Confinement : des jeunes homosexuels plus exposés aux violences intrafamiliales

Les jeunes homosexuels sont parfois aussi exposées à des discriminations au sein même de leur famille. (Illustration) / © PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP
Les jeunes homosexuels sont parfois aussi exposées à des discriminations au sein même de leur famille. (Illustration) / © PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP

Humiliations verbales voire physiques, mise à la rue : les appels de détresse venant de jeunes homosexuels sont en hausse depuis la mise en place du confinement.

Par Marc Taubert

Moins d'agressions à l'extérieur, mais une hausse des signalements de violences intrafamiliales. C'est le constat dramatique que fait l'association STOP Homophobie qui a mis en place une ligne d'écoute depuis déjà plusieurs années.

"Vendredi, un mineur à la rue m'a appelé. Il entendait tous les jours 'pd', 'pédale', etc. Ce jour, il a répondu et son beau-père a voulu le cogner. Il lui a dit : 'prends tes affaires et casse-toi'. Et sa mère a ouvert la porte et lui a dit de ne pas revenir'", raconte Terrence Katchadourian, fondateur de l'association.

Ce mineur de 15 ans qui réside dans une ville du département Nord (59), a dû retourner dans sa famille avant d'être finalement logé par l'association. Un cas qui n'est pas devenu rare. "Nous avons au moins un appel par jour", affirme Arnaud Boisseau, porte-parole de la même association.

Bilal, 19 ans et originaire du Val d'Oise, a lui aussi subi ce sort. "Suite à des tensions pendant presque un an avec ma famille, mon père m'a mis à la porte", raconte-t-il. Après plusieurs nuits dehors, il contacte la police qui le redirige vers l'association Le Refuge et un logement lui est proposé. "Je partais du principe que je n'avais pas de solutions, que j'allais subir la volonté de mes parents. Maintenant je suis en sécurité."
 

Peu de logements d'urgence

Pas de répit pour ces victimes. "Elles ne disposent pas, à la différence de l'accoutumée, des soupapes où elles retrouvent d'autres proches à l'extérieur de la cellule familiale. L'homophobie est une discrimination qui peut avoir lieu au sein même de la famille", explique Arnaud Boisseau.

Il est donc crucial de leur trouver un logement pour les écarter de leur environnement. L'association Le Refuge, qui loge des centaines de jeunes homosexuels chaque année apporte des solutions. Mais comme les autres organisations, elle fait face à la fermeture des réseaux d'hôtels et auberges de jeunesses. 23 jeunes sont actuellement hébergés en Île-de-France. "On arrive à saturation. Dès la semaine prochaine, nous n'aurons plus de solutions", déplore Reginald Dupuy, délégué départemental de l'association dans le Val-de-Marne.

Ces jeunes ne viennent pas que de l'Île-de-France. "Cela dépend de plusieurs choses : une question de place, mais aussi de menaces reçues par un jeune ou certains qui demandent à quitter leur région", indique-t-il.

Dans une lettre adressée à Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, une cinquantaine de députés (de plusieurs partis) ont ainsi appelé à "renforcer exceptionnellement la prise en charge et l’hébergement d’urgence des jeunes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT+) dans le cadre de la crise sanitaire". Mais le gouvernement a rejeté les amendements proposés.
 

Violences conjugales en hausse

Il n'y a pas que de jeunes homosexuels qui sont mis à la rue. "On a eu le cas récemment d'un homme marié à un homme qui a été victime de violences conjugales. Il a été mis à la porte et a passé trois jours dehors. On a réussi à lui trouver un logement. Ce phénomène existe dans tous les couples", indique le porte-parole de Stop Homophobie.

Comme pour les couples hétérosexuels, ces violences sont en hausse depuis la mise en place du confinement le 17 mars dernier. "On voit la chose comme étant très hétéro-normée, en réalité il y a des violences conjugales au sein de tous les couples. On a essayé de le rappeler à Marlène Schiappa mais elle n'a pas prêté l'oreille à la question", poursuit-il.
 

Lettres et menaces

Autre violence : la dénonciation publique et les menaces. En témoigne ces lettres placardées dans des immeubles ou envoyées directement à leur destinataire. A Nîmes, un homme a reçu une lettre lui enjoignant d' "éviter de toucher les portes notamment en allant visiter l'ensemble de la résidence pour proposer votre aide (Nous n'en voulons surtout pas)". Cela car "vous pouvez contaminer des jeunes enfants et des personnes fragilisées".
Des lettres parfois accompagnées de menaces : "ceci est le premier avertissement" a ainsi reçu un autre homme, qui a refusé de porter plainte.
 

Plusieurs dispositifs d'aide

Plusieurs associations ont mis en place des lignes d'écoute :

Stop Homophobie :
Une ligne d'écoute et de signalement au 07 71 80 08 71
L'association propose également un formulaire pour demander un hébergement d'urgence.

Le Refuge :
Cette association propose également une ligne d'urgence : 06 31 59 69 50 (7j/7 et 24h/24) ainsi que des solutions d'hébergement et d'aide psychologique.

SOS Homophobie :
L'association propose un chat'ecoute tous les jours à des horaires définis.

L'association Contact :
Elle propose notamment une ligne d'écoute : 0 805 69 64 64.

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