De Drancy au Bataclan en passant par la Syrie, le parcours de Samy Amimour

Des forces de police, près de la salle de spectacles du Bataclan, à Paris, vendredi 13 novembre. / © IP3 PRESS/MAXPPP
Des forces de police, près de la salle de spectacles du Bataclan, à Paris, vendredi 13 novembre. / © IP3 PRESS/MAXPPP

Originaire de Drancy, Samy Amimour, 28 ans, était parti il y a deux ans s'installer en Syrie d'où son père avait vainement tenté de le ramener. Il est finalement rentré en France pour commettre l'attentat meurtrier du Bataclan.

Par RC, avec AFP

La vie de Samy Amimour, dont l'AFP avait rencontré mi-octobre les parents pour recueillir les témoignages de proches partis en Syrie, a basculé le 15 octobre 2012. A 7 heures du matin, des agents des services de renseignement cagoulés et armés "défoncent la porte" du modeste appartement de cette famille de Drancy (Seine-Saint-Denis).

Un premier projet de départ avorté

Soupçonné de nourrir un "projet de départ avorté vers le Yémen", il est mis en examen à l'issue de quatre jours de garde à vue pour "association de malfaiteurs terroriste" et placé sous contrôle judiciaire, selon le procureur de Paris François Molins, qui a révélé lundi l'identité du kamikaze.

Sa mère et son père, Mounia et Azzédine, en sont persuadés : c'est cette interpellation "traumatisante", sous les yeux de ses parents "menottés dos à dos" et de sa jeune
soeur, qui a "motivé son départ""Quand ils l'ont ramené à la maison, il m'a dit 'Papa, j'ai rien fait'. Il n'avait fait que regarder des sites islamistes. C'est pas interdit", affirme son père.

Chauffeur de bus à la RATP pendant 15 mois

Deuxième d'une fratrie de trois, Samy a toujours vécu chez ses parents et a travaillé 15 mois comme chauffeur de bus à la RATP avant de démissionner en 2012. Ses parents, des Français d'origine algérienne qui "fêtent Noël autant que l'Aïd", ont du mal à croire à sa radicalisation. D'autres témoignages laissent penser l'inverse.

Il fréquentait la mosquée du Blanc-Mesnil, "il avait demandé à sa mère de se voiler. Son père, qui parle très bien l'arabe, l'accompagnait à la mosquée, lui traduisait des textes, pour partager quelque chose avec lui", raconte sous couvert d'anonymat une amie de la famille.

Proie parfaite pour les recruteurs

Mais elle garde le souvenir d'un jeune "très gentil". "Tout le monde l'aimait. Un mec en or, la proie parfaite" pour les recruteurs au jihad"C'était quelqu'un de bien, bon élève. Quelqu'un comme nous, très naturel", témoigne un jeune voisin, qui était avec Samy au collège Paul-Bert. "On ne savait pas où il était parti, je ne l'avais pas vu depuis des années."

"Samy était bien éduqué, il avait du vocabulaire, c'était pas un de ceux qui font les cons dans le quartier", renchérit une voisine qui se demande "ce qui s'est passé là-bas, comment on lui a lavé le cerveau".

"Ne me cherchez pas, je suis en Syrie"

Le 11 septembre 2013, Samy Amimour part définitivement en Syrie. Ses parents l'ignorent, mais un mandat d'arrêt international est aussitôt délivré contre lui. "La veille, alors que je m'apprêtais à partir, il m'a fait la bise. D'habitude, c'était 'salut, bonne route'", raconte son père, Azzédine, qui avait une affaire en Belgique et ne revenait que le week-end. Quelques jours plus tard, il téléphone à ses parents pour leur dire : "Ne me cherchez pas, je suis en Syrie."

Fin juin 2014, Azzédine entreprend de s'y rendre via la Turquie. Un périple qui l'amène à changer 7 fois de voiture. Il débarque "dans la région d'Alep" le jour de la proclamation du califat de l'organisation État islamique le 29 juin. A force de ruse, il parvient à voir son fils en tête-à-tête pour le convaincre de rentrer. Mais Samy ne voit pas pourquoi il rentrerait si c'est pour "être jeté en prison dès qu'il aura mis un pied en France", selon son père.

Pas de retour malgré les efforts de ses parents

Les parents persévèrent. A Drancy, Mounia, qui travaille dans une école maternelle auprès d'enfants handicapés, frappe à toutes les portes, du maire et de l'imam Chalghoumi notamment, sans résultat. Le père se rend en Jordanie pour voir un "émir haut placé de Daech": "Ton fils, je te le fais sortir à la minute. A une seule condition : qu'il m'en fasse la demande", lui promet-il.

Las, le couple apprend que Samy, avec lequel ils sont en contact par Skype, s'est marié avec une Française et qu'ils attendent un enfant. Une nouvelle qui ruine un peu plus leurs espoirs de le revoir parmi eux. Mi-octobre, Azzédine se préparait à un nouveau voyage pour récupérer son fils.

Samy est finalement rentré sans les prévenir pour commettre, avec six autres kamikazes, les attentats les plus meurtriers de l'histoire de France.

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