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Le rapport accablant sur le déraillement de Brétigny-sur-Orge déclenche réactions et émotion

Le Procureur de la République d'Evry a confirmé ce qu'on savait du rapport des experts judiciaires sur les causes de l'accident de Brétigny-sur-Orge (91). "Déficit dans la qualité de la maintenance" dit le magistrat. Depuis, réactions et émotions s'expriment largement.
© Virginie Bigonet
Le déraillement du Paris-Limoges à Brétigny-sur-Orge (Essonne), qui a fait sept morts le 12 juillet 2013, résulte d'un "déficit dans la qualité de la maintenance" de cette partie du réseau, selon les conclusions d'un rapport d'experts rendues publiques lundi 7 juillet 2014 par le procureur de la République d'Evry (Essonne).

Après la diffusion de ces conclusions très sévères, deux syndicats de l'entreprise, la CGT et SUD-Rail ont dénoncé la politique menée par la SNCF.

«La direction de la SNCF vise une recherche effrénée d'économies à réaliser, au détriment du service public, de la sécurité des circulations des biens et des personnes », affirme la CGT « Cette logique d'abaissement des coûts se traduit par plus de productivité, des suppressions d'emplois, un abaissement de la qualité des formations dispensées et plus globalement une réduction des moyens financiers et matériels qui dégradent les conditions de travail des cheminots et la qualité du service public SNCF rendue aux usagers et à la Nation », poursuit le syndicat. La CGT dénonce également « le développement de la sous-traitance pour réaliser la maintenance et la multiplication des filiales ».

Pour SUD-Rail, « la dégradation de l'entretien du réseau ferré est la conséquence des politiques complices des gouvernements successifs et actuels, de la direction de la SNCF et de RFF depuis 1997 ».

L'émoi de Noisy-le-Sec (93)


Le maire de Noisy-le-Sec, commune de Seine-Saint-Denis citée dans le rapport d'experts pour l'état inquiétant de son réseau ferroviaire, semblable à Bretigny-sur-Orge, a immédiatement demandé au président de Réseau ferré de France (RFF) des "mesures conservatoires d'urgence" pour "garantir la sécurité" des usagers.

Jugeant inacceptable d'être informé par la presse que l'état des infrastructures de la gare de Noisy-le-Sec était jugé alarmant, Laurent Rivoire (UDI) demande à Jacques Rapoport, président de RFF, de "tout mettre en oeuvre pour garantir la sécurité des usagers des transports ferroviaires".
« Ces déclarations alarmantes ont déclenché un vif émoi. Je ne saurai tolérer une seconde que puisse être mise en danger la vie d'un passager ou d'un cheminot sur le territoire noiséen (...) Je souhaite que vous me fassiez état des mesures conservatoires d'urgence qui seront prises afin de rétablir l'état des infrastructures au plus vite pour assurer le service » dans la 7e gare d'Ile-de-France en terme de trafic de voyageurs, écrit-il dans une lettre.

L'embarras de la SNCF


Dès les premières fuites, dimanche soir 6 juillet, la SNCF et RFF, sur la défensive, ont commencé à répondre. Sans avoir eu alors, communication du rapport, les deux opérateurs du ferroviaire français ont réfuté l'emploi des mots "état de délabrement" et appelé à la prudence sur l'utilisation  d'éléments partiels du rapport.
Puis, lundi 7 juillet, les deux entreprises ont répété ce qu'elles disent depuis l'accident : elles ont entrepris un vaste plan de rénovation et de modernisation du réseau. Mais lundi soir, 7 juillet, lors d'un point presse commun SNCF et RFF, le Président de la SNCF Guillaume Pepy assure « Nous ne contestons en rien ce qu'à dit le Procureur de la République »

A l'évidence on sent, à l'intérieur des deux entreprises, que les mots du rapport ne passent pas et que flotte une gêne autour de la violence des termes utilisés. Au delà des dénonciations d'une politique par deux des syndicats de l'entreprise, les autres syndicats font tous état eux aussi de leur malaise face aux termes employés.

La révélation des éléments de ce rapport intervient quelques jours avant la date anniversaire de la catastrophe, le 12 juillet 2013. Samedi 12 juillet 2014 les victimes et les familles se réuniront à Brétigny-sur-Orge pour rendre hommage aux 7 morts et marquer l'anniversaire. Cette proximité de date exacerbe le climat et donne aux expressions contenues dans le rapport une dimension et une force particulières. La date choisie oblige aussi la SNCF et RFF à faire "profil bas" en quelque sorte




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