Les filles de l'air : Simonetta Chelli observe la terre depuis l'Agence Spatiale Européenne

© E. Haas
© E. Haas

Elles sont souvent entrées dans l'aviation ou le spatial comme on entre en religion … par passion !
A travers plusieurs portraits de "filles de l'air", on constate que dans l'aéronautique aussi, les femmes ont trouvé leur place…. Et cela ne date pas d'hier !

Par Erick Haas

L'itinéraire d'une femme de l'Espace

Beau parcours que celui de Simonetta Chelli, aujourd'hui chef de cabinet du directeur de l’observation de la terre à l'Agence Spatiale européenne : l'ESA.
Qu'on en juge :
- Etudes à Yale, aux Etats Unis puis à Florence (Italie)
- Diplôme de sciences politiques en relations internationales
- Auteur d’une thèse sur le droit International de l’Espace dans les années 80 (alors que le sujet n’était pas encore très en vogue)
- Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA) en français, à l’institut des études stratégiques et diplomatiques de Paris.
Après ses études, elle a travaillé à la commission européenne pendant un an comme stagiaire auprès d’un commissaire européen puis fait une demande de poste à l’ESA alors que l’Italie, devenue 3e contributeur européen de l'agence spatiale européenne, recrutait ... Des italiens !

Simonetta Chelli est entrée à l’ESA en 1988, dans les Relations internationales tout d'abord, au cabinet du directeur Général de l’époque. Ensuite, elle a continué son parcours professionnel dans l'agence à différents postes. A la direction de la Stratégie puis comme chef de la communication pour l’Italie, l’Espagne et le Portugal et enfin, depuis 2007, en tant que chef de cabinet du directeur de l’observation de la terre en charge de l’environnement, du climat et de la météorologie.

 / © Q : comment situer l'importance de votre poste aujourd'hui ?
C’est un poste délicat car ma direction représente 25% du budget de l’agence spatiale européenne. On investit à peu près 1 milliard d’euros par an et on a de nombreux satellites à lancer dans  les prochaines années. Auprès du Directeur, j'ai un poste à grosse responsabilité car il faut toujours être sur le pont, sous pression. On doit  collecter des informations techniques et je n’ai pas le "background" des ingénieurs pour cela, mais on doit préparer à partir de ces documents, des dossiers qui ont de fortes implications politiques auprès des pays membres. C’est un poste très intéressant et qui me passionne. Il correspond exactement à mon profil académique.

Q : vous parlez combien de langues ?
Je parle 5 langues. Ma langue maternelle est l'italien et j’ai appris l’allemand à l’école puis le français en venant travailler à Paris et à Bruxelles. Je parle aussi l'espagnol et puis j’ai toujours parlé l’anglais que j'ai appris durant mes études aux États Unis. Dans le cadre de l’agence, c’est un gros avantage de parler plusieurs langues car au delà du professionnel, je trouve que cela aide à créer des liens très forts au niveau personnel. Le fait de pouvoir pratiquer ces langues tous les jours dans le travail, c’est un bel avantage.

Q : quelles sont vos relations avec vos collègues masculins ?
Après 27 ans à l’agence, on est vu comme les autres collègues. On peut même user de son charme.. C'est même un avantage (avec un grand sourire)…
Simonetta Chelli (ESA)

Q : et votre vie de famille ?
Je voyage pas mal, en Europe surtout et parfois à l’international. Je gère ça avec une aide à la maison. j’ai 2 enfants qui sont grands maintenant. Cela implique des sacrifices mais aussi de l’attention particulière. Par exemple, je  leur dédie les week end pour pouvoir garder une vie de famille. Ce qui m’aide beaucoup aussi, c’est que je suis mariée avec quelqu’un qui travaille également à l’ESA. Il est dans un autre secteur technique, ce qui nous permet de comprendre le contexte dans lequel on travaille. On se respecte et on s’aide mutuellement ... Et c’est un gros avantage.

 / © Q : si c’était à refaire ?
Franchement, je crois que j’ai eu beaucoup de chance. J'ai beaucoup travaillé, mais il faut toujours aller de l’avant, étudier les dossiers et ne pas s’asseoir sur sa situation. J’ai eu des chefs qui ont su me motiver. J'ai trouvé également beaucoup de collègues qui m’ont aidé à comprendre les aspects techniques du secteur spatial car ce n’est pas évident. Il y a beaucoup de jargon et de données techniques à assimiler et j’ai été bien aidé.
Si c’était à refaire, en terme de motivation personnelle, je ne ferai pas autrement car j’ai toujours adoré voyager, parler les langues, travailler dans une situation de coopération internationale et l’agence, c’est idéal pour cela …


 / © Q : qu'elle est votre actualité pour les semaines à venir ?
C’est une actualité très intéressante car c'est la 14e fois que je viens au salon du Bourget et cet après-midi, on a une conférence avec le CNES à propos de la contribution de la France à COP21, la conférence sur le climat, à la fin de l’année … On travaille ensemble sur ce dossier important au niveau politique et scientifique et il y a de grosses attentes du côté français comme du côté européen… Et puis lundi prochain, on lancera depuis la Guyane française, le satellite Sentinel 2, de la famille Copernicus. Donc j’irai en Guyane avec mes collègues, les médias et les VIP pour assister à ce lancement et d'ici là je vais préparer la campagne de communication.
 / © E.H.
/ © E.H.

 

En savoir plus : Copernicus ou la terre vue du ciel... au microscope !

Dans le cadre du programme d'observation de la terre baptisé "Copernicus", la flotte de satellites "Sentinel" est chargé de recueillir des données pour l'agriculture, les forêts et la surveillance des zones côtières. Un premier satellite est déjà en orbite. Le second, Sentinel-2A sera lancé le 23 juin depuis la Guyane, à bord d'une fusée de type Vega. 

(document ESA)

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