Stéphane Le Diraison et Fabrice Amedeo, deux skippers franciliens au départ du Vendée Globe

Les navigateurs Fabrice Amedeo et Stéphane Le Diraison quitteront les Sables d’Olonne le 8 novembre prochain pour un tour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance. Nous les avons rencontrés à quelques semaines du départ.

Le départ du Vendée Globe le 6 novembre 2016
Le départ du Vendée Globe le 6 novembre 2016 © Loïc Venance/ AFP
"La course d'une vie", 2 mots du skipper Fabrice Amedeo pour évoquer la prestigieuse course au large, le Vendée Globe. On la surnomme "l’Everest des mers". Cette course au large qui a lieu tous les quatre ans est mythique. 40 075 kilomètres, 3 caps à franchir : le cap de Bonne-Espérance, le cap Leeuwin et le cap Horn avant de revenir au port de départ.

Pour cette neuvième édition, 33 navigateurs dont 6 femmes s’affronteront à bord de leur monocoque de 60 pieds, des Imocas de 18 mètres. 75 jours pour les plus rapides, 80 jours, 100 jours en mer... Près de trois mois de solitude à lutter contre les éléments et parfois contre soi même. Les marins disent aussi, que prendre le départ du Vendée Globe est déjà une victoire en soi récompensant des années de travail, de préparation physique et d'investissements financiers.

Stéphane Le Diraison et Fabrice Amedeo, deux marins franciliens ne sont pas "des bizuts". Ils participent pour la deuxième fois à cette course hors normes et ils savent ce qui les attend.
 
Le skipper Fabrice Amedeo
Le skipper Fabrice Amedeo © Jean-Marie Liot

J-50 avant le départ

Dans 50 jours, les navigateurs franciliens prendront la mer. Ils entament la dernière ligne droite. "Il ne reste plus que deux mois, c’est le grand rush", explique Stéphane Le Diraison, le skipper de Time for Oceans. Il partage sa vie entre Boulogne-Billancourt et Lorient, son port d’attache. Fabrice Amedeo, ancien journaliste au Figaro et skipper du voilier Newrest-Arts & Fenêtres, lui vit entre Levallois-Perret et la Bretagne Sud. "Ces deux derniers mois vont passer très très vite. L’étau se resserre vers la date fatidique du 8 novembre. Je vais passer mon temps entre la Trinité-sur-Mer à naviguer et la région parisienne où vit ma famille. J'y fais également ma préparation physique et gère le projet : communication, comptabilité, relations avec les partenaires", détaille-t-il

Même emploi du temps serré pour Stéphane Le Diraison : "Il y a la course mais il y aussi la familleIl me reste 2 mois pour gérer ma longue absence. Mon fils qui a 3 ans et demi commence à comprendre que je vais partir bientôt. Il faut gérer le sentiment de culpabilité ! ", sourit-il. "Je veux réserver des moments de qualité à mes enfants, être pleinement disponible et leur faire partager mon aventure pour qu’ils comprennent ma passion et mon engagement".

Une année pas comme les autres

Epidémie de Covid oblige, plusieurs courses au large ont été annulées ce printemps comme la Transat AG 2R ou la course qui relie Brest à Charleston aux Etats-Unis. "Cette année, tout a été rendu plus difficile avec l’épidémie. Il a fallu réapprendre à s’organiser, se réinventer, c’est une année particulière. Rien ne s’est passé comme prévu. Pendant le confinement, on a tous pris du retard dans notre préparation", confie le skipper de Boulogne-Billancourt, ancien ingénieur et passionné d'environnement. "Les fondamentaux sont là, le bateau est globalement prêt mais il manque encore les petits ajustements, les petits détails sur la vie à bord. Les dernières semaines avant de rejoindre les Sables-d’Olonne vont être intenses pour arriver l’esprit libre. Il me reste encore beaucoup de choses à comprendre sur le bateau depuis l’installation des foils. Ma dernière course le Défi Azimut qui a eu lieu en septembre m’a servi de laboratoire" ! poursuit-il.
 
Stéphane Le Diraison
Stéphane Le Diraison © DAMIEN MEYER / AFP


Même son de cloche pour Fabrice Amedeo : "Je fais en ce moment ce qui aurait du être fait cet été mais dans l’ensemble nous sommes prêts malgré le retard pris en raison du confinement. Bien sûr on a moins navigué que prévu. L’année a été particulière et la crise sanitaire a perturbé la préparation technique. Mais cette course va être étonnante. Il va se passer des choses. J’ai vu le tennisman Novak Djokovic à l’US Open qui a eu un geste malheureux avec sa balle et qui a fait tomber un arbitre avant d'être disqualifié. Cela n’arrive jamais ! Cette année est folle. Il se passe des choses, tout le monde est fébrile. Le Vendée globe ne va pas échapper à la règle. Il va falloir être rigoureux, bon marin, ne pas se tromper sur l’eau".

Leur principale crainte à ce jour : être contaminés par le coronavirus. Pour les marins, l’enjeu est de taille. Etre détecté positif leur interdirait de prendre le départ de la course. Officiellement, la direction du Vendée Globe leur demande de se confiner 7 jours avant le départ. "Depuis le 1er septembre je suis dans une sorte de semi-confinement, je fais très, très attention. Je ne vois plus d’amis, je ne sors plus dans les restaurants", confie Fabrice Amadeo. "Il ne faudrait surtout pas risquer d’être positif. C’est effrayant. Cela implique beaucoup de précautions. Il faut être vigilant", ajoute Stéphane Le Diraison.

