Paris : La Marseillaise et la coupe du monde de foot 2018

© Eric FEFERBERG / AFP
© Eric FEFERBERG / AFP

Depuis la semaine dernière, période de coupe du monde de football oblige, "La Marseillaise" a retenti aux quatre coins de la capitale.
Mais quelle est l'histoire de cet hymne ?

Par France Montagne

Claude Joseph Rouget de Lisle, capitaine du génie en garnison à Strasbourg, écrit à la demande de Frédéric de Dietrich, maire de la ville, le "Chant de guerre pour l’armée du Rhin". Nous sommes le 25 avril 1792, peu après la déclaration de guerre de la France révolutionnaire au Roi de Bohême et de Hongrie. Lorsqu’il prend congé de son hôte, Rouget est bien embêté. Il ne se sent pas de taille à accomplir la mission qu’on lui a donné. Les chants guerriers, franchement, ce n’est pas trop son domaine, lui qui est plutôt spécialisé dans la romance et les chants bucoliques…
 

Rouget de Lisle chantant chez son ami Dietrich
Rouget de Lisle chantant chez son ami Dietrich

Alors qu’il marche dans les rues strasbourgeoises pour rentrer chez lui, il tombe sur des affiches de propagande placardées un peu partout dans la ville:
"Aux armes,citoyens! L’étendard de la guerre est déployé! Le signal est sonné! Aux armes! Il faut combattre, vaincre, ou mourir.
Aux armes, citoyens! Si nous persistons à être libres, toutes les puissances de l’Europe verront échouer leurs sinistres complots. Qu’ils tremblent donc, ces despotes couronnés! L’éclat de la Liberté luira pour tous les hommes. Vous vous montrerez dignes enfants de la Liberté, courez à la Victoire, dissipez les armées des despotes!
Marchons! Soyons libres jusqu’au dernier soupir et que nos vœux soient constamment pour la félicité de la patrie et le bonheur de tout le genre humain!"

Rouget de Lisle y voit là une source d’inspiration formidable pour le chant qu’il s’apprête à composer. Et il ne se prive pas de piquer allègrement des phrases entières de l’affiche et les mettre en musique.

25 avril 1792 : Partition originale du "Chant de Guerre pour l’armée du Rhin", rebaptisée plus tard en "Marseillaise"
25 avril 1792 : Partition originale du "Chant de Guerre pour l’armée du Rhin", rebaptisée plus tard en "Marseillaise"

Pour diversifier ses sources, il ouvre également un recueil de poésies de Boileau et y recopie sans vergogne certains vers de l’illustre poète…
Quant à la phrase d’ouverture de sa chanson, "Allons, enfants de la patrie », il ne va pas la chercher bien loin non plus… lui-même appartenant au bataillon surnommé « les Enfants de la patrie!"
Un exemplaire du chant dédié à l’armée du Rhin parvient à Montpellier entre les mains de François Mireur récemment inscrit sur la liste des volontaires du bataillon de l'Hérault. Mireur gagne Marseille avec son unité. A la fin d'un banquet offert aux délégués par le Club des amis de la Constitution, il interprète le chant repris par l'assistance électrisée. Deux journalistes, Alexandre Ricord et Micoulin, après avoir demandé des copies du chant écrit par Rouget de Lisle, décident de le publier.


En route pour Paris les bataillons de fédérés marseillais commandés par Barbaroux se mettent à entonner le chant de ville en ville. Barbaroux écrira dans ses Mémoires : "Je me souviens toujours avec attendrissement qu'au dernier couplet de l'hymne, lorsqu'on chante : Amour sacré de la patrie, etc. tous les citoyens se mirent à genoux dans la maison et dans la rue. J'étais debout sur une chaise où l'on me retint : Dieu ! quel spectacle ! des larmes coulèrent de mes yeux. Si je fus pour eux en ce moment comme la statue de la Liberté, je puis m'honorer au moins de l'avoir défendue de tout mon courage."


juillet 1792 : "La Marseillaise" entre à Paris


L'hymne est repris à l'entrée des fédérés marseillais dans Paris en juillet 1792. Un numéro de La Chronique de Paris note que les Marseillais "le chantent avec beaucoup d'ensemble et le moment où ils agitent leurs chapeaux et leurs sabres, en criant tous à la fois "Aux armes, citoyens!" fait vraiment frissonner. Ils ont fait entendre cet hymne guerrier dans tous les villages qu'ils traversaient et ces nouveaux bardes ont inspiré ainsi dans les campagnes des sentiments civiques et belliqueux ; souvent ils le chantent au Palais-Royal, quelquefois dans les spectacles entre les deux pièces."

