choc thermique.

 

Les viticulteurs s'adaptent aux aléas

 Comme chaque début de printemps depuis quelques années, Maguelone Dardé, viticultrice sur la commune d’Octon, dans l’Hérault est très angoissée. Associée sur un domaine familial de 23 hectares en bio, elle scrute très régulièrement la météo. Elle constate que depuis plusieurs années, sur le domaine, les vignes subissent de plus en plus de périodes de gel au printemps.

Il fait moins froid en hiver et plus froid eu début printemps, avec de plus en plus de période de gel.

 En 2017, c’est 40 % de leurs vignes qui ont souffert du gel. Des parcelles entières ont été touchées et n'ont rien produit.

« Depuis quelques années, comme il gèle régulièrement, on a commencé à tailler de plus en plus tard. En mars, voire même début avril. Ça permet aux bourgeons d'éclore plus tard et que la vigne soit moins sensible au gel.

 

"On essaye d'avoir le moins d'herbe possible entre les vignes, car l'herbe apporte beaucoup d'humidité. En 2017, ce sont les parcelles enherbées qui ont complètement gelé. Nous sommes maintenant en 100 % bio, on ne désherbe plus, nous ne sommes réellement pas sereins", précise-t-elle.

Cette année, pour préserver au maximum de vignes du domaine du Mas de Chimères contre les froids attendus, la famille Dardé expérimente des techniques en installant, par exemple, des tas de souches autour de deux parcelles et les allumer si besoin. Le but étant de créer une opacité pour que les premiers rayons du soleil ne viennent pas griller les jeunes feuilles de vigne. 

Depuis 2013, il n'y a pas eu une année classique. Il y a toujours un truc qui se passe à chaque fois, intempéries en septembre, le mildiou, le gel, la grêle et les grosses sècheresses.

 

Les différentes techniques pour lutter contre le gel

 Dans les vignes comme dans les vergers, les méthodes sont pratiquement identiques. Dès que la ligne rouge du zéro degré est franchie, des bougies, des sortes de bidons sont placés dans les vignes, une rangée sur deux. Lorqu'ils sont allumés, ils diffusent de la paraffine ou de la cire qui réchauffent l'atmosphère. "Elles sont allumées si la température est inférieure à -1°C", explique Jean- Marie Fabre.

L’objectif est de relever la température à l’intérieur du vignoble à condition qu’il n’y ait pas de vent. Il faut tenir une température entre zéro et 1° C pour éviter le gel. On avait eu un épisode difficile le 28 avril 2017. On a mis en place les dispositifs et on reste vigilant.

Dans le Tarn-et-Garonne, Gérard Lacombe utilise des bougies antigel mais surtout trois tours à vent installées dans les vergers pour affronter les épisodes de gel. Les tours à vent sont des infrastructures qui ressemblent à des éoliennes, construites sur site. "On allume ces tours lorsque la température est de 1°C", précise l’arboriculteur. "L’hélice tourne sur elle-même et protège entre quatre et cinq hectares. Elle récupère l’air chaud à huit mètres de hauteur et plaque cette chaleur vers le sol". Le procédé permet de récupérer un à deux degrés.

Lutte contre le gel des arboriculteurs-Tour à vent installée dans les vergers à Lizac dans le Tarn-et-Garonne-
Lutte contre le gel des arboriculteurs-Tour à vent installée dans les vergers à Lizac dans le Tarn-et-Garonne- © Gérard Lacombe

Dans ses vergers de pommiers, Gérard Lacombe a placé des filets de protection contre la grêle, "pour gagner un à deux degré là aussi". A ce dispositif s’ajoute l’achat de bougies antigel placées sur d’autres parcelles même si l’arboriculteur avoue ne pas pouvoir tout protéger. "Les gelées du mois de mars avec – 4 °C ont déjà détruits des parcelles".

L’utilisation des chaufferettes dans les vignobles est moins fréquent. "On utilise du carburant et le système est très onéreux, dans les vignobles du sud de la France, certains vignerons allument des buchers de paille autour des parcelles, un air chaud qui grâce aux vents entre dans les parcelles et vient rehausser la température", précise Jean-Marie Fabre.

Enfin, le système d’arrosage est régulièrement utilisé notamment en arboriculture. Il s’agit d’asperger en permanence les vergers, l’eau enrobe les bourgeons. Quand le gel s’invite, le bourgeon est alors  pris dans le glaçon qui le protège. Au dégel, l’arrosage se poursuit afin que le glaçon disparaisse sans brûler le bourgeon. C’est une technique plus onéreuse que les bougies antigel.

Un impact financier important

Les vignerons et arboriculteurs devront composer avec le réchauffement climatique. Un phénomène qui pourrait accentuer les épisodes de "chocs thermiques" dont parlait Gérard Lacombe. Pour y faire face tous mettent en place des dispositifs qui ont un coût financier non négligeable. "Une tour à vent coûte 46 000 euros l’unité hors taxe, une bougie antigel c’est 10 euros pièce et sa durée de vie est de 10 heures, j’en ai acheté cette année plus de 500, c’est un budget" explique Gérard Lacombe.

Un budget auquel il faut ajouter le coût de la main d’œuvre. "Il faut du personnel pour placer les bougies sur plusieurs hectares, du personnel pour les allumer, tout cela a un impact financier sur les exploitations" ajoute Jean-Marie Fabre.

Cette offensive hivernale devrait durer jusqu’au jeudi 8 avril. La nuit va être courte pour de nombreux producteurs. Mercredi 7 avril devrait être la journée la plus froide avec  -1° C annoncé à Toulouse par Météo France.

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