Pont-vieux d'Albi : sur les traces d'un ouvrage millénaire avec un historien du Tarn

Depuis le mois de février le Pont-vieux d'Albi fait peau neuve. Daté de l'an 1040 il s'agit du plus vieux pont encore en activité. L'historien tarnais Jean-Louis Biget a retracé l'évolution de l'ouvrage, à l'occasion de l'installation d'une borne de réalité virtuelle à Albi.

C'est une histoire millénaire qui est retracée sous les yeux des Albigeois. A travers la borne "Timescope" installée au pied du Pont-vieux, l'ouvrage laisse entrevoir ses apparences d'autrefois, reconstituées en 3D pour l'occasion.

Jean-Louis Biget, historien tarnais spécialisé dans le Moyen-Âge, a mené les recherches qui ont permis ces reconstitutions. Le Pont-vieux, construit en l'an 1040, devient une machine à remonter le temps. 

Avant le pont

L'histoire du pont démarre... avant le pont. En l'an 580, soit près de 500 ans avant sa construction. 

A cette époque, des barques permettent la traversée d'une rive à l'autre, lorsqu'il est impossible de la faire à gué (à pied, sur des buttes de terre). "L'emplacement sera idéal pour la construction d'un pont, explique Jean-Louis Biget, car à cet endroit il y a des hauts-fonds."

Au Moyen-Âge, un édifice fragile

Impossible de savoir précisément à quoi ressemblait la première "version" du pont. Entre 1040 et 1220 il est régulièrement fragilisé par la montée des eaux, et donc souvent reconstruit. C'est à partir du milieu du XIIIe siècle qu'un édifice plus solide sera construit. "La structure que nous connaissons aujourd'hui date en réalité de 1250 environ", précise l'historien.

Il ressemble donc quasiment au pont actuel, à l'exception de la présence d'une porte et de deux tourelles. "La porte permettait de défendre une rive ou l'autre en fonction des assaillants, rapporte Jean-Louis Biget. Plus tard, la défense s'est même perfectionnée avec la présence de ponts-levis à chaque extrémités."

Un pont habité, puis évacué

Comme c'était souvent coutume à l'époque, des habitations ont fini par fleurir sur le pont, avec une vue imprenable sur la cathédrale désormais achevée. "Les habitations ont vu le jour vers le XIVe siècle", explique Jean-Louis Biget.

La vie s'est développée sur le pont au fil des ans. "Au XVIIIe siècle, il y avait jusqu'à deux familles par maisons, mais aussi des boutiques, beaucoup d'artisans du cuir."

Mais en 1766, une importante crue met à mal les maisons perchées sur le pont. Par sécurité elle sont rasées, et les habitants évacués. 

Au XIXe siècle, c'est la largeur de l'édifice qui pose problème : "Les charrettes ne pouvaient pas se croiser sur le pont. Avec le développement de l'industrie du charbon à Carmaux, il fallait une infrastructure qui puisse permettre le transport de cette ressource." Sous Louis-Philippe, le pont a donc été élargit à l'aide de briques.

Malgré de nombreuses consolidations, son apparence ne bougera quasiment plus jusqu'en 2023, et le début des travaux de consolidation.