Cet article date de plus de 8 ans

Le bio est-il aussi "saint" qu'on veut bien le dire?

Saint Bio, priez pour que les agriculteurs nourrissent toujours plus de Français avec des produits "propres". Certains doutent qu'on y arrive sans passer à côté des engagements. Notre "rédactrice du jour", Edith Waton-Chabert, oléicultrice bio en Provence, nous a demandé d'enquêter. 
Comme l'homme n'a pas encore trouvé le moyen de multiplier les petits pains et que la consommation du bio progresse de 12 à 15% chaque année, on est en droit de se demander comment les agriculteurs font pour avancer sans perdre leur âme.

"Pour moi dans le bio, il y a aujourd'hui 15% de convaincus, 50% de dilettantes, 30% d'opportunistes et 5% de tricheurs, il serait tant de faire le ménage", explique une agricultrice.

"Aujourd'hui, on ne recherche plus la qualité, mais simplement le respect d'un cahier des charges", regrette cet autre exploitant qui, lui aussi, gardera l'anonymat tant la question semble sensible "dans le milieu". Et d'ajouter: "regardez les nouvelles exploitations biologiques, elles ressemblent à s'y méprendre aux autres fermes, elles ont une taille industrielle, on est loin de l’esprit des débuts".

Y-a-t-il des tricheurs?


Tricheurs d'ailleurs

En décembre 2011, la police italienne a démantelé un énorme trafic de faux produits bio. Les produits étaient achetés en Roumanie puis transformés en produits bio grâce à de faux documents, et revendus dans neuf pays européens, dont la France. C'est le dernier exemple médiatique en date, et l'un des seuls, d'une dérive affichée du système bio.

La France a de plus en plus recours à l’importation pour satisfaire la demande, on n'est donc pas à l'abri de nouveaux épisodes de ce type. 

Tricheurs involontaires

Les produits bio peuvent renfermer des résidus de pesticides qui proviennent la plupart du temps des champs voisins ou de sols pollués depuis longtemps. Reste qu’à doses minimes les pesticides ne sont pas nocifs, il faut une exposition importante et régulière pour courir des risques graves.

>>> Pour l'Agence Française pour le Développement et la Promotion de l'Agriculture Biologique, les contrôles doivent détecter ce genre de problèmes.

Web-interview Elisabeth Mercier, directrice de l'Agence Bio

Les autorités compétentes pour les contrôles sont les organismes certificateurs, qui sont eux-même contrôlés par l'INAO (l'Institut National de l'Origine et de la Qualité). A ce jour, neuf organismes sont agréés pour le contrôle des produits bio français : Agrocert, Bureau Alpes Contrôles, Certipaq, Certis, Certisud, Control Union, Ecocert, Qualité France et SGS. Chaque exploitation bio est ainsi contrôlée au minimum une fois par an.

A lire aussi: les principes du bio

Les Tricheurs fraudeurs

Ecocert, service de contrôle et de certification, évoque 5% de produits déclassés en raison de pollutions environnementales et 0,5% de producteurs sanctionnés pour manquements graves. Des statistiques très faibles, il faut le reconnaître et les fraudeurs plient souvent bagages après avoir été découverts. Afin de lutter contre ces fraudes, des associations prônent la multiplication des contrôles inopinés sur les exploitations mais aussi sur les grandes manifestations comme les salons et marchés (par la direction de la répression des fraudes).

>>> Pour l'Agence Bio, si l'on sanctionne peu, c'est qu'il y a peu à sanctionner

Web-interview Elisabeth Mercier, Agence Bio

La Fédération Nationale d'Agriculture Biologique note toutefois "qu'avec les nombreuses conversions (+40% entre 2008 et 2010) et face à un intérêt renouvelé des consommateurs pour les produits bio, ou encore des objectifs chiffrés ambitieux de la part des autorités publiques concernant l’introduction de produits bio dans les cantines scolaires, on peut craindre le retour de vocations chez les fraudeurs".

Le réseau FNAB dit vouloir redoubler de vigilance, il en va de sa survie.
Les règles de l'agriculture biologique
- L'interdiction des produits chimiques de synthèse : pesticides (herbicides, insecticides, antifongiques), et engrais
- L'Interdiction des OGM
- L'interdiction des cultures hors sol
- L'interdiction de l'irradiation pour la conservation des aliments
- Le recyclage des matières organiques
- La rotation des cultures
- L'interdiction de l'usage des antibiotiques et hormones pour traiter les animaux. Les traitements doivent être basés sur des médecines douces, homéopathie, phytothérapie et aromathérapie. Le recours à d'autres traitements n'est autorisé qu'en en cas de besoin impératif et dans des conditions très strictes. Au-delà, l'animal est déclassé et la viande n'est plus labellisée bio.
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