Crack à la Villette : "Ça fait un an que ça dure, l’Etat a délaissé les riverains"

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Un an après l’installation du campement de toxicomanes dans le square Forceval, porte de la Villette, une manifestation est organisée samedi pour demander à l’Etat de mettre en place des "réponses sanitaires et sociales" à la hauteur de la situation.

Ils demandent de mettre fin à "la plus grande scène ouverte de vente et de consommation de crack d’Europe". Le collectif 93 Anti-crack et les mairies du XIXe arrondissement de Paris, Pantin, et Aubervilliers appellent à manifester samedi 24 septembre, après "365 jours de crack à la Villette". Le cortège partira de la mairie de Pantin à partir de 16h, et rejoindra ensuite Aubervilliers au niveau de la station de métro Quatre-Chemins. 

Fin septembre 2021, la préfecture de police (PP) avait organisé le transfert d'environ 200 toxicomanes des jardins d'Eole vers un jardin public coincé au bord du périphérique, au niveau de la porte de la Villette : le square Forceval. Une situation alors présentée comme "temporaire" par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, mais qui perdure un an après. Tandis que les services municipaux organisent régulièrement des opérations de nettoyage, en démontant les cabanes et les abris de fortune, la PP a mené mardi 13 septembre une vaste opération sur place.

"Ça fait un an que ça dure, l’Etat a délaissé les riverains, déplore Mohamed Bader, le fondateur du collectif 93 Anti-crack, qui habite à Aubervilliers. Le problème persiste, les 'crackeurs' reviennent toujours. Il y a un mépris de la part des autorités. Un climat d’insécurité s’est installé, avec des risques d’agression aussi pour les commerçants, les clients… Les habitants sont confrontés aux 'crackeurs' tous les jours et ils sont laissés à leur sort." Mohamed Bader appelle l’Etat à "trouver des solutions". "On ne peut pas les laisser déambuler dans les rues de Paris. Il faut un programme d’insertion, il y a des jeunes, des adolescents…", affirme-t-il.

Gérald Darmanin "multiplie aujourd’hui les opérations de police après avoir laissé prospérer la vente de drogues dures. Il a imposé agressions, mendicité, prostitution, deals, occupation de l’espace public par des dealers et des personnes en déshérence à une population déjà exposée à une violence sociale inouïe", dénonce le collectif dans un communiqué. 93 Anti-crack demande "l’évacuation immédiate du camp de la honte", "des soins et des prises en charge médico-sociales urgentes pour les consommateurs de crack", et "des sanctions pénales pour les dealers".

"Rien n'a bougé… Nous demandons l'évacuation du camp et la prise en charge sociale et sanitaire des consommateurs", rappelle aussi ce jeudi Bertrand Kern, le maire PS de Pantin, lors d’une conférence de presse organisée devant "le mur de la honte". Ce mur en parpaings a été construit fin septembre 2021 pour empêcher les toxicomanes de passer par un tunnel entre Paris et Pantin.

"Les habitants et commerçants de nos quartiers, en particulier ceux des Quatre-chemins et de la Porte de la Villette, vivent la peur au ventre, soulignent les mairies du XIXe arrondissement de Paris, Pantin, et Aubervilliers dans un communiqué commun. Malgré les opérations de police, plus nombreuses depuis la nomination de Laurent Nuñez comme Préfet de Police de Paris, les habitants de nos communes ne voient pas d’amélioration concrète du niveau de sécurité de leur quartier."

"Chaque jour de plus est un jour de trop"

"Les réponses sanitaires et sociales actuellement mises en œuvre, qui sont de la responsabilité de l’État, sont insuffisantes, puisqu’elles n’engagent pas clairement un parcours médico-social des consommateurs de drogues vers l’objectif d’une sortie d’addiction, et d’abord parce qu’elles sont sous-dimensionnées", pointent du doigt les trois collectivités.

"Un an que trafics et consommateurs ont été déplacés à Forceval ! Depuis le 24 septembre 2021, chaque jour de plus est un jour de trop", affirme sur Twitter le maire PS du XIXe arrondissement François Dagnaud, qui espère "obtenir des engagements".

La Ville de Pantin appelle également ses administrés à signer et envoyer un courrier à destination de la Défenseure des droits Claire Hédon, pour demander la saisine de l’autorité.

En janvier, la préfecture de police avait annoncé la mise à disposition d’une friche industrielle du XIIe arrondissement pour permettre de déplacer les toxicomanes aujourd’hui présents dans le nord-est de la capitale. Mais la PP avait vite fini par renoncer face à l’opposition des élus. Laurent Nuñez, le successeur de Didier Lallement, doit prochainement présenter un nouveau plan de lutte contre le crack.

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