Funeste maladresse de la mairie de Paris au cimetière de Thiais

© Frédérick Florin/AFP Photos
© Frédérick Florin/AFP Photos

Le corps d'une femme de confession juive, inhumée dans le carré social du cimetière de Thiais en 2012, a été incinéré cinq ans après, en 2017, comme le prévoit un règlement administratif. Mais la crémation est interdite dans la religion juive. Son fils a porté plainte

Par Christian Meyze

C'est une histoire malheureuse, une maladresse heureusement exceptionnelle, à laquelle la Mairie de Paris ne s'attendait sans doute pas, et que racontent aujourd'hui nos confrères de France Bleu

Antoinette Frenck, une vieille dame de confession juive, meurt en février 2012. C'est une dame modeste, qui n'a pas d'argent. Son fils, Michel Burtin, touche à l'époque le RSA. Il n'a pas les moyens de payer les obsèques de sa mère. Alors, commme il est prévu en pareil cas, c'est la mairie de Paris qui prend en charge ces obsèques. 


Une sépulture temporaire

Pour celà, la Mairie de Paris dispose d'un espace et de tombes dans le carré commun, baptisé "carré des indigents" ou plus poétiquement, plus récemment, "jardin de la fraternité", dans le grand cimetière de Thiais, dans le Val-de-Marne. Antoinette Frenck est donc inhumée dans ce carré, en 2012. Depuis cette date, son fils vient se recueillir sur sa tombe, deux fois par an.

Mais comme partout, ces sépultures gratuites mises à la disposition des familles désargentées ont une durée d'utilisation définie dès le départ. A Paris, ces sépultures sont accordées pour cinq ans. Le temps de permettre à la famille de se retourner et de prendre des dispositions pour transférer le corps du défunt vers une sépulture familiale par exemple. Car ces emplacements dans de grands cimetières de grandes villes ne peuvent être que temporaires. Les besoins dans les grandes villes, pour inhumer les gens très pauvres sont nombreux.


Exhumation et incinération

Toutes ces dispositions et particularités figuaient dans les documents qui avaient été remis à Michel Burtin, le fils d'Antoinette. Car, au bout de cinq ans, si les familles n'ont pas déplacé le corps de leur proche, les services de la Mairie procèdent à son exhumation, à son incinération et à la dispersion des cendres dans l'espace du cimetière aménagé pour celà.

Mais lors des obsèques, dans l'émotion, Michel Burtin n'a pas pris vraiment conscience de toutes ces dispositions. Il n'a pas compris que ce délai existait. Ni qu'à l'issue de cette période, le corps serait incinéré et que la trace physique, matérielle, de la dernière demeure de sa mère disparaîtrait.


Tombe vide et plus de trace

Quand il y a quelques mois, Michel Burtin est venu au cimetière de Thiais, comme d'habitude, rendre hommage à sa mère, il n'a retrouvé ni plaque d'identification sur la tombe, ni trace d'Antoinette Frenck. Et il a donc appris que le corps de sa mère avait été incinéré. 
Consterné, révolté, Michel Burtin tente diverses démarches, notamment auprès du Défenseur des Droits, qui n'aboutissent pas. La colère de Michel Burtin tient surtout au fait que sa mère appartenait à cette génération et à ce petit nombre de juifs qui avaient échappé à la Shoah. Son amertume en découvrant qu'elle avait été incinérée est d'autant plus grande.

Michel Burtin a donc décidé de porter plainte. La Mairie de Paris, embarrassée, lui a adressé une lettre pour lui présenter ses excuses. Et indique qu'à l'avenir, elle enverra un formulaire à la famille pour l'alerter avant de procéder à la crémation.

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