Chat écrasé par un train à Montparnasse : la SNCF devant la justice

Près de six mois après la mort de Neko, un chat tué par un TGV à la gare Montparnasse, un procès s’est ouvert ce lundi à Paris. Alors que la Fondation 30 millions d'amis appelle à "faire de cette affaire un exemple", la SNCF dit "regretter ce triste incident".

Le chat Neko, retrouvé mort sur les rails de la gare Montparnasse, a-t-il été tué "en toute connaissance de cause" ? Suite au dépôt d’une plainte de la Fondation 30 millions d’amis contre la SNCF, un procès s’est ouvert au tribunal de police de Paris, pour "atteinte involontaire à la vie ou à l’intégrité d’un animal domestique apprivoisé ou tenu en captivité".

Les faits remontent au 2 janvier dernier, à Montparnasse. Neko, le chat de deux voyageuses bordelaises - une mère et une fille en partance pour la Gironde - s’échappe de sa cage de voyage à quelques minutes du départ et prend la fuite vers les rails, en se cachant sous un TGV à l’arrêt. Malgré les demandes des deux maîtresses de Neko pour déloger l’animal, le train part et le chat est tué. Selon Me Xavier Bacquet, avocat de la Fondation 30 Millions d’Amis, l’animal a été tué "délibérément".

"Les agents de la SNCF ont été informés de la présence du chat, mais ils ont refusé d’intervenir pour récupérer l’animal. La maîtresse a demandé de l’aide et a expliqué la situation, mais rien n’a été fait pour tenter de sauver le chat. La décision de faire démarrer le train, malgré le danger de mort que cela représentait pour l’animal, a été prise sciemment. Ce n’est pas un accident involontaire, la SNCF était consciente que le train allait écraser le chat", estime l’avocat.

"Un chat est un être vivant et sensible, on n’a pas le droit de le tuer impunément"

La Fondation 30 millions d’amis avait donc décidé de plaider l’incompétence du tribunal de police, en espérant voir la SNCF renvoyée devant le tribunal correctionnel pour "atteinte volontaire à la vie d'un animal". "Nous considérons qu’il s’agit d’un délit, d’une qualification pénale. La mort a été donnée volontairement", estime Me Xavier Bacquet. Mais ce lundi, le tribunal de police a tranché : il n'y aura pas de procès en correctionnelle.

"Un chat est un être vivant et sensible, on n’a pas le droit de le tuer impunément comme ça, en toute connaissance de cause. C’est reconnu dans le Code pénal, et on parle de peines beaucoup plus lourdes", estime de son côté Reha Hutin, présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis.

"Là, c’est jugé comme une mort involontaire, avec une possible contravention, comme une voiture mal garée. On s’est battu pour faire changer la loi en 2016. Avant, l’animal de compagnie était considéré comme un objet, comme un meuble qui se déplace par ses propres moyens", ajoute Reha Hutin.

"Quand j’entends que 'ce n’était qu’un chat', je trouve ça abominable"

Contactée, Georgia Milonas, l’une des maîtresses du chat, n’était pas en mesure de répondre à nos sollicitations. "Les agents nous disent que ce n'est pas leur problème, qu'on aurait dû le garder en laisse...", racontait peu après les faits sa fille Melaïna à BFM. "Ils nous ont dit : 'ce n’est qu’un chat'", indiquait l’adolescente.

Reha Hutin se rappelle de l’"immense émotion" et de l’indignation suscitées par l’affaire. "On parle d’un être vivant, c’est inacceptable. Quand j’entends que 'ce n’était qu’un chat' ou que 'la maîtresse n’avait qu’à faire en sorte qu’il ne s’échappe pas", je trouve ça abominable. Quand on sait l’amour que portent les gens à leur chat, quand on a un minimum de compassion, on ne peut pas dire ça", pointe-t-elle du doigt.

"La cage s’ouvre et le chat affolé s’échappe. Les accidents arrivent, et ce n’est pas la peine de mort, poursuit-elle. Pourquoi ne pas infliger une terrible amende si le train est retardé ? Et l’animal était en règle, avec un billet, c’est un passager qui a été tué. Il faut faire de cette affaire un exemple pour qu’on ne puisse plus entendre que 'ce n’était qu’un chat', sinon c’est la porte ouverte à toutes les horreurs.

"On n’avait aucune idée de l’endroit où il s’était enfui", estime la SNCF

Contactée, la SNCF conteste avoir sciemment entraîné la mort du chat. "Le chat Neko s’était échappé du sac de sa propriétaire. Malgré les recherches menées par nos équipes SNCF et les propriétaires, le chat n’était plus visible et au moment où le train a démarré, on n’avait aucune idée de l’endroit où il s’était enfui", affirme SNCF Voyageurs. 

L’entreprise dit "regretter ce triste incident". "Nous sommes très touchés par cet événement qui a suscité une vive émotion dans la société et chez les cheminots, et nous renouvelons tout notre soutien à nos deux voyageuses propriétaires du chat Neko." La SNCF ajoute également "se préoccuper de la cause animale et de la sécurité des animaux de compagnie qui voyagent en train et ça n’est en aucun cas une situation qui nous laisse insensible". 

Me Xavier Bacquet, avocat de la Fondation 30 millions d’Amis, déplore pourtant "un manque d’empathie et d’explications". "La mère et sa fille ont écrit à la SNCF, elles n’ont jamais eu de réponse ni d'excuses. Ce n’est pas très sérieux, j’imagine que le service communication était en vacances", ironise l’avocat.

Devant le tribunal correctionnel, la SNCF encourait jusqu'à 7 500 euros d'amende et six mois de prison. Si la responsabilité de la SNCF est établie dans la mort de Neko devant le tribunal de police, l'entreprise risque une amende de 3e classe, soit 450 euros.

Le jugement a été mis en délibéré et sera rendu le 4 juillet 2023.