Christian Boltanski, un homme de mémoire

L’artiste et plasticien français est décédé le 14 juillet à Paris à l’âge de 76 ans. En 2019, il nous avait ouvert les portes de son atelier situé à Malakoff, près de Paris.
Christian Boltanski, en 2009, à son atelier de Malakoff, au sud de Paris. Photo archives AFP
Christian Boltanski, en 2009, à son atelier de Malakoff, au sud de Paris. Photo archives AFP

Photographe, sculpteur, cinéaste, peintre…Christian Boltanski était l’un des principaux artistes contemporains et plasticiens français. Il s’est éteint mercredi 14 juillet à l’âge de 76 ans à l’hôpital Cochin, à Paris, où il était "depuis quelques jours. Il était malade. C'était un homme pudique, il a caché les choses aussi longtemps qu'il a pu", a déclaré à l'AFP Bernard Blistène, ancien directeur du musée d'art moderne au centre Pompidou, qui lui avait consacré une exposition en 2020.

Né en 1944 à Paris, Christian Boltanski a commencé à peindre dès 1958, à l'âge de 14 ans. Il n’a pas connu de véritable scolarité ni suivi de formation artistique. Cela ne l’a pas empêché de réaliser des tableaux représentant des scènes historiques ou des personnages isolés dans des situations macabres, par exemple dans des cercueils. A la fin des années 60, il s’est éloigné de la peinture et a exploré d’autres formats : l'écriture, des lettres, des installations ou des dossiers qu'il envoyait à des personnalités artistiques.

Disparition, absence, oubli

Par la suite, ses modes d'expression se sont étendus à de nombreuses disciplines comme la photographie, la sculpture, le témoignage sonore, les assemblages ou les films. Sa première exposition, au théâtre du Ranelagh à Paris, puis sa participation à la Biennale de Paris en 1969, lui ont donné rapidement une notoriété nationale puis internationale.

"La vie de quelqu’un, c’est deux dates, et un petit tiret au centre qui est le temps passé entre ces deux dates".

Christian Boltanski

Christian Boltanski était connu pour sa lutte contre la disparition, l’absence et l’oubli. La mémoire et le souvenir étaient au cœur de son art. Il cherchait à mettre en avant le temps qui défile et la mort. Cela passait par la photographie – surtout le portrait – mais aussi des objets. L’artiste a notamment été marqué par l’holocauste. Pendant la guerre, sa mère avait dû cacher son père, médecin, sous le plancher de leur appartement en simulant un divorce pour lui permettre d’échapper à la déportation des juifs. Il y est resté deux ans.

"La vie de quelqu’un, c’est deux dates"

En novembre 2019, à l’occasion d’une rétrospective de son œuvre au centre Pompidou, Christian Boltanski nous avait ouvert les portes de son atelier situé à Malakoff, près de Paris. L'artiste se baladait dans son œuvre comme dans sa propre vie, accompagné de défunts anonymes, et de ses morts. "Il y a beaucoup de monde chez moi, dans ma tête, et il y a beaucoup de monde sur Terre. Mais en même temps, chacun est unique. C’est un très grand nombre d’unicité", expliquait-il alors. Pointant du doigt une gigantesque pile – une montagne – de manteaux de couleur sombre, il décriv aitque "chaque manteau représente une personne".

Il évoquait par ailleurs la trace, ou plutôt l’absence de trace que laisse chacun sur Terre. Sur une plaque sont inscrites les dates de naissance et de décès de sa mère : "1907 – 1989". "La vie de quelqu’un, c’est deux dates, et un petit tiret au centre qui est le temps passé entre ces deux dates", précise-t-il.  

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Christian BOLTANSKI, un homme de mémoire ©France 3 Paris Île-de-France

Vie vendue en viager

En 2009, Christian Boltanski – qui contrairement à ce qu’on pourrait croire ne manque ni d’humour ou de dérision – a vendu sa vie en viager au collectionneur d’art tasmanien David Walsh, qui lui versait une somme mensuelle contre l’enregistrement vidéo de son atelier 24 heures sur 24.

"[Le collectionneur] a des milliers, et des milliers et des milliers d’heures de ma vie. L’idée est de savoir si on peut préserver quelqu’un", dit-il, montrant du doigt l’une des caméras du collectionneur qui le filme. Confiant qu’il voulait "mettre sa vie en boite" quand il était "très jeune", il affirmait que David Walsh a "acheté" sa mémoire.

Christian Boltanski fut le compagnon de longue date d'Annette Messager, autre artiste-plasticienne de renom. 

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