Paris bascule de nouveau dans la violence lors du 18e samedi de mobilisation des Gilets jaunes

Lors du 18e samedi de mobilisation des Gilets jaunes, de nombreux individus vêtus de noir en ont profité pour vandaliser plusieurs commerces, comme ce magasin Celio sur les Champs-Elysées. / © AFP/Geoffroy van der Hasselt
Lors du 18e samedi de mobilisation des Gilets jaunes, de nombreux individus vêtus de noir en ont profité pour vandaliser plusieurs commerces, comme ce magasin Celio sur les Champs-Elysées. / © AFP/Geoffroy van der Hasselt

Ce 18e samedi de mobilisation, voulu comme un "ultimatum" lancé au président Macron, a rappelé les épisodes les plus violents de la mobilisation, début décembre. Chronologie des faits.

Par France3 IDF (avec AFP)

  • 9h00 - Marée jaune en direction de l'Etoile
Munis de sifflets et de fumigènes, des manifestants venus de toute la France débarquent dans les gares parisiennes. "Ca risque de chauffer aujourd'hui", met en garde Greg, un Street medic de 38 ans, muni d'un casque et d'un masque. "Le mot d'ordre c'est faire attention devant, pour les LBD, et derrière, pour les casseurs", explique-t-il.

"Macron m'a tué", "Egalité, pour tous, tout de suite" ou encore "Tous unis pour une meilleure vie" ... Les "gilets jaunes" remontent les grandes avenues parisiennes au rythme de slogans et de chants anti-Macron et anticapitalistes.
 
  • 10h00 - Sur les Champs-Elysées, le calme avant la tempête
Un touriste japonais photographie sa petite amie. En arrière plan, l'Arc de Triomphe, encerclé par des gilets jaunes. René Lejal, militaire à la retraite, porte une écharpe avec l'inscription "Beaucoup de temps, pas d'argent, vive la retraite". "Je manifeste pour toutes les personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer. Y'a des injustices à tous les niveaux. Je viens d'un village de 1.500 habitants, une grosse partie a le coeur 'gilet jaune'. Les forces de l'ordre nous provoquent", dit-il.

Des détonations de grenades assourdissantes ponctuent les slogans lancés par les manifestants. Pour maintenir à distance les plus véhéments, les forces de l'ordre commencent à utiliser des grenades lacrymogènes.
 
  • 11h30 - Pluie de pavés sur les gendarmes mobiles
Pavés, pierres et autres projectiles : une pluie s'abat sur les gendarmes mobiles qui protègent l'Arc de Triomphe. Face à eux, peu de gilets jaunes, mais beaucoup de manifestants vêtus de noir, capuche sur la tête, masque sur le visage. Pour les éloigner, les forces de l'ordre les noient dans des nuages de gaz lacrymogène et déploient les canons à eau. "Ils croyaient nous dompter mais on est indomptables. Les gilets jaunes ne lâcheront rien, il faut qu'ils le comprennent", s'enthousiasme auprès de l'AFP un manifestant masqué.
 
 
Cachés derrières des banderoles, des "black bloc" dépavent la chaussée, récoltant des "munitions" pour attaquer les forces de l'ordre et casser les vitrines. Nespresso, Hugo Boss, Lacoste, le Fouquet's... Les palissades de protection en bois sont arrachées les unes après les autres, les vitrines cassées, les magasins pillés.     Certains ressortent les bras chargés de vêtements, d'autres les jettent dans la foule ou s'en servent pour alimenter les barricades enflammées.
 
  • 12H00 - "On va tout brûler !"
Des vitrines volent en éclat. Le Fouquet's, brasserie inscrite à l'inventaire des monuments historiques et fréquentée par de nombreuses personnalités, est prise pour cible à coups de pierres et de marteau. Sur les Champs-Elysées, des petits groupes scandent des slogans anticapitalistes et antipoliciers et s'attaquent aux magasins et aux restaurants. Des boutiques sont pillées. Des kiosques incendiés. Au milieu, des barricades en feu. "On va tout brûler !", hurle un manifestant.

