Les maladies des agriculteurs, entre reconnaissances et lourds soupçons

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Écrit par Franck Grassaud

"Je voudrais savoir où nous en sommes sur toutes ces maladies qui touchent mon monde", la demande émane de notre "rédactrice en chef" du jour, ce jeudi 28 février. Edith Waton-Chabert est oléicultrice et à l'occasion du Salon de l'agriculture, elle est chargée de la ligne éditoriale de france3.fr.

Le tableau des maladies du régime agricole compte aujourd'hui une soixantaine d'affections reconnues. Pour beaucoup, la liste est incomplète. 



L'année dernière, une quinzaine d’agriculteurs atteints de maladies liées aux pesticides avaient justement profité du Salon de l’agriculture pour faire entendre leur voix. Où en est-on aujourd'hui?

Maladie de Parkinson, le lien reconnu



Le lien entre la maladie de Parkinson et l'utilisation de pesticides par les agriculteurs est désormais reconnu grâce à un décret entré en vigueur en mai 2012.



Ce décret classe cette pathologie neurodégénérative comme maladie professionnelle pour les salariés agricoles comme les exploitants agricoles.



Le politique est ainsi venu confirmer ce que le monde des chercheurs clamait depuis des années. L'Inserm avait notamment pointé ce lien dès 2009, et les agriculteurs s'en doutaient depuis de nombreuses années tant leur profession souffrait de cette pathologie.



Mais ce qui est valable pour la maladie de Parkinson ne l'est pas encore pour les cancers.



Cancers, un lourd soupçon



En 2006, une étude française révélait une augmentation des tumeurs cérébrales (cancer) pour certaines catégories professionnels dont les agriculteurs en raison des pesticides. Le risque d'être victime d'un cancer de type tumeur cérébrale serait multiplié par 2,6 chez les personnes les plus exposées aux pesticides comme les viticulteurs. 



En 2011, une nouvelle étude va jusqu'à conclure que deux tiers des tumeurs dont souffrent les professionnels de l'agriculture sont dues à une exposition aux pesticides.



"Ces éléments nous montrent qu'il y a bien lieu de focaliser notre attention sur certaines expositions comme les pesticides, de certaines populations et la survenue de certaines pathologies comme les cancers", souligne alors François Veillerette, porte-parole de Générations futures, une ONG qui lutte depuis de nombreuses années contre les pesticides.



Etude après étude, le doute grandit et les témoignages se succèdent dans tous les médias sur ces paysans qui se disent "malades du progrès". Les lobbys de l'industrie chimique nient toujours la toxicité de leurs produits. Les agriculteurs reconnaissent aujourd'hui leur naïveté: "On ne s'est pas posé la question de savoir si c'était dangereux".



Février 2013, "Générations futures" publie les résultats d'analyses de cheveux chez les ruraux en Gironde. Ils démontre une présence de pesticides plus élevée chez les salariés viticoles et les riverains vivant au coeur des vignes bordelaises.



La maladie de Lyme, des doutes tous azimuts 



Cette affection est causée par une bactérie (Borrelia) transmise aux agriculteurs touchés par une tique. Les sylviculteurs, les bûcherons sont les plus exposés, mais aussi les promeneurs du dimanche. Les symptômes, très variés, peuvent se traduire par des troubles nerveux, articulaires et dermatologiques...Ils semblent tellement nombreux que les médecins ont du mal à diagnostiquer cette maladie désormais repérée sur tous les continents, particulièrement en Amérique du nord et en Europe.



Un débat a débuté il y a quelques années entre ceux qui trouvent qu'on sous-estime l'affection et d'autres qui vont jusqu'à parler d'hyponcondrie. Pour ces derniers, la maladie serait montée en épingle par des laboratoires peu scrupuleux qui, évidemment, trouvent des solutions. 



Le ministère de la Santé ne semble pas nier l'existence de la maladie mais joue pour l'instant la carte de la surveillance. Ainsi, fin 2012, il communiquait sur "les zones géographiques où l'incidence serait élevée, par exemple en Alsace (200 cas pour 100.000 habitants par an), en Corrèze, ou dans la Meuse.



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