Des skippers prêts pour leur deuxième Vendée Globe

Malgré leurs inquiètudes, les deux skippers s'estiment prêts pour le jour J."Je suis très bien entouré par mon équipe. J’ai un bateau qui va arriver sur la ligne de départ fiable. Il a un joli potentiel", s'exclame Fabrice Amedeo qui dit "avoir envie d'y retourner depuis 4 ans", sa première participation au Vendée Globe. Un tour du monde effectué en 103 jours. Stéphane Le Diraison a eu moins de chance. Il démâte au large de l'Australie dans l'Océan Indien et ne finit pas la course.
 
Fabrice Amedeo à la barre de l'Imoca  Newrest &Arts et Fenêtres
Fabrice Amedeo à la barre de l'Imoca Newrest &Arts et Fenêtres © Jean-Marie Liot


"Bien sûr, c’est un défi sportif et physique humain incroyable. C’est la finalité de tous mes efforts pendant 4 ans. Oui Il y a des doutes. Lors de ma première participation, j’étais un peu naïf. Même si j'avais bien préparé mon bateau. J’étais certain qu’il allait tenir. L’appréhension venait plutôt de ma capacité à gérer le solitaire et les mers du sud. La réalité a été toute autre ! Je me suis très bien acclimaté à la solitude et aux intempéries mais mon bateau n’a pas supporté l’épreuve! Aujourd’hui j’ai confiance en moi et suis heureux à l’idée de me retrouver tout seul, à l'idée d’être confronté une nouvelle fois à cette épreuve. J’ai beaucoup travaillé sur le bateau pour gommer les points faibles mais j’ai conscience, beaucoup plus qu’en 2016, que la voile est un sport mécanique. lI faut tout faire pour ne pas casser mais il faut être conscient que cela peut arriver. Alors oui il y a quand même des peurs : Et si je cognais un iceberg et si je recassais le mât. Je ne maitrise pas tout. Personne n’est à l’abri", explique le skipper de Time for Oceans, Stéphane Le Diraison.

"Ma seule appréhension est l’abandon, commettre une erreur qui entraîne une casse. Je n’ai pas d’autres peurs. J’adore partir sur l’eau, je ne pars jamais en me disant mon dieu je pourrais ne jamais revenir.  Je suis confiant et heureux. Par rapport à 2016, j’ai plus d’expérience, j’ose plus de choses qu’avant. Quand le vent forcit, je garde plus de toile qu’avant. Avant, par prudence, je les réduisais. Maintenant je rentre « dedans » comme on dit. En  2016, je découvrais tout. Cette année c’est mon deuxième Vendée. J’ai appris, acquis de l’expérience. Cela se ressentira certainement en mer", confirme Fabrice Amadeo.

De leur premier Vendée Globe, tous deux gardent des souvenirs, des bons et des moins bons. Un arc-en-ciel fugace après 7 jours de mer sans voir une éclaircie. Des mauvaises manoeuvres qui mènent au démâtage. Une montée en haut du mât le jour de Noël pour décoincer une voile. Le passage du Cap Horn, "le Graal" libérateur qui annonce la remontée.

Objectif sportif

Boucler le tour du monde. Terminer la course. Fabrice Amedeo et Stéphane Le-Diraison s'accordent sur ce point. "Je pars avec cent jours d’alimentation. Si je casse quelque chose, je veux quand même pouvoir terminer en mode aventure" se rassure le skipper de Newrest-Arts & Fenêtres, Fabrice Amedeo et de poursuivre : "Il y a un an j’aurais répondu, je rêve de faire le tour du monde en 80 jours c’est un cap mythique. J’ai énormément progressé et mon bateau va sensiblement plus vite que l’autre. C’est jouable ! Maintenant le covid est passé par là et je pense que l’important est de déterminer. Il peut se passer plein de choses. Il y a aura des abandons. J’espère ne pas être dedans, j’y pense tous les jours. J’ai tout fait et je vais tout faire pour que cela n’arrive pas mais c’est possible. Il faut rester réaliste" confie Fabrice Amadeo.

Même objectif pour le skipper de Time for Oceans : "C’est très difficile de se fixer un objectif sportif car on en maîtrise pas tout, ni les élements, ni la concurrence. J’aimerais me rapprocher de la symbolique des 80 jours du trophée Jules Verne", souffle Stéphane Le Diraison.
 
Time for Oceans, le voilier de Stéphane Le Diraison
Time for Oceans, le voilier de Stéphane Le Diraison © PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

Le 8 novembre à 13 heures 02 minutes, les deux navigateurs largueront les amarres. Le départ sera donné par Christian Prudhomme, le patron du Tour de France. Malgré la crise sanitaire, le village du Vendée Globe aux Sables-d'Olonne ouvrira dès le 17 octobre avec une jauge de 5 000 personnes et sur réservation.

Il sera possible de suivre le parcours et de soutenir Stéphane Le Diraison au PC course de la ville de Boulogne-Billancourt, partenaire depuis 10 ans du navigateur. (salle des Fougères). Des vacations en directes devraient être organisées par la mairie.  

La rédaction de France 3 Paris-Île-de-France suivra également la course des deux navigateurs franciliens en publiant des articles avant et après le départ du Vendée Globe.

 
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