A Choisy-le-Roi, incrédulité et amertume après l’annonce de la fermeture de l'usine Renault

C’est la seule usine de Renault qui va devoir fermer d’ici 2022. Celle de Choisy-le-Roi dans le Val-de-Marne spécialisée dans la réparation des moteurs et des boites de vitesse. Les 263 salariés vont devoir partir sur le site de Flins.
 

Les salariés ont appris hier soir la nouvelle de la fermeture du site dont l'activité doit être délocalisée à Flins dans les Yvelines.
Les salariés ont appris hier soir la nouvelle de la fermeture du site dont l'activité doit être délocalisée à Flins dans les Yvelines. © Christian Mirabaud / France 3 Paris.

Ils ont célébré les 70 ans de leur site l’an passé. Mais ce matin, pour les 263 salariés de Renault à Choisy-le-Roi et les 150 intérimaires, l’esprit n’est plus du tout à la fête. Réunis devant l’entrée par petits groupes, beaucoup semblent comme sonnés. Et témoignent de leur amertume après l’annonce de la fermeture de leur usine dont l’activité va être délocalisée à Flins dans les Yvelines. Sofiane Sbahi, opérateur de production turbo, travaille ici depuis 17 ans. Il a encore du mal à y croire : "C’est un coup de massue, un choc pour nous tous. On a été habitué à travailler ici. C’est un petit site ce qui fait qu’on a l’esprit de famille, tout le monde se connaît. Au bout de 17 ans, on a largement fait ses marques. Du coup, se faire délocaliser dans un autre site, c’est un chamboulement total".
Franck Bouchaut est quant à lui à deux ans de la retraite. Après avoir passé 46 ans dans ces locaux, il se sent lui aussi déboussolé. "J’ai passé ma jeunesse sur ce site. Il y avait de l’avenir, il y avait de belles choses à faire… Mais il y a toujours du potentiel à Choisy-le-Roi. Nous sommes très rentables. On ne peut pas dire le contraire. Je ne comprends pas pourquoi ce site fermerait, pourquoi ils ont envie de fermer ce site. Ça va faire un grand vide."
L'usine est spécialisée dans le recyclage des pièces mécaniques depuis 1949 et emploie 263 salariés et 150 intérimaires.
L'usine est spécialisée dans le recyclage des pièces mécaniques depuis 1949 et emploie 263 salariés et 150 intérimaires. © Christian Mirabaud / France 3 Paris.


Un site pourtant rentable

La nouvelle est tombée hier soir, à l’issue d’une réunion entre les représentants du personnel et la direction, laissant les salariés dans l’incrédulité. Car l’usine n'est pas en difficulté et l'activité est florissante. Spécialisés dans l'économie circulaire, chacun s’attelle ici à nettoyer, trier, laver, réparer, reconditionner et recommercialiser les pièces mécaniques. Avec l’objectif d’en recycler de plus en plus chaque année. En 2019, ce sont 40 000 boites de vitesse et 39 000 moteurs qui ont pu être remis dans le circuit. En France, 20% des ventes de pièces de rechange sont issues de Renault Choisy. Un site qui a même recommencé à embaucher après des années de disette. "Depuis dix ans, on a fait des efforts énormes sur tous les indicateurs : la qualité, les coûts, les délais, même le dialogue social. Pendant le Covid, on a travaillé, livré des moteurs, des boîtes de vitesse pour les premières urgences, pour les médecins, pour la police, pour les infirmiers, infirmières, on a fait de l’impression 3D de masques et de protections, détaille Stéphane Maillet, représentant du syndicat CFE-CGC à Choisy-le-Roi. Le site est rentable en lui-même sans parler du bénéfice qui est fait avec l’après-vente. Donc on a du mal à comprendre la situation aujourd’hui. On ne nous a présenté aucuns éléments chiffrés pour expliquer la fermeture de l’usine de Choisy-le-Roi. On est dans le flou."

La fermeture de cette usine fait partie d’un vaste plan d’économies de 2 milliards d’euros dévoilé par le constructeur automobile Renault avec près de 4600 suppressions de postes en France et plus de 10 000 dans le reste du monde. En cause, la dégradation de la situation économique de l’entreprise avec une perte de 141 millions d’euros en 2019 (contre un bénéfice de 3,3 milliards d’euros en 2018), accentuée par la crise sanitaire et économique mondiale. Si aucun licenciement sec n’est annoncé, les départs à la retraite ne seront en revanche pas remplacés et "des mesures de reconversion, de mobilité interne et des départs volontaires", vont être mises en place. "Renault est parti dans une direction qui n’était pas la bonne. Nous avons trop grossi. Il y a trop de diversité de modèles, trop de composantes. Nous devons prendre des décisions et redimensionner tout cela", a indiqué lors d’une conférence de presse le président du conseil d’administration du groupe Renault, Jean-Dominique Senard. En précisant également qu’il n’y aurait "pas de souffrance sociale"
 

Une délocalisation à 70 km sur le site de Flins 

A défaut de souffrance, c’est pour le moment l’inquiétude qui domine chez les salariés de Choisy-le-Roi qui doivent rejoindre le site de Flins à 70 km de là. Une usine historique également impactée par le plan d’économies. D’ici 2023, elle devrait perdre l’assemblage de la Zoé, transféré à Douai. Ainsi qu’un millier de salariés permanents sur les 2600 actuellement employés. Un contexte qui n’a rien pour rassurer. "Si c’est sûr dans le long terme que je vais rester à Flins et continuer avec Renault, c’est facile pour moi de déménager, reconnaît Mohamed Derkaoui, agent de fabrication au montage moteur, depuis 4 ans sur le site Renault de Choisy-le-Roi. Mais vue la tournure des choses, même à Flins, c’est pas sûr que ça reste. Tu peux partir là-bas, envisager de louer, d’y refaire ta vie. Mais dans deux-trois ans, Flins peut fermer. C’est pesant, ça fait peur." Des craintes partagées par Georges Tréabol, ingénieur depuis 34 ans à Choisy-le-Roi. "Est-ce que je suis prêt à aller à Flins ? Contraint peut-être oui. Est-ce que c’est facile ? Non. Parce que j’habite à côté de Melun, ça va être très dur avec la circulation et les embouteillages. Et puis est-ce que l’on va être repris à Flins ? A Flins aussi, ils ferment des chaînes, il faudra bien reclasser les camarades aussi."
 
Les élus se disent prêts à se mobiliser pour éviter cette délocalisation qui aurait une incidence sur la vie locale.
Les élus se disent prêts à se mobiliser pour éviter cette délocalisation qui aurait une incidence sur la vie locale. © Christian Mirabaud / France 3 Paris.
 

"Je ne suis pas dans l'acceptation mais dans la colère"

Mais le maire (PCF) de Choisy-le-Roi, Didier Guillaume, n’entend pas baisser les bras. Cela fait plusieurs jours qu’il discute avec les salariés et les syndicats. Pour lui, la bataille n’est pas terminée. "Je ne suis pas dans l’acceptation mais plutôt dans la colère. C’est quand même le deuxième employeur privé de la ville. Il va y avoir des conséquences catastrophiques pour l’ensemble des familles concernées mais aussi des atteintes économiques pour les sous-traitants et les commerces de proximité. C’est une hérésie d’autant que le site est rentable..." L’édile se dit prêt à discuter avec l’Etat et la direction de Renault et prévoit de sensibiliser l’ensemble des élus locaux.

Christian Favier, le président (PCF) du conseil départemental parle de son côté d'un "non-sens total". "Pour prêter 5 milliards d'euros sans condition, l'Etat était là pour Renault. Pour valider l'augmentation du salaire du patron du groupe, l'Etat, premier actionnaire, était là. Aujourd'hui, où est l'Etat quand Renault menace de fermer cette usine ?" 
Sur le site de Choisy-le-Roi, la mobilisation se prépare. Elle reste "la seule marge de manoeuvre" pour Laurent Giblot, délégué central adjoint à la CGT Renault. "Faut être clair, aujourd’hui, il n’y a que ça qui va permettre de mettre en avant un projet industriel, alternatif et de leur ouvrir les yeux."

 
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