Grève à la tour Eiffel : l'Etat peut-il contraindre la mairie de Paris à faire des travaux ?

Alors que les salariés en grève pointent du doigt une dégradation du monument en raison d’une mauvaise gestion financière, Rachida Dati appelle la mairie de Paris à "initier une procédure de classement" au titre des monuments historiques. Emmanuel Grégoire, le premier adjoint d’Anne Hidalgo, se dit prêt à "en discuter".

"Aujourd'hui la tour Eiffel n’a pas de protection suffisante", affirme Rachida Dati sur X. Tandis que les syndicats continuent au cinquième jour de grève consécutif d’alerter sur le manque d’entretien du monument, concernant notamment la peinture et la rouille, la ministre de la Culture juge qu’"il est nécessaire d’initier une procédure de classement".

Inaugurée en 1889, la Dame de fer n’est en effet pas "classée" au titre des monuments historiques. Elle est toutefois "inscrite" aux monuments historiques depuis 1964, et par ailleurs au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1991.

Deux niveaux de protection au titre des monuments historiques sont en effet prévus, explique le ministère de la Culture à France 3 Paris Île-de-France :

  • Le premier niveau : l’inscription, qui concerne des bâtiments avec un intérêt historique ou artistique remarquable de préservation, "par arrêté du préfet de région après avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture".
  • Le second niveau : le classement, pour des bâtiments présentant un intérêt public de conservation, "par arrêté de la ministre de la culture après avis de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture". A noter que "les taux de subvention moyens de l’Etat sont différents selon que l’immeuble est classé (pas de limite légale, taux moyen de 30 à 40 %) ou inscrit (limite légale de 40 %, taux moyen de 20 %)".

Toujours selon le ministère, la capitale compte aujourd’hui 1 918 immeubles protégés au titre des monuments historiques, dont 410 classés et 1508 inscrits. Au niveau national, on compte 45 898 immeubles protégés, dont 14 885 classés et 31 013 inscrits.

Les "travaux d’office", une procédure "très rare"

Sur X, Rachida Dati indique ainsi qu’un classement de la tour Eiffel "permettrait de lui faire bénéficier" d’un "contrôle scientifique et technique de l’Etat" et "si nécessaire d’engager des travaux d’office".

"Je ne comprends pas ce qui retient la Maire de Paris d’initier cette démarche auprès du ministère de la Culture. Car c’est à elle qu’il appartient de le faire… Je suis prête à recevoir cette demande afin d’engager la procédure de classement au plus vite", assure la maire (ex-LR) du 7e arrondissement, et déjà candidate à la mairie de Paris en 2026. La Ville est propriétaire à 99% de la Société d'exploitation de la tour Eiffel (Sete).

"Les travaux de restauration d’un immeuble classé sont effectués sous la maîtrise d’œuvre d’un architecte qualifié", tandis que pour un immeuble inscrit les chantiers "sont effectués sous la maîtrise d’œuvre d’un architecte librement choisi par le propriétaire (dans le cadre d’une mise en concurrence lorsque le propriétaire est public)", précise le ministère de la Culture.

"L’Etat peut mettre en demeure le propriétaire d’un immeuble classé d’effectuer les travaux strictement nécessaires à la conservation de cet immeuble ; il peut effectuer ces travaux d’office, si le propriétaire ne se conforme pas à la mise en demeure", poursuit le ministