Coronapistes : accélération ou coup de frein ?

Alors que dans certaines communes, de nouvelles pistes cyclables temporaires continuent de voir le jour. D'autres villes font le choix au contraire d'en supprimer, quelques jours seulement après leur installation. Les associations de cyclistes appellent les élus à maintenir le cap. 
Une piste de vélo temporaire à Paris.
Une piste de vélo temporaire à Paris. © AFP

La piste cyclable ne sera restée que trois jours avenue Gabriel Péri à Argenteuil. La peinture du marquage au sol tout juste séchée a été recouverte et les plots retirés. "Trois jours ça fait court !", se désole Catherine Christin, cycliste et représentante locale de l'association «Mieux se déplacer à bicyclette». Pourtant, la mairie avait vu grand pour cette piste cyclable installée au centre de cette avenue reliant le pont d’Argenteuil. "Là au moins, les cyclistes pouvaient circuler en sécurité. En temps normal, c’est un cauchemar de passer sur cette avenue qui est une deux fois deux voies, avec du stationnement en double-file en permanence", déplore-t-elle.

Mais c’est bien pour sa sécurité que la mairie assure avoir décidé de supprimer la coronapiste. "Nous avons dû faire marche arrière, essentiellement pour des problèmes de sécurité. Les deux roues motorisées ayant décidé d’utiliser cette piste cyclable, il y a même eu un accident.", affirme Jean-François Ploteau, conseiller municipal chargé du développement durable.  "Le but d’une expérimentation c’est de voir ce qui fonctionne ou pas", poursuit le conseiller qui se félicite néanmoins du bon fonctionnement des autres pistes cyclables temporaires dans la ville.

D’autres communes ont également décidé d’arrêter brutalement l’expérimentation. Sur la D186 entre Chatou et La Défense, plus aucune trace non plus de la piste cyclable temporaire. Les maires DVD de Chatou et du Vésinet ont décidé de la supprimer car elle provoquait d’importants bouchons selon eux. "Je pense que juste avant les élections, ils n’ont pas envie de se mettre à dos les automobilistes", analyse Catherine Christin.

Des automobilistes qui ne veulent pas partager le bitume

Car la cohabitation avec les automobilistes n’est pas toujours facile. Certains n’hésitent pas à empiéter sur les pistes réservées aux cyclistes pour stationner comme à Pantin sur la Nationale 3 ou à Montrouge. "Quand il y a juste une bande cyclable, c’est un peu compliqué ou quand il y a la possibilité de stationner sur la piste cyclable temporaire, ce n’est pas bien respecté. ", constate Andy Kangoud, membre fondateur de l’association «Vélo Piéton Châtillon».

Des pistes pas toujours adaptées

Maxime Delaby, vélotafeur depuis trois ans a découvert quelques coronapistes sur son trajet entre son domicile dans le XVe à Paris et son lieu de travail à Puteaux. Mais sur certains tronçons, les expérimentations sont plutôt ratées. "Sur le pont de Puteaux, il n’y a pas de piste cyclable, ils en ont mis une sur le trottoir ce qui est absolument naze ! Et sur le quai de Dion Bouton (qui longe la Seine NDLR), il y a une double piste cyclable mais qui est dangereuse parce qu’on se retrouve à contre sens des voitures, sur une voie de bus", remarque-t-il.

De nouvelles pistes continuent d’apparaître

Mais les cyclistes préfèrent retenir l’aspect positif de ces expérimentations. 70 km à vol d’oiseau ont été créées ces dernières semaines dans la région. "Il y a un monde fou en vélo à Paris, c’est hyper cool. Les grands axes le long des quais de Seine, vers la Concorde, Iéna, cette grande autoroute de vélo c’est canon !", s’enthousiasme Maxime Delaby.

Andy Kangoud qui pédale entre Châtillon et Saint-Ouen tous les jours pour travailler voit une réelle différence par rapport à mars. "On a pas mal de pistes qui arrivent un peu partout. J’en ai pris une nouvelle ce matin. C’est une très agréable surprise.", remarque t-il. "Ce n’est pas le moment de faire marche arrière !", conclut-il.

 Le mois de mai a été historique pour le vélo selon le collectif Vélo Île-de-France qui espère que les élus continueront sur cette voie. "Les pistes cyclables temporaires ont déjà prouvé leur efficacité. Il suffit de le mesurer pour le voir mais pour cela il faut ne pas tout de suite céder à l’idée que cette route est pleine, elle déborde, qu’il n’y a pas assez de place. Des embouteillages il y en a toujours qu’il y ait deux, quatre ou six voies… C’est comme ça. C’est une loi physique qui a toujours fonctionné comme ça", assure Stein Van Oosteren, porte-parole du collectif.

A Argenteuil, la mairie assure qu’un plan vélo est en projet pour développer d’autres pistes cyclables y compris sur l’avenue Gabriel Péri mais de manière pérenne cette fois-ci.

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Une coronapiste supprimée une semaine après son installation dans les Yvelines. ©France 3 IDF

 

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