Ce que le confinement a changé pour la sexualité des célibataires

Pour les célibataires, difficile de rencontrer un partenaire en cette période de confinement. Les applications dédiées voient les pratiques de leurs membres changer, et certains se préparent activement au déconfinement.
Les utilisateurs ont déserté les applications de rencontre au début du confinement.
Les utilisateurs ont déserté les applications de rencontre au début du confinement. © AltoPress / Maxppp
Nombreux ont été les célibataires à délaisser les applications de rencontre après l'annonce de la mise en place du confinement. A quoi bon chercher un partenaire si on ne peut pas le rencontrer ? Marion, âgée de 23 ans, s'était elle aussi résignée. Mais depuis deux jours, elle a réinstallé Tinder, site leader sur le marché français.

"Au début du confinement, j'avais pensé à installer une appli. Mais je ne voulais pas entretenir une conversation de huit semaines avec quelqu'un que je ne connaissais pas. Mais comme le déconfinement est dans 18 jours, ça me va d'attendre un peu", explique-t-elle.

Car la rencontre en étant confinée est bien difficile. Elle a pourtant essayé "avec le mec mignon qui habite dans l'immeuble d'en face". "Mais ce n'est pas hyper facile d'y aller en frontal, de balcon à balcon. Avec mes colocataires, on s'est dit qu'on allait essayer sur Tinder pour peut-être parler en vrai", raconte la jeune femme.
 

Premier rendez-vous par vidéo

Les ingénieurs de l'application Happn ont observé les évolutions des pratiques de leurs membres depuis la mise en place du confinement. Ils ont constaté ainsi une baisse significative des connexions au moment des annonces gouvernementales.

"On a eu une grosse baisse des connexions à ce moment-là. Les gens étaient plus préoccupés par d'autres problèmes. Il y a eu une sorte d'état de choc", explique Marine Ravinet, responsable de la communication d'Happn.

En temps normal, l'application met en relation des gens qui se croisent dans les espaces publics. Face au confinement, ils se sont donc adaptés et ont élargi le rayon de croisements de 250 mètres à 90 km, en fonction de la densité des zones.

D'autres tendances ont été observées. Hausse de 18 % des échanges écrits, augmentation de personnes pensant trouver une plus belle relation mais plus surprenant encore, 54 % des utilisateurs envisagent un premier rendez-vous via la vidéo.

"Ce n'est pas normalement un usage français. Cela existait un peu plus aux États-Unis, mais on se demande si cela va rester après le déconfinement. Ça permet de nouvelles possibilités aux utilisateurs et c'est rassurant : vous êtes chez vous, vous pouvez écourter la discussion plus rapidement, et dans les zones rurales, c'est plus pratique pour se rencontrer", détaille Marine Ravinet.

Cette question de l'évolution de la rencontre est un objet de réflexion prédominant pour la responsable de cette application française. Bien consciente de la fermeture des lieux publics après le confinement, comment conseiller les 5,5 millions d'utilisateurs pour leur premier rendez-vous ?

"On doit réinventer le 'date'. En France, c'est toujours le verre qui arrive en premier. En Inde, c'est une balade. On pense à cela par exemple. Cela pourrait être une rencontre autour d'une séance de sport. Plusieurs pistes sont à l'étude et on pose aussi la question à nos utilisateurs", répond-elle.
 

Pas de pénurie de préservatifs en France

Cette situation de confinement a aussi un impact sur les professionnels du préservatif. "Les personnes ont moins d'opportunité de se rencontrer. Quand on pense aux célibataires qui utilisaient les applications notamment, c'est plus compliqué pour eux", indique Benjamin Durant-Gasselin, Head of marketing pour le groupe LifeStyles (Manix, SKYN).

Selon lui, il n'y a aucune pénurie à prévoir en France (l'entreprise possède près de 40 % des parts du marché hexagonal, en deuxième position après Durex). "Certes le leader du marché mondial a fermé ses usines, mais nous produisons nous-même nos préservatifs (en Asie, ndlr) et notre usine fonctionne. Les stocks sont là", poursuit-il.

S'il n'a pas constaté encore de baisse drastique des ventes, il affirme que le groupe se prépare aussi au déconfinement : "On essaie de produire au maximum car on s'attend à un surcroit de consommation après le confinement. On ne pense pas à un boom tout de suite mais on prépare l'ensemble de la distribution."
 

Explosion de la pornographie

Les célibataires, mais sûrement pas que, se sont donc reportés sur la pornographie. Dans un article publié par PornHub Insights, le site de statistiques du leader mondial de la pornographie, les chiffres montrent une hausse spectaculaire des visites sur la plateforme depuis la mise en place du confinement.
En France, PornHub a connu une hausse de 38,2 % des visites le 17 mars. Le chiffre a ensuite progressivement baissé mais reste toutefois trois fois supérieur à la période pré-confinement.

Les chiffres de visites sont en revanche très hétérogènes selon les régions. + 14 % en Île-de-France contre +37 % en Normandie et 41 % en Corse sur la période du 6 au 10 avril.

Des disparités qui peuvent s'expliquer par des déplacements de populations de région à région avant l'annonce du confinement (près de 1,2 million de franciliens ont quitté leur région entre le 13 et le 20 mars, d'après une analyse statistique des données téléphoniques réalisée par l’opérateur Orange) mais aussi de la popularité du site selon les régions. En Île-de-France, après le discours d'Emmanuel Macron du 13 avril (où il a annoncé la date de déconfinement), la fréquentation a augmenté pour s'établir à +11 % comparée à une journée normale.
 
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