Agressions sexuelles et sexistes à Supélec : "On savait qu’il y avait des problèmes d’attouchement lors des soirées"

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Écrit par Elie Saïkali avec AFP
Une centaine d'élèves de l'école Supélec victimes d'agression sexuelle.
Une centaine d'élèves de l'école Supélec victimes d'agression sexuelle. © Thomas BREGARDIS / AFP

La direction de la prestigieuse école d'ingénieur a transmis à la procureure de la République d’Évry les résultats d’une enquête menée auprès des étudiants qui déclarent une centaine d’agressions sexuelles et de viols entre élèves lors de l’année 2020-2021.

La direction de la prestigieuse école d'ingénieurs CentraleSupélec a annoncé jeudi avoir saisi la justice après une enquête menée auprès des élèves, qui a révélé une centaine d'agressions sexuelles et viols déclarés lors de l'année universitaire 2020-2021.

Cette enquête anonyme, menée auprès de 2386 élèves par mail à la fin de l'année universitaire à la demande de la direction par l'association de lutte contre le sexisme Çapèse, "met en évidence des situations de violences sexistes et sexuelles particulièrement préoccupantes", a indiqué jeudi CentraleSupelec dans un communiqué. "Face à la gravité des faits déclarés par les participants à cette enquête inédite, le directeur de l'école Romain Soubeyran a décidé d'alerte et dans un courrier la procureure de la République d'Évry" afin que "soient envisagés des moyens complémentaires de prévention d'action et d'accompagnement des victimes mais également des moyens de sanction des auteurs", ajoute l'école.

Des "résultats alarmants"

Selon les résultats de cette enquête, 51 femmes et 23 hommes ont déclaré avoir été victimes, lors de l'année écoulée, de harcèlement sexuel, 46 femmes et 25 hommes d'une agression sexuelle ("un contact physique avec une partie sexuelle – fesse, sexe, seins, bouche, entre les cuisses – commis par violence, contrainte, menace ou surprise") et 20 femmes et 8 hommes d’un viol ("un acte de pénétration commis par violence, contrainte, menace ou surprise").

"Si nous sommes engagés de longue date dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, nous étions loin d'en prendre l'exacte mesure" Romain Soubeyran

Romain Soubeyran, directeur de CentraleSupélec

Parmi les étudiants ayant déclaré avoir subi l'une de ces violences près de "9 sur 10 ont indiqué que leur agresseur serait un autre élève et que les faits se seraient déroulés dans un contexte associatif ou au sein de la résidence étudiante", précise Supélec. "Les résultats de cette enquête nous ont sidérés", a déclaré le directeur de l'école, cité dans un communiqué. "Si nous sommes engagés de longue date dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, nous étions loin d'en prendre l'exacte mesure", a-t-il ajouté. "Les résultats de notre questionnaire sont alarmants, mais il nous semble nécessaire pour que tout le monde prenne conscience de l'ampleur du problème des violences sexiste et sexuelles dans l'enseignement supérieur", a indiqué de son côté l'association Çapèse sur Twitter.

Quelques heures plus tôt, Le Monde relayait les résultats de l'étude et le fait qu’une enquête avait été ouverte. Il a également rappelé que la prestigieuse école d’ingénieurs avait traversé sans encombre les phénomènes #metoo et #balancetonporc.

Un problème touchant "toutes les grandes écoles"

"Ça ne m’étonne pas. On savait qu’il y avait des problèmes d’attouchement lors des soirées", nous confie un étudiant de Supélec ayant souhaité garder l’anonymat, affirmant par ailleurs qu’il "ne savait pas pour les viols". Il indique également que "les associations de la vie étudiante au sein de l’école ont beaucoup sensibilisé sur ce problème (…) qui touche toutes les grandes écoles".

"Il y a beaucoup de prévention qui est faite de la part des associations en ce qui concerne le problème des attouchements pour inciter à faire attention à soi et aux autres", ajoute-t-il.

Un "plan national d’action contre les violences sexuelles et sexistes"

La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a de son côté condamné "fermement les actes de violences sexuelles à CentraleSupélec : ces situations intolérables n'ont leur place ni dans les cours, ni dans les soirées, ni sur aucun campus" et adressé son "soutien absolu aux victimes et salue la responsabilité de l'établissement". 

Dans un second tweet, la ministre a affirmé qu'elle s'exprimera "dans les tous prochains jours pour annoncer un plan national d’action contre les violences sexuelles et sexistes dans l'enseignement supérieur", ajoutant que sa "détermination est sans faille. Tolérance zéro".

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