Parmi les "7.000 à 8.000 manifestants", "plus de 1.500 ultra-violents qui sont venus pour casser, pour en découdre, pour attaquer", dénonce le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.
 
  • 13H30 - Une banque incendiée, onze blessés
"On habite au 3e étage, on a d'abord senti la fumée des lacrymogènes et puis ensuite on a vu le feu par la fenêtre", raconte, choquée, une mère de quatre enfants, dont un bébé de neuf mois qu'elle allaite. Au rez-de-chaussée de son immeuble, une banque a pris feu. L'immeuble a dû être évacué par les pompiers.
 

"Deux personnes ont été sauvées des flammes. Une femme et son bébé étaient coincés au deuxième étage", relatent les pompiers à l'AFP. Bilan : onze blessés légers.
 
  • 14h00 - Madeleine, contre les violences policières
Plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés samedi en début d'après-midi devant l'église de la Madeleine. "On est un peu perdu, on ne sait plus qui manifeste pour quoi", a avoué Elixene, une étudiante de 19 ans, qui ne savait plus si elle devait continuer à brandir sa pancarte "Sauve ta planète, en diminuant ton steak". Lui aussi perdu dans le groupe de plusieurs milliers de manifestants, Franck, 15 ans, s'est dit au moins sûr d'une chose : "Tout ça, ça veut bien dire que la France est en révolte".
 
  • 14h30 - L'Etoile toujours saturée de gaz lacrymogène
Après une légère accalmie, les incidents reprennent. Sur la place de l'Etoile, saturée de gaz lacrymogène, les pavés volent encore. Sur les Champs-Elysées, complètement bouclés, les kiosque incendiés, les abri-bus détruits et les vitrines en miettes dessinent un paysage de désolation. Morgane Jotterand, auxiliaire de vie à domicile, venue de Beauvais, prévient : "Aujourd'hui, c'est ce qu'on appelle l'acte final, qui est un début. C'est très bien, il y a de l'action. Il en faudra encore plus si Macron bouge pas".

Les premières interpellations ont lieu. Le parquet de Paris indique avoir placé 46 personnes en garde à vue.
 
  • 16h - Une centaine d'interpellations
Le Premier ministre Edouard Philippe s'est rendu en milieu d'après-midi sur les Champs-Elysée pour remercier les forces de l'ordre.
 

109 personnes ont été interpellées, selon un bilan communiqué par le préfecture de police de Paris.
 
 
  • 17h - De nouveaux incendies et pillages sur les Champs-Elysées
Le Fouquet's, restaurant huppé qui avait déjà été vandalisé dans la matinée, a vu son auvent incendié et des feux ont été allumés devant les boutiques Longchamp, Foot Looker et Léon de Bruxelles, aux cris de "révolution !" lancé par des manifestants. De multiples commerces (Celio, cinéma Gaumont, la boutique du PSG, Mauboussin, Zara, H&M...) sont pillés.

Les forces de l'ordre, qui se maintenaient à distance, ont ensuite répliqué avec des tirs de gaz lacrymogènes qui ont saturé le bas de l'avenue d'un brouillard épais, pour tenter de disperser les manifestants.
 

En déplacement dans un commissariat non loin des Champs-Elysées, le Premier ministre Edouard Philippe interroge un policier : "Les violences sont-elles comparables à celles du 1er décembre, samedi où le mouvement a connu un pic ?" "On a ramassé pareil, on aurait pu perdre du monde", lui répond le fonctionnaire.
 
  • 18h00 - Plus de 200 interpellations
Quelques centaines de personnes ont quitté le secteur des Champs-Elysées et remontent rapidement les grands boulevards vers la place de la République incendiant poubelles et véhicules sur leur passage notamment des scooters. Devant les Halles, une voiture de police a été incendiée.

Au total, 80 enseignes ont été touchées, dont une vingtaine pillées ou victimes de départs d'incendie, a précisé à l'AFP une association de commerçants qui demande à être reçue par le Premier ministre.

Dans la soirée, le bilan des interpellations est monté à 237 personnes dont 144 se trouvaient en garde à vue à 21h.

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