INTERVIEW. Dérèglement climatique : "Nous sommes tous concernés", des collégiens du Groenland dans les Hauts-de-Seine

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Écrit par Tom Rousset

Ce lundi, des élèves d'un collège de Boulogne-Billancourt ont rencontré des collégiens venus d'un village du Groenland qui subit de plein fouet les effets du dérèglement climatique. Une rencontre organisée dans le cadre du projet Greenlandia.

Ils viennent d'Ittoqqortoormiit. Un village situé près du cercle polaire arctique. Une délégation de sept collégiens du Groenland a rencontré des élèves d'une classe de 5ème du collège Auguste-Bartholdi. Objectif : alerter sur les conséquences très concrètes du dérèglement climatique au Groenland.

Le projet Greenlandia auquel les deux classes participent entend sensibiliser les jeunes générations aux effets actuels et futurs des dérives climatiques. Une démarche écologique, citoyenne et pédagogique portée depuis 2015 par le fondateur et directeur du projet,Vincent Hilaire. Entretien.

Quel message portez-vous à travers le projet Greenlandia ? 

Vincent Hilaire : Nous voulons sensibiliser le plus grand nombre aux effets du dérèglement climatique. C'est une initiative citoyenne. En cela, il s'agit de montrer que chacun peut apporter des solutions. Notre objectif est de porter la parole et les savoir-faire d'une population dont les effets du réchauffement climatique menacent directement son mode vie.

Cette connaissance constitue à la fois un outil de production scientifique et documentaire, mais revêt également un intérêt pédagogique. Le message est le suivant : nous sommes arrivés dans une crise climatique mondiale. Nous sommes tous concernés. Essayons de limiter nos émissions de gaz à effets de serre, et surtout, comprenons que partout dans le monde, nous sommes obligés de nous adapter à de nouvelles données climatiques qui vont changer nos modes de vie ou les changent déjà, pour certaines populations.

Pourquoi ce village est-il symbolique des effets du dérèglement climatique ? 

Vincent Hilaire : C'est un village de 350 habitants qui vivent essentiellement de la chasse. 70% des protéines que ces habitants consomment proviennent de cette activité. Cette chasse de survie est menacée par le dérèglement climatique à travers la fonte progressive de la banquise. Cette localité a connu une amplitude thermique de 54 degrés récemment. Les températures ont avoisiné 23,4 degrés l'été et sont passées à -31 l'hiver. Le cercle polaire arctique se réchauffe 3 fois plus vite que n'importe quel autre endroit dans le monde.

Ils sont donc impactés dès maintenant et cela risque d'empirer dans les prochaines années. La fonte de la banquise et la montée progressive des températures vont rendre leur vie de plus en plus difficile. Dans 10 ans, on ne sait pas quel sera le mode de vie de ces habitants car s'il n'y a plus de banquise, ils ne pourront plus sortir du village.

En quoi est-ce important de transmettre ce message aux jeunes générations ? 

Vincent Hilaire : C'est essentiel car leur génération sera parmi les plus impactées par le réchauffement climatique. Il faut les sensibiliser le plus rapidement possible afin qu'ils aient les outils pour faire au mieux. Ils risquent de voir leur mode de vie bouleversé par les dérives climatiques de notre monde. La question de leur survie se posera et ils devront également venir en aide aux autres populations impactées.

Il est donc important de créer des passerelles très tôt. À travers ces échanges, ils peuvent se rendre compte que d'autres jeunes subissent des conséquences climatiques mais pas de la même manière qu'eux. Cela leur permet de s'ouvrir au monde et aux autres. L'idée, c'est de montrer qu'ils sont tous concernés peu importe d'où ils viennent.

Quelles activités ont été organisées entre les deux classes lors de la rencontre ? 

Vincent Hilaire : Il y a eu des échanges entre les élèves du collège de Boulogne-Billancourt et les jeunes Groenlandais. Bien sûr, ils sont parfois compliqués car les collégiens ont souvent du mal avec l'anglais. En revanche, ce qui est important pour nous, c'est la découverte d'une autre culture.

Ce matin, les collégiens du Groenland passaient par Boulogne avant de rentrer chez eux, après un voyage en Bretagne. Ils ont montré à leurs camarades français un film présentant leur village et les impacts du réchauffement climatique sur celui-ci. Les deux groupes ont participé à un question-réponse sur leurs modes de vie respectifs. La classe boulonnaise est la nouvelle classe ambassadrice et les échanges comme ceux-ci vont se poursuivre avec une autre classe groenlandaise.

Un voyage au Groenland sera-t-il organisé dans les prochaines années pour la classe du collège de Boulogne-Billancourt ? 

Vincent Hilaire : On l'espère mais cela dépend des conditions météorologiques et du budget. Si l'on trouve les financements, cela pourrait faire partie du cycle qui va durer deux ans.

Nous allons suivre ces élèves durant leurs années de 4ème et de 3ème. Cependant, le voyage scolaire ne doit pas devenir une fin en soi. Ce que l'on cherche avant tout c'est une implication des deux côtés pour faire avancer les échanges et construire une véritable réflexion à leur niveau sur le sujet. Le but n'est pas de les faire entrer dans une logique de consommation mais plutôt à produire un ensemble d'idées pour mener à des actions concrètes.     

  

  

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