Dans l’actualité, les crises et les ruptures mobilisent presque toute notre attention... Dans cette nouvelle rubrique, nous vous invitons à voir autre chose que ce qui nous sépare : ces moments magiques où par le hasard de la rencontre, la ville nous relie les uns aux autres. Paris est un pont, ses périphériques des passerelles.

Un pont entre la Seine et l'Amazonie

Un trajet ordinaire sur la ligne 2 du métro parisien. La pluie au dehors bat le pavé et les giboulées ont découragé la plupart des promeneurs. Il fait gris. A l’intérieur, dans le métro, les voyageurs se jaugent du regard. Le mien tombe en arrêt sur le livre d’une jeune femme assise sur le siège juste en face : A historia do Brasil na ruas de Paris…Ce titre vient de jeter un pont entre la Seine et l’Amazonie. Cette proximité m’est irrésistible, alors j’énonce à mi-voix dans un brésilien tâtonnant :
"– L’histoire du Brésil dans les rues de Paris ?
– Oui, je l’ai commencé aujourd’hui !..." 
Clarice Ferreira, originaire de Belo Horizonte, au Brésil, est tombée amoureuse de Paris il y a 15 ans. / © France 3 Paris IDF/M. Barthélémi
Clarice Ferreira, originaire de Belo Horizonte, au Brésil, est tombée amoureuse de Paris il y a 15 ans. / © France 3 Paris IDF/M. Barthélémi

 

Son enthousiasme - inespéré dans une rame de métro en hiver - encourage ma curiosité. Elle feuillette l’ouvrage signé du journaliste Mauricio Torres Assumpção et me montre une série de photos en noir et blanc : de très célèbres lieux parisiens, foulés bien avant nous par d’illustres Brésiliens, des noms et des dates qui s’égrènent dans sa bouche…de Pedro I'empereur abdicataire en exil dont la fille est née à Paris, puis Pedro II, empereur destitué, à Oscar Niemeyer "architecte de la sensualité" qui a réveillé la place du Colonel Fabien en dessinant - entre autres innombrables chefs-d’œuvre - le siège du Parti communiste.

Oscar Niemeyer, de Brasilia à Paris

 

Oscar Niemeyer, une oeuvre mondiale

 

Ma voisine raconte, volubile avec son accent de Mineira. Elle s’appelle Clarice Ferreira, originaire de Belo Horizonte, capitale de l’immense Etat du Minas Gerais. Elle est tombée amoureuse de la capitale française il y a 15 ans, elle n’en avait que 17. Elle s’est trouvée là par hasard, quand son père était en mission universitaire, logé à la cité universitaire avec sa famille. La jeune Clarice a même eu le temps d’être scolarisée quelques mois au lycée François-Villon, porte de Vanves. Elle découvre le cinéma français, les poètes "Montmartre, Aznavour, une rencontre chaleureuse avec Marie-Françoise Marini, l’épouse de Flammarion". 

De ses premiers émois en France, elle se trouve marquée à jamais. Partie puis revenue, plusieurs fois… A tel point qu’au lycée là-bas, on l’appelait "la Française". Plus tard, à Rio de Janeiro, elle est devenue à son tour enseignante-chercheuse à l’université fédérale du Brésil. Elle travaille actuellement sur un thème révélateur de son intérêt pour la France : "Les territoires  brésiliens à Paris." Elle s’intéresse au sens politique des événements mis en œuvre par la diplomatie brésilienne en France. Et justement, là, tout de suite, elle se rend chez un ami français à La Chapelle. "Moi, on disait que j’étais une Française au Brésil. Eh bien lui, c’est vraiment un Brésilien à Paris !"
Avec Jean-Pierre, elle échange, débat, confronte ses hypothèses à la réalité du terrain. C’est lui qui a conseillé ce livre à Clarice et grâce à ses nombreux conseils, son travail de recherche fait des pas de géant...Elle a envie de lui rendre hommage.
"Entre nous" : Amazonie sur Seine, ou la magie d'une rencontre

 

Des Lettres Persanes au Brésil

Parisien, militant politique et associatif de la première heure, ancien élu du 12ème arrondissement et fou de culture brésilienne depuis son premier voyage, il y a 15 ans. Parallélisme déconcertant entre son parcours et celui de Clarice. Et bien qu’une génération les sépare, ces deux là ont des débats sans fin, sur leurs modèles républicains, la démocratie, la diplomatie, la culture, des moments salutaires. Les écouter seulement fait déjà du bien....

Ce "passeur" s’appelle Jean-Pierre Guis. Philosophe, longtemps militant politique et associatif, citoyen par dessus tout, et photographe enfin, amoureux lucide d’un pays, le Brésil, dont il nous livre des clichés inattendus, un peu à la manière des Lettres persanes de Montesquieu, avec cet œil neuf, mais tellement opportun. Ses photos commençant à connaître un réel succès, l’Aéropostale au Brésil les a choisies pour illustrer son site internet. En hommage à son dévouement, Plantu lui a fait cadeau d’un dessin : la caricature de Jean-Pierre en chantre de l’amitié franco-brésilienne trône désormais dans le salon. Non loin de ce mannequin, insolite incarnation du lien entre les deux pays, au beau milieu de l’appartement parisien.
Clarice Ferreira et Jean-Pierre Guis, "une Française au Brésil" et "un Brésilien à Paris". / © France 3 Paris IDF/M. Barthélémi
Clarice Ferreira et Jean-Pierre Guis, "une Française au Brésil" et "un Brésilien à Paris". / © France 3 Paris IDF/M. Barthélémi

 

Pour aller plus loin

Pour prolonger la rencontre, le festival Ai que Bom se déroule en ce moment à Paris : il est consacré aux musiques et aux danses du Brésil, et présente par ailleurs "Les Brésils, folies et splendeurs", l’exposition de Jean-Pierre Guis, visible jusqu’à la fin du mois de mars à La Bellevilloise.

Crédits photos

► Photo d'ouverture : Clarice Ferreira et Jean-Pierre Guis jettent un pont entre la Seine et l'Amazonie. © Muriel Barthélemi
► Diaporama "Oscar Niemeyer, une oeuvre mondiale"
Avec l'urbaniste Lucio Costa et le paysagiste Roberto Burle Marx, Oscar Niemeyer est à l'origine des bâtiments phares de Brasilia, la capitale brésilienne. © VANDERLEI ALMEIDA / AFP
Oscar Niemeyer a participé à la conception du siège des Nations unies (1952), à New York. © JON LEVY / AFP
Une soucoupe volante... Niemeyer a dessiné le musée d'art contemporain de Niteroi (1996), près de Rio de Janeiro. © VANDERLEI ALMEIDA / AFP
L'auditorium de Ravello, en Italie. © ROBERTO SALOMONE / AFP
Le siège du Congrès national, le parlement brésilien, à Brasilia. © picture alliance / Lou Avers/MaxPPP
Le siège du Parti communiste français, place du colonel Fabien, à Paris. © WOSTOK PRESS/MAXPPP
► Eglise (photo ci-dessous). © Jean-Pierre Guis
Un pont entre la Seine et l'Amazonie. / © Jean-Pierre Guis
Un pont entre la Seine et l'Amazonie. / © Jean-Pierre Guis