Meurtre de Mireille Knoll : le parquet retient le mobile antisémite pour ce crime

Le ministère public requiert un renvoi devant la cour d’assises pour les deux accusés du meurtre de la femme de 85 ans, tuée en mars 2018. Pour la famille de la victime le motif religieux ne fait aucun doute.
 
La vieille dame de 85 ans a été tuée dans son appartement du 11e arrondissement de Paris il y a deux mois, suscitant une large mobilisation contre l'antisémitisme.
La vieille dame de 85 ans a été tuée dans son appartement du 11e arrondissement de Paris il y a deux mois, suscitant une large mobilisation contre l'antisémitisme. © Maxppp
Après deux ans d’une longue enquête, le parquet de Paris vient de rendre son réquisitoire définitif. Contacté par France 3 Paris Île-de-France, le ministère public affirme qu’il requiert la mise en accusation devant la cour d'assises de Yacine M. et Alex C. Les deux hommes sont mis en examen pour "homicide volontaire sur personne vulnérable et à raison de l'appartenance vraie ou supposée de la victime à une religion". Le parquet soutient donc la thèse du crime antisémite dans le dossier de Mireille Knoll.

Parole contre parole

Jusqu’ici les deux suspects n’ont cessé de s’accuser mutuellement des faits. Chacun affirmant ne pas être animé par un mobile antisémite. Une position réitérée par Me Karim Laouafi, conseil d’Alex C. "Mon client est innocent du côté du crime. Le Parquet botte en touche et place dans ses réquisitions mon client et Yacine M. sur le même plan. Or toute la couleur religieuse de ce crime abjecte repose du côté de Yacine M". Une position réfutée depuis le début de l’affaire par le deuxième suspect.

Dans un communiqué, les conseils de Yacine M., Maîtres Fabrice de Korodi et Charles Consigny, affirment ce jeudi soir que "le réquisitoire admet que la mort de Mireille Knoll s’analyse « plus justement » en crime sur personne vulnérable qu’en crime antisémite. Il n’a cependant pas le courage d’abandonner ce mobile, qui n’a toujours tenu qu’aux déclarations changeantes et invraisemblables du deuxième suspect. Nous avons confiance dans l’indépendance des juges d’instruction qui vont chasser cette opinion publique qui s’est entêtée jusqu’au Président de la République à désigner antisémite ce qui n’est qu’un crime crapuleux. La seule responsabilité de Yacine Mihoub dans ce crime est d’avoir laissé pénétrer Alex Carrimbacus dans l’appartement de Mireille Knoll."

Un crime évidemment religieux d’après la famille

Pour la famille de Mireille Knoll, il s’agit bien d’un acte commis en raison de la religion juive de la femme de 85 ans. "Je ne voyais pas pour quelle autre raison ils auraient assassiné ma mère si ce n’est pas pour un idéalisme stupide et défraîchi. La veille encore, Yacine, qu’elle connaissait depuis qu’il avait 8 ans, avait été consulter des sites antijuifs, antisémites et anti-israéliens, raconte Daniel Knoll. Ces gens sont abominables. Car vous savez, ma mère, c’était leur mère. Ils savaient qu’elle n’avait rien. Comment ont-ils pu poignarder une femme qui n’avait rien mais et qui les accueillait toujours les bras ouverts ?"
 

Des zones d’ombres dans l’enquête

Le 23 mars 2018, le corps de Mireille Knoll, 85 ans, est retrouvé en partie carbonisé dans son appartement du XI arrondissement où elle vit seule. Très vite, les policiers s'orientent vers la piste criminelle, après la découverte de plusieurs départs de feu dans l'appartement, puis de traces de coups de couteau sur le corps de la victime.
Yacine M., connu des services de police pour une affaire de viol et d'agression sexuelle est interpellé dans la foulée. C'est un voisin qui avait l'habitude de rendre visite à la victime et était passé dans son appartement dans la journée, selon le fils de Mme Knoll.
Deux jours plus tard, un second suspect, Alex C., 22 ans, connu pour des vols avec violences, est arrêté. Et livre aux enquêteurs sa version des faits.

Un contentieux à l'origine 

Alex explique qu'il se rend chez Mireille Knoll à la demande de Yacine, rencontré lors d'un séjour en prison, pour la voler. Car selon son ami, la vieille dame a de l'argent, "les juifs ont une bonne situation". Il fait état de conversation entre Yacine et Mireille Knoll qui s'enveniment sur la seconde guerre mondiale et la guerre d'Algérie. Alex raconte également avoir entendu Yacine proférer un "Allah Akbar" avant de tuer l'octogénaire. Des éléments qui vont conduire les juges à mettre les deux hommes en examen pour "homicide à raison de l'appartenance religieuse de la victime". Mais cette version, livrée en garde à vue et "sous le choc", Alex la nuance désormais.
Entendu le 13 avril 2018 par un juge d'instruction, il va esquisser la piste d'un contentieux entre Mireille Knoll et Yacine. Ce dernier reprochant à la retraitée de l'avoir empêché d'assister aux obsèques de sa sœur parce qu'il était en prison pour l'agression sexuelle d'une mineure hébergée chez Mireille Knoll. 
De son côté Yacine accuse son ami d'avoir tué la vieille dame en voulant la cambrioler.

Deux ans plus tard, les deux suspects continuent de s’accuser mutuellement.  L’enquête n’a pas permis de déterminer précisément la responsabilité de chacun. "Je suis sous le choc en permanence. Ce que nous voudrions, c’est savoir la vérité, savoir pourquoi ils l’ont fait. On espère avec mon frère qu’ils auront un moment de repentance. Mais en sont-ils capables ? , s’interroge Daniel Knoll Quand il y aura le procès, ça sera très dur. Mais il faut qu’il y ait un procès et qu’ils prennent la peine maximum". 

La décision de renvoyer ou non les suspects devant une cour d'assises sous cette qualification pénale revient désormais aux juges d'instruction. Ils devraient rendre leur ordonannce de mise en accusation d’ici un mois.
 
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