Colère des agriculteurs : en Île-de-France, certains partent, d'autres arrivent

Tous les regards sont braqués sur Bruxelles devenu l'épicentre de la colère paysanne. Et sur Matignon d'où Gabriel Attal a prévu de présenter ce midi une nouvelle salve de mesures pour l'agriculture. En attendant d'éventuelles annonces, les agriculteurs maintiennent leurs blocages grâce à des renforts arrivés cette nuit. D'autres en revanche ont décidé de lever le camp.

Certains sont arrivés dans la nuit, d'autres ne devraient pas tarder : 90 agriculteurs en provenance du Nord-pas-de Calais venus prendre le relais de leurs camarades qui campent depuis quatre jours sur l'A1, à proximité de Chennevières.

Jean-Pierre Courcol, fils d’agriculteur originaire d'Arras, entend rester sur place "aussi longtemps qu'il le faudra". Arrivé en tracteur, l'homme se dit déterminé. "On veut la suppression des 4 % de jachère et que la loi Egalim soit respectée. On ira jusqu’au bout, jusqu’à ce que le gouvernement cède."

A ses côtés, Maxime, originaire de Douai. L'ouvrier agricole s'est décidé à rallier l'Île-de-France cette nuit en voiture pour "relayer le mouvement" de peur qu'il ne s'essouffle. "Je suis venu défendre mon emploi. S'il n'y a plus d’agriculture, il n'y a plus de boulot", souffle-t-il autour de la table de fortune installée sur l'autoroute où chacun prend ce matin son petit-déjeuner.  

Un discours de fermeté également entendu dans l'Essonne, au niveau de Wissous, où une centaine de tracteurs bloquent l'A6. Ici aussi, pour tenir le siège le plus longtemps possible, les agriculteurs se relaient depuis plusieurs jours, malgré des conditions drastiques. Guillaume Lefort, vice-président de la FDSEA de Seine-et-Marne est sur place, mais aujourd'hui, son regard se porte vers Bruxelles où se tient une réunion et vers Matignon d'où des propositions pourraient être faites ce midi. "J'attends que l’Europe retrouve le bon sens et l’intérêt général. Aujourd’hui on met des boulets au pied des agriculteurs européens, faut absolument qu’on lâche ces chaînes qui nous empêchent d’avancer, nous empêchent de produire et de nourrir une alimentation saine et de qualité pour les Européens. On a un vrai savoir-faire, une nourriture de qualité et on nous empêche de la faire. On veut nous imposer des jachères. On veut nous laisser rentrer des marchandises en Europe qui ne sont pas du tout au niveau de ce que nous pouvons produire (...) Ça nous envoie dans le mur et il faut sortir de cette spirale infernale."

À Wissous, las des promesses, les agriculteurs attendent des propositions concrètes avant d'envisager de rentrer chez eux. C'est le cas de Gautier Guyon, céréalier en Seine-et-Marne. "On attend les bonnes paroles et on partira. Sinon on reste sans aucun problème. La logistique est là, les roulements sont mis en place. On arrive quand même à faire tourner les fermes, même au ralenti. On n’est pas en pleine moisson, on a le temps jusqu’au mois de juin."

"Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse de plus ?"

Ce matin, dix blindés de la gendarmerie sont toujours positionnés sur plusieurs points d'Île-de-France, à Roissy, à Rungis, à Massy-Palaiseau et à Linas, afin de maîtriser le cheminement des agriculteurs, indique la gendarmerie nationale. Car si certains restent, que d'autres arrivent, certains agriculteurs ont prévu de repartir. Un va-et-vient qu'il faut encadrer.

Alors qu'ils avaient trouvé refuge cette nuit dans une ferme à Roinville de l'Essonne, plusieurs paysans s'apprêtent en effet à repartir vers le Lot-et-Garonne. Avant de se mettre en route, ils attendent le retour de leurs 79 collègues interpellés hier alors qu'ils tentaient de pénétrer dans Rungis et qui ont été relâchés ce matin. "On a tout fait pour être entendus, tout fait pour être écoutés. On ne peut pas faire plus. Hier, on a été reçus à Matignon. Hier soir, les mêmes étaient en garde à vue. Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse de plus ? On ne peut plus rien faire. On a mis la pression tant qu’on a pu, maintenant c’est au gouvernement de prendre ses responsabilités et d’annoncer des vraies mesures aux agriculteurs. On va très vite être fixés", explique José Perez, coprésident de la coordination rurale 47. 

Gabriel Attal a prévu de présenter une nouvelle salve de mesures pour les agriculteurs ce midi depuis Matignon. Une prise de parole qui sera décisive dans la poursuite ou non du mouvement.