Montauban : Edmony Krater, percussionniste et ambassadeur du tambour gwoka

Antillais d'origine, Tarn-et-Garonnais d'adoption, le musicien Edmony Krater est un des plus illustres représentants du tambour "gwoka". Cette percussion guadeloupéenne, qu'il enseigne au Conservatoire de Montauban, sert de base à ses albums. Et sera le socle d'un festival en 2021.

Installé à Montauban depuis maintenant un quart de siècle, Edmony Krater n'a jamais oublié ses racines et son enfance guadeloupéenne, bercée par les sons du tambour gwoka. Cette percussion, utilisée par les esclaves dès le 18ème siècle pour communiquer en secret, tire sans doute son nom du "gros-quart', l'unité de mesure utilisée pour les tonneaux de l'époque, transformés en instruments. Cette culture gwoka, faite de chants, de musiques et de danses frénétiques imprègne depuis l'âme de la Guadeloupe et de ses habitants. En 2014, l'UNESCO l'a inscrite officiellement au patrimoine immatériel de l'humanité.

Des cours de gwoka au conservatoire de musique de Montauban

Le gwoka a trouvé en Edmony Krater un puissant défenseur, lui qui est devenu le premier professeur à introduire cette discipline au sein d'un conservatoire de musique en France métropolitaine. Il enseigne désormais à Montauban, pour tous les publics et tous les âges, les techniques rythmiques si entêtantes de cette percussion.

Le reportage de Nathalie Sarfati réalisé en mars 2020

 

 

 

Ce son du gwoka, cette musique, a autrefois emmené les esclaves, j'y suis toujours resté sensible. Je me suis dit qu'il fallait faire un travail en profondeur, c'était très important que ça passe par la transmission, par les écoles.

Edmony Krater, musicien et professeur de gwoka

"J'ai traversé la mer",  son nouvel album

Edmony Krater aime transmettre l'histoire de la musique traditionnelle gwoka. Il a publié en 2001 "Tanbou", un livre-disque jeunesse consacré à son instrument de coeur. Mais il sait aussi en utiliser les rythmes et les subtilités pour servir des enregistrements d'albums bien ancrés dans des musiques modernes. Le dernier en date intitulé "J'ai traversé la mer", sorti en août 2020, et disponible sur les plate-formes musicales, en est la preuve. Le gwoka est le compagnon de route de ce voyage rythmé par dix titres chantés racontant en pointillé et en créole l'histoire de la Guadeloupe.

Un enregistrement d'album entre Toulouse et Paris

Pour cet enregistrement, Edmony Krater, également trompettiste, s'est entouré de deux générations de musiciens de son île : le percussionniste Roger Raspail, une autre légende du gwoka, le batteur Sonny Troupé, le claviériste Jonathan Jurion, tous réunis en studio, entre Toulouse et Paris, rejoints par la bassiste réunionnais Julian Babou. Les sons de synthétiseur mêlés aux cordes pures d'un piano droit font la part belle aux envolées de jazz, les musiciens s'autorisant quelques écarts en mode zouk (sur le titre "Kontak") ou reggae (sur "Anonyme").

Malheureusement, la crise du Covid est venue perturber la sortie de cet album. Les concerts qui devaient servir à le promouvoir, dont un prévu au New Morning de Paris en novembre, ont été annulés. Edmony Krater espère rattraper le temps perdu en 2021. Il donne déjà rendez-vous au public les 7 et 8 août prochains, à Montauban pour la deuxième édition d'un festival qu'il organise depuis 2019 (l'édition 2020 ayant été annulée). Baptisé "Place au gwoka", cet événement proposera des concerts d'artistes guadeloupéens, des masterclass ou des initiations à la danse et aux percussions. Pour faire vivre et entretenir cette culture gwoka, qui résonne depuis depuis un "gros quart" de siècle, dans les rues de Montauban.

 

Un extrait de l'album "J'ai traversé la mer", sorti sous le label Heavenly Sweetness, en 2020

Et pour découvrir Edmony Krater sur scène, voici un extrait d'un concert donné à la Cigale de Paris en 2017

 

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