De "l'Hymne des Marseillais" à "La Marseillaise" 

Le chant est alors enseigné sur les places publiques et se répand à toute vitesse. Il est alors appelé "Hymne des Marseillais" puis deviendra "La Marseillaise"  jouée dans tout le pays comme chant de la République combattante. 
"La Marseillaise" accompagne alors toutes les grandes fêtes civiques. On lui ajoute des couplets dont certains sont chantés à la tribune de la Convention par les délégués de sections. On retiendra l'ajout d'un septième couplet dit couplet des Enfants, attribué à Louis Dubois ou à l'abbé Pessonneaux. 
Lorsque Rouget de Lisle apprend cette nouvelle, il est sous le choc. Lui, le monarchiste convaincu et amoureux secret de Marie-Antoinette (qu’il a rencontré quelques années plus tôt et dont il est tombé sous le charme), est associé au chant anti-royaliste! Car c’est bien son nom qui est resté en signature!
Comble de l’ironie: le pauvre Rouget est considéré comme un ennemi de la République et fait un tour dans les geôles parisiennes sur ordre du Comité de Salut Public. Il échappe heureusement de justesse à la guillotine et est relâché après le 9 Thermidor (27 juillet 1795) c’est à dire la chute de Robespierre

14 juillet 1795 : "La Marseillaise" est déclarée "Chant national"

"La Marseillaise" l'emporte sur "Le Chant du départ". En 1793 la Convention nationale décrète que "La Marseillaise"  sera chantée dans tous les spectacles. Et, le 14 juillet 1795 elle déclare "La Marseillaise"  "Chant national"  par décret adopté après une motion de Jean de Bry. Au cours de la séance la Convention fait exécuter par l'orchestre de l'Institut national de musique le chant national que les députés écoutent debout et découverts. C'est dans l'enthousiasme qu'est adoptée la demande de Jean Debry 

De Berlioz à Delacroix...

Moins de deux ans après le coup d'État du 18 Brumaire "La Marseillaise"  est chantée, officiellement, pour la dernière fois le 14 juillet. Une dernière célébration de la République a lieu le 1er Vendémiaire an IX (20 septembre 1800). Jugée trop jacobine, elle est interdite sous l’Empire. Elle resurgit sur les barricades des Trois Glorieuses, inspirant  la peinture de Delacroix "La liberté guidant le peuple". Dans l'enthousiasme des journées révolutionnaires Hector Berlioz écrit un arrangement de "l'Hymne des Marseillais". Dans ses Mémoires Berlioz a rappelé l'émotion intense de la foule,  massée dans la galerie Vivienne à Paris, lorsque la foule reprit "La Marseillaise"  entonnée par un petit groupe de jeunes gens : "A la vue de cet immense concours du peuple, je m'étais rappelé que je venais d'arranger le chant de Rouget de Lisle à grand orchestre et à double chœur, et qu'au lieu de ces mots : ténors, basses, j'avais écrit à la tablature de la partition : Tout ce qui a une voix, un cœur et du sang dans les veines."  Le 20 décembre 1830 Rouget de Lisle écrit à Berlioz : "Votre tête paraît être un volcan toujours en éruption ; dans la mienne, il n'y eut jamais qu'un feu de paille qui s'éteint en fumant encore un peu. Mais enfin, de la richesse de votre volcan et des débris de mon feu de paille combinés, il peut résulter quelque chose."

Ça va, ça vient et ça revient...

Comme en 1792, comme en 1830 et comme en 1848, "La Marseillaise" revient avec la proclamation de la République et retentit sous la Commune.
Elle redevient « hymne national » sous la Troisième République, en 1879. "La Marseillaise" est devenue incontournable ainsi qu'en témoigne la célébration du centenaire de la mort de Rouget de Lisle en juillet 1936 sous le gouvernement de Front populaire. 
"La Marseillaise"  résiste pendant la guerre au "Maréchal, nous voilà !" et c'est à ce chant que les résistants bravent leurs bourreaux.
Ce sont les accents de "La Marseillaise" qui symbolisent la liberté retrouvée à la Libération de Paris, tout au long de la journée du 25 août 1944.

Consacrée par la Constitution du 27 octobre 1946

La Constitution du 27 octobre 1946 reconnaît que l'hymne national est "La Marseillaise". Ce que consacre l’ article 2 de la Constitution de la Cinquième République, l’associant au drapeau tricolore, à la devise de la République et au principe de démocratie.
"La Marseillaise" au-delà du chant guerrier des origines accompagne la réconciliation et la paix.
A Douaumont, près de Verdun, lors des célébrations du 70ème anniversaire de la bataille de Verdun, lors de l'exécution de "La Marseillaise", le Président François Mitterrand et le Chancelier Helmut Kohl se tiennent la main sur le lieu même de la bataille la plus meurtrière de la Première Guerre mondiale.
Aujourd’hui "La Marseillaise" est bien plus que l’hymne national. Ce cri de la France prolongé d’échos en échos est un message chanté sur tous les continents par les combattants de la liberté et les supporteurs de toutes les équipes de France de sport.

Paroles 

La transcription des paroles, qui figurent ci dessous, sont conformes au procès-verbal de la séance de la Convention nationale du 26 messidor an III (14 juillet 1795) qui adopte "La Marseillaise"comme chant national.
Le texte officiel est également publié sur le site de l’Élysée.
De nombreux compositeurs ont aussi été inspirés par le souffle de "La Marseillaise". Parmi eux Salieri, Schumann, Wagner, Liszt, Tchaïkovski, Debussy ou encore Gainsbourg.


REFRAIN

Aux armes, citoyens !
 Formez vos bataillons !
 Marchons, marchons !
 Qu'un sang impur...
 Abreuve nos sillons !

COUPLETS
I
Allons ! Enfants de la Patrie !
 Le jour de gloire est arrivé !
 Contre nous de la tyrannie,
 L'étendard sanglant est levé ! (Bis)
 Entendez-vous dans les campagnes
 Mugir ces féroces soldats ?
 Ils viennent jusque dans vos bras
 Égorger vos fils, vos compagnes
 
 REFRAIN
II
Que veut cette horde d'esclaves,
 De traîtres, de rois conjurés ?
 Pour qui ces ignobles entraves,
 Ces fers dès longtemps préparés ? (Bis)
 Français ! Pour nous, ah ! Quel outrage !
 Quels transports il doit exciter ;
 C'est nous qu'on ose méditer
 De rendre à l'antique esclavage !
 
 REFRAIN
III
Quoi ! Des cohortes étrangères
 Feraient la loi dans nos foyers !
 Quoi ! Des phalanges mercenaires
 Terrasseraient nos fiers guerriers ! (Bis)
 Dieu ! Nos mains seraient enchaînées !
 Nos fronts sous le joug se ploieraient !
 De vils despotes deviendraient
 Les maîtres de nos destinées !
 
 REFRAIN
IV
Tremblez, tyrans et vous, perfides,
 L'opprobre de tous les partis !
 Tremblez ! Vos projets parricides
 Vont enfin recevoir leur prix. (Bis)
 Tout est soldat pour vous combattre.
 S'ils tombent, nos jeunes héros,
 La terre en produit de nouveaux
 Contre vous tout prêts à se battre.
 
 REFRAIN
V
Français, en guerriers magnanimes
 Portons ou retenons nos coups !
 Épargnons ces tristes victimes,
 A regret, s'armant contre nous ! (Bis)
 Mais ce despote sanguinaire !
 Mais ces complices de Bouillé !
 Tous ces tigres qui, sans pitié,
 Déchirent le sein de leur mère !
 
 REFRAIN
VI
Amour sacré de la Patrie
 Conduis, soutiens nos bras vengeurs !
 Liberté ! Liberté chérie,
 Combats avec tes défenseurs ! (Bis)
 Sous nos drapeaux que la Victoire
 Accoure à tes mâles accents !
 Que tes ennemis expirants
 Voient ton triomphe et notre gloire !
 
 REFRAIN
***
COUPLET DES ENFANTS
Nous entrerons dans la carrière,
 Quand nos aînés n'y seront plus ;
 Nous y trouverons leur poussière
 Et la trace de leurs vertus. (Bis)
 Bien moins jaloux de leur survivre
 Que de partager leur cercueil
 Nous aurons le sublime orgueil
 De les venger ou de les suivre.
  
 REFRAIN.

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