Abandon du projet des tours jumelles Hermitage à la Défense : les raisons d'un échec

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Écrit par Marc Taubert avec AFP
Le promoteur russe Emin Iskenderov photographié devant une maquette des tours Hermitage en 2015.
Le promoteur russe Emin Iskenderov photographié devant une maquette des tours Hermitage en 2015. © ERIC PIERMONT / AFP

Le projet, lancé en 2007, ne verra pas le jour. L'organisme qui gère le quartier de La Défense a abandonné le projet en raison du manque de garanties financières. L'entreprise Hermitage menace de relancer une procédure d'indemnisation d'un milliard d'euros.

Elles devaient culminer à 320 mètres de haut et comprendre, outre des bureaux, des résidences de luxe, plusieurs hôtels et des commerces. Mais le projet, pharaonique, ne verra pas le jour. Le conseil d'administration de l'établissement public local Paris La Défense, qui gère ce territoire des Hauts-de-Seine, a enterré le projet ce lundi.

Le protocole transactionnel, établi à l'issue d'une procédure de médiation menée sous l'égide du tribunal judiciaire de Nanterre, donnait jusqu'au 31 décembre au promoteur russe à l'origine du projet, Emin Iskenderov, pour signer les promesses de vente.

Or, Paris La Défense a estimé "que la situation ne permettait pas de conclure de promesses de vente avec la société Hermitage dans des conditions acceptables pour l’établissement public, eu égard notamment à l’absence de garanties financières et techniques fournies par le porteur de projet", a-t-il expliqué dans un communiqué.

Finances floues

Le projet, nommé "Hermitage Plaza", devait être livré d'ici aux Jeux olympiques de 2024 à Paris. Mais, depuis 2007 et la signature d'une promesse de vente entre le bailleur social Logis Transports, propriétaire des murs, et la société Hermitage, l'opération fait l'objet d'une bataille judiciaire avec des habitants de l'immeuble existant, qui refusent de laisser leur logement.

Côté finances, le promoteur russe s'est toujours monté très discret. L'ancien patron de Paris La Défense, Patrick Devedjian, décédé en mars 2020, avait émis en juin 2018 dans un entretien aux Echos "de sérieux doutes sur la capacité du groupe à financer et réaliser un projet aussi ambitieux".

Un communiqué publié à l'époque du protocole d'accord entre l'entreprise Hermitage et Paris La Défense (en présence de Nicolas Sarkozy, alors président et de son homologue russe, Dimitri Medvedev) évoque la somme de 300 millions d'euros en fonds propres et le reste financé "en partie par un pool de banques et par la commercialisation des surfaces pendant la construction". Le nom de l'entreprise du BTP Bouygues a aussi été évoqué, un temps.

Après des années sans voir la moindre avancée dans ce dossier, Paris La Défense avait réclamé la somme de 30 millions d'euros en 2018 à Hermitage, "pour l’immobilisation du terrain et du volume à construire", explique le Journal du Grand Paris. En mars 2021, un accord avait finalement été trouvé et une date butoir, le 31 décembre 2021, à laquelle les promesses de vente devaient être signées.

Faillite à Moscou

Avant de s'intéresser à la France, Emin Iskenderov était promoteur dans une grande entreprise russe. "Il y est chargé de développer une des filiales, Hermitage. Mais Mirax fait faillite après la crise de 2008, laissant des chantiers de tours inachevés en plein centre de Moscou. Même si la firme est renflouée par les finances publiques russes, l’épisode contraint Iskenderov à se démarquer de cette encombrante maison-mère qui n’est pas la meilleure référence pour attirer les investisseurs", explique Libération dans un portrait qui lui est consacré.

Via un communiqué publié ce jour, après la décision de Paris La Défense, Hermitage se dit "stupéfait de constater que Paris La Défense n'a pas respecté son engagement en arguant d'éléments fallacieux de signer la promesse de vente avant le 31 décembre 2021 telle que prévue par le protocole du 24 mars 2021 qui découlait d'une médiation judiciaire".

L'homme d'affaires dénonce un "refus incompréhensible et troublant", "un revirement surprenant" et "rappelle avoir travaillé pendant 13 ans et avoir investi 350 millions d'euros pour un projet emblématique et sur la base d'un accord de partenariat pris par un établissement public de l'État repris depuis par Paris La Défense".

Selon Hermitage, "des informations mensongères ont apparemment été diffusées en interne lors du conseil" d'administration de Paris La Défense le 28 décembre. La société affirme notamment avoir "produit la preuve de l'engagement ferme d'un établissement financier international de premier plan de fournir le financement nécessaire pour qu'[il] s'acquitte de ses obligations au titre de la promesse de vente, soit un montant de 280 millions d'euros, offrant ainsi les garanties financières exigées".

En conclusion, l'entreprise indique qu'elle "met en demeure Paris La Défense de signer cette promesse de vente" et qu'"à défaut de cette signature, Hermitage reprendra sa procédure, notamment la demande d'un milliard d'euros de dommages et intérêts" - à laquelle elle avait précédemment renoncé lors d'une médiation.

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