Ferme aux 200.000 poules dans le Tarn : premières mesures pour évaluer d'éventuelles pollutions

Atmo Occitanie a débuté des contrôles sur la qualité de l'air à Lescout dans le Tarn. Objectif : savoir si oui ou non la ferme industrielle de poules pondeuses qui va s'agrandir, génère une pollution néfaste pour la santé.

Depuis 5 ans, un collectif d'habitants se mobilise à Lescout dans le Tarn pour tenter de faire reconnaître les odeurs et la pollution de l'air liées à l'activité d'une ferme industrielle appelée "ferme aux 200.000 poules". Un établissement qui a obtenu le droit de s'agrandir. D’après ces riverains, un nombre anormal de cancers pourrait être lié aux poussières et polluants émanant de la ferme.

Atmo Occitanie, l'observatoire de la qualité de l'air, mandaté par l'État a mis en place du matériel de mesure qui devrait permettre de trancher. "Nous allons dans la mousse rechercher les gaz et sur le filtre, les molécules notamment les pesticides qu'il peut y avoir dans les gouttières", explique sur place Dominique Tilak, directrice d'Atmo Occitanie.

"Il y a des attentes et notre rôle va être d'objectiver les choses, poursuit la spécialiste. Nous allons voir s'il faut aller plus loin, poursuivre ces campagnes de mesures ou si les résultats que nous avons sont rassurants".

Plusieurs années de mesures ?

"Si nous devions avoir des expositions détectées sur une année, la réglementation et les politiques sanitaires nous recommandent de poursuivre les campagnes sanitaires pour voir si c'est une pollution sur une année ou si elle se reproduit d'une année sur l'autre. Donc cela pourrait éventuellement redéclencher une nouvelle année de mesures".

Autant dire que l'affaire n'est pas réglée... Les premiers résultats devraient être rendus publics en 2023. Mais des points d'étapes par trimestre sont prévus. "Ces résultats sont provisoires puisque lorsqu'on évalue des problématiques de pollution atmosphérique, nous le faisons au minimum sur une année, voire plus puisque c'est vraiment l'exposition chronique donc l'exposition à moyen et long terme qui pose des problématiques de santé importantes", résume la directrice d'Atmo Occitanie.

Odeurs et gêne respiratoire

Trois sortes de sources potentielles de pollution vont être évaluées : les gênes olfactives, la présence dans l’air de composés issus de traitements spécifiques comme les pesticides et les concentrations en composés sulfurés et ammoniaqués (provenant notamment de la décomposition des excréments).

"Nous avons ouvert une appli, poursuit Dominique Tilak, avec un portable à la main, qui permet à tout habitant des alentours qui ressent une gêne olfactive de la déclarer. Cette appli s'appelle ODO, vous pouvez la télécharger gratuitement".

Une appli à télécharger

"Vous allez pouvoir déclarer si la gêne ressentie est très importante, en continu, à quel moment de la journée. Comme vos déclarations sont géolocalisées, que nous recueillons l'ensemble des déclarations sur la commune de Lescout et les communes des alentours, cela va nous permettre en recroisant avec les données météo d'identifier l'origine des gênes olfactives".

Pour les habitants qui attendent depuis 3 ans ces mesures, voir les instruments fonctionner constitue une satisfaction, si ce n'est un soulagement car les inquiétudes sont prégnantes. "Ces balises, elles donnent de l'espoir parce que ça fait longtemps que les gens se plaignent de gênes olfactives, notamment des odeurs d'ammoniac qui prennent à la gorge, explique Jérémy Vialelle. On va pouvoir enfin avoir des chiffres, des données pour savoir ce qu'on respire sur Lescout, ce que nos enfants respirent. On va enfin savoir ! On espère que les analyses ne révèleront rien de nocif pour la santé des habitants".

Jérémy Vialelle regrette que la ferme ait obtenu des services de l'État l'autorisation de s'agrandir avant même que les analyses soient pratiquées et les résultats connus.

Les comptes-rendus intermédiaires de l’évaluation réalisée à Lescout d’octobre 2022 à octobre 2023 seront régulièrement produits et mis à disposition du public sur le site internet d’Atmo Occitanie. Les conclusions seront publiées au cours du premier semestre 2024.