Coronavirus : des prisons franciliennes sous tension après les mesures de suspension des parloirs

La prison de Meaux Chauconin-Neufmoutiers en Seine-et-Marne. Un détenu raconte son quotidien. / © PHOTOPQR/LE PARISIEN
La prison de Meaux Chauconin-Neufmoutiers en Seine-et-Marne. Un détenu raconte son quotidien. / © PHOTOPQR/LE PARISIEN

Des tensions ont éclaté mercredi 18 mars dans plusieurs prisons de la région notamment à Bois d'Arcy dans les Yvelines et à Réau en Seine-et-Marne. Elles font suite à la suspension des parloirs dont l'objectif est de lutter contre la propagation du nouveau coronavirus en détention.

Par EH/AFP

Tariq, (son prénom a été changé), 31 ans, a été joint par l'AFP en prison. Il est incarcéré à la prison de Meaux-Chauconin, en Seine-et-Marne. Il raconte son quotidien bouleversé par les mesures de confinement et la "rage" qui monte chez les plus jeunes.

Dehors c'est la guerre contre le coronavirus, ici ça va chauffer

Ce qui fait que les détenus ne pètent pas les plombs dans les prisons françaises, c'est le téléphone et le shit", assène Tariq, en détention provisoire à la maison d'arrêt de Meaux-Chauconin, en région parisienne. "Du coup, plus de parloir, plus de projection, ça veut dire plus de stupéfiants. Ca va chauffer en détention s'il n'y a pas de shit" continue-t-il.

A Meaux-Chauconin, "les chefs (surveillants) sont venus nous voir, dans chaque cellule, pour nous expliquer la situation. On sent que tout le monde flippe. Ils n'arrêtaient pas de nous dire: c'est le président de la République qui l'a décidé (le confinement)", relate Tariq. "On est en guerre, mais nous, on fait comment?", demande-t-il. "Pas de gants, zéro masque et un peu de javel diluée, c'est tout ce qu'on a."

Incidents dans plusieurs établissements de la région

Dans plusieurs établissements pénitentiaires franciliens, des détenus qui étaient en cours de promenade ont refusé de réintégrer leurs cellules, nécessitant dans la majorité des cas une intervention des Eris (équipes régionales d'intervention et de sécurité), a indiqué la direction de l'administration pénitentiaire (DAP). Des incidents se sont produits notament à la prison de Bois d'Arcy dans les Yvelines et à la prison de Réau en Seine-et-Marne.

Alors que la France est placée en confinement pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, la garde des Sceaux Nicole Belloubet a annoncé mardi la suspension des parloirs pour les familles et proches des détenus pour une durée minimale de 15 jours. 

Selon Emmanuel Baudin, secrétaire nationale du syndicat FO-Pénitentiaire, "les tensions ont démarré mercredi matin dans la prison de Bois-d'Arcy où une cinquantaine de détenus ont refusé de réintégrer leur cellule après une promenade."

"Il y a également eu des incidents. Vingt-cinq détenus, qui sont dans un régime portes ouvertes, qui leur permet de se déplacer hors de leur cellule, se sont regroupés et "ont arraché les néons et mis des poubelles devant les grilles", selon Cyril Fay, représentant local de FO-Pénitentiaire.

La gratuité de la télévision et du téléphone a été demandée

Afin d'apaiser le climat en détention, Emmanuel Baudin a demandé que les détenus puissent tous avoir accès à des télévisions et que les téléphones fixes soient gratuits. Il demande de plus "un pécule minimum" pour ceux qui travaillent habituellement pour des entreprises extérieures et qui se retrouvent désormais sans ressources, afin qu'ils puissent "par exemple se payer des cigarettes".

Le coronavirus a fait une première victime parmi les détenus: un homme de 74 ans, incarcéré à Fresnes dans le Val-de-Marne. Seul détenu testé positif en France, est décédé lundi soir.
 

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