Fissure sur l'A13 : "L'état des routes d'Île-de-France se dégrade, il faut plus de budgets pour les entretenir"

Nids-de-poule et fissures, les routes franciliennes réservent de bien mauvaises surprises aux automobilistes. Leur entretien n'est plus une priorité pour les collectivités territoriales selon Yves Carra, responsable d'une association d'automobilistes.

Jeudi dernier, une importante fissure s'est formée sur l'autoroute A13 à hauteur de Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine. Fermé dans les deux sens de circulation entre Paris et Vauvresson depuis, l'axe ne rouvrira pas aux automobilistes "avant le milieu de la semaine, dans le meilleur des cas" a annoncé Sophie Dupas, directrice adjointe de la direction des routes d'Île-de-France (DiRIF) ce lundi matin sur France Bleu Paris. "Des vérifications doivent être effectuées notamment sur le mur de soutènement qui est en contrebas de l’autoroute et l’ouvrage hydraulique. On a constaté qu’un des ouvrages d’assainissement est impacté à ce jour", a-t-elle ajouté.

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Selon Yves Carra, porte-parole du Mobilités Club France, association d'automobilistes, cet évènement est symptomatique du mauvais entretien des routes en Île-de-France. Interview.

L'apparition d'une fissure sur l'A13 semble être un signal d'alerte. Un tel phénomène peut-il se reproduire sur une autre route francilienne ?  

Oui. Ce qui s'est produit est inquiétant et cela montre que les routes qui se trouvent sur des ponts ont besoin d'entretien régulier au même titre que les autres routes. Il y en a des milliers en Île-de-France qui permettent de relier deux villes entre elles et ils sont à surveiller. Il faut les entretenir, les bétoniser. Peut-être qu'il faut utiliser les budgets pour cela car mal entretenus, ils peuvent être dangereux.

Quelle que soit la route en question, si elle n'est pas entretenue régulièrement, elle se dégrade très vite donc si on continue à minimiser les budgets accordés à l'entretien, des accidents similaires pourraient se reproduire sur des ponts. Il faut une prise de conscience des pouvoirs publics. Ceci afin de permettre aux routes d'aller mieux et aux automobilistes de se sentir davantage en sécurité sur les axes franciliens. L'accident du pont de l'A13 doit permettre de mettre le dossier de l'entretien des routes sur le haut de la pile des collectivités territoriales.   

Quel bilan faites-vous de l'état des axes routiers franciliens ?

L'état des routes en Île-de-France est dégradé, tout comme sur le reste de la France d'ailleurs. À Paris, les usagers sont obligés de slalomer entre les nids-de-poule car la qualité de revêtements des axes routiers est de plus en plus vétuste. Le choix de ne pas entretenir les routes a été fait depuis plusieurs années et on commence à le ressentir. On retrouve cette vétusté sur les autoroutes car les collectivités manquent de budget pour leur entretien. C'est d'autant plus criant sur les autoroutes gérées par le gouvernement comme l'est une partie de l'A13.

Celles qui sont gérées par des sociétés privées présentent moins de problèmes car les concessionnaires ont des engagements à ternir et des contrats à respecter il faut des efforts de tous les côtés pour rénover les routes de la région.

Selon vous, qu'est ce qui explique ce manque d'entretien ? 

C'est avant tout une question de budget. Dans la capitale, la Ville de Paris s'attelle à créer et rénover de nombreuses pistes cyclables. C'est louable mais il faut également penser aux automobilistes. Ces créations de pistes ne peuvent pas se faire au détriment des rénovations des routes. Ces dernières années, nous constatons une baisse des budgets pour l'entretien des routes dans la région par les différentes collectivités.

Les budgets nécessitent des arbitrages. Par exemple, lorsqu'il faut choisir entre la construction d'un hôpital et l'entretien d'une route, beaucoup de collectivités choisissent la première option. Cela peut se comprendre, mais ce sont des économies qui peuvent coûter cher et devenir dangereuses sur le long terme. En dehors de Paris, une réparation avec de longs travaux coûtera toujours plus cher qu'un entretien régulier des routes.

Lorsqu'il y a un nid-de-poule ou des trous, un simple rebouchage ne suffit pas, cela nécessite des travaux beaucoup plus profonds. Ce qui s'est passé sur l'A13 doit être une piqûre de rappel. Nos routes manquent d'entretien et ont besoin d'être soignées. À la fois pour la sécurité des automobilistes et leur confort au volant.

Des routes en bon état permettent de minimiser les risques et mieux anticiper les dangers potentiels. En ce qui concerne les véhicules, des routes en mauvais état endommagent plus rapidement les pneus. L'eau met également plus de temps à s'évaporer en cas de pluie sur une route mal entretenue. Le risque d'accident est donc plus élevé.