Grève des éboueurs. "Le conflit révèle la face cachée de la surproduction de déchets"

Les poubelles s’accumulent dans certains arrondissements de Paris suite à la grève des éboueurs contre la réforme des retraites. L'occasion d'interroger Renaud Nougarol, sociologue spécialiste des déchets à l’INRAE, l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement. Alors que nous produisons chacun plus d’un kilo d’ordures ménagères par jour, la suspension de leur collecte nous interroge aussi sur nos modes de vie.

Les belles histoires du dimanche
Découvrez des récits inspirants de solidarité et d'altruisme, et partez à la rencontre de la générosité. Émotions garanties chaque dimanche !
France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter "Les belles histoires du dimanche". Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité

Qu’est-ce que cette grève nous apprend sur notre rapport aux déchets ?

On a depuis toujours tendance à vouloir les évacuer, les mettre loin de chez nous ou les faire disparaitre. On peut penser qu’on se serait réapproprié nos déchets par le tri ou un meilleur respect de l’environnement, mais quand il y a un problème dans la collecte, on voit que c’est très problématique et qu’ils nous gênent pour les odeurs qu’ils peuvent générer, la mauvaise image qu’ils véhiculent, les enjeux sanitaires dont ils sont porteurs. Cela révèle la face cachée de la surproduction de déchets. Le problème n’est pas visible, et quand la collecte est interrompue, à chaque fois on voit que les symptômes de la société de consommation sont toujours là. Pour maintenir la société de consommation, on laisse parfois penser que l'ensemble de nos déchets pourraient entrer dans une boucle de recyclage infinie. Au-delà des enjeux liés à la perte de matière dans le processus technique de recyclage, ce n'est pas le cas pour tous les déchets. L’accumulation de déchets dans les rues rappellent aussi que le recyclage dépend d’une chaîne d’acteurs, de l’habitant au recycleur. Or chacun d’entre eux peut porter des revendications légitimes en démocratie. Le recyclage n’est pas seulement un enjeu technique, mais aussi social.

Selon vous, ce mouvement social serait de nature à nous faire réfléchir sur notre production de déchets?

Oui tout à fait. Mais cela dépend la manière dont on appréhende les problèmes publics dans la société en général. De la même manière que les gilets jaunes ou la réforme des retraites, chaque mouvement social pourrait inviter à questionner des enjeux de société, comme notre rapport au travail. Mais en général cela se résume à une approche purement gestionnaire. En sociologie on interroge l’organisation de nos sociétés. On ne peut donc pas éviter de porter l’attention sur la société de consommation et la surproduction. Si on consomme et que l’on produit sans cesse, on peut parier que l’accumulation des déchets continuera à poser problème, un jour au l’autre.

Une tonne d'ordures ménagères est produite chaque seconde en France. Comment mieux prendre conscience de notre production de déchets?

En terme de sensibilisation des citoyens dans nos sociétés modernes, on passe souvent par l’abstraction, par les statistiques… On dit "chacun produit tant de kilos d'ordures" mais il n’y a pas d’expérience sensible, olfactive. Cela commence dès l’école lorsque les enfants apprennent de la géométrie abstractive avant d’aller observer concrètement comment se font des formes dans la nature en touchant, ressentant. On prend de la distance au monde et c’est un problème par la suite pour changer notre rapport au vivant et aux objets qui nous entourent. Une réappropriation écologique de nos sociétés peut passer par le toucher, l’olfaction et les sens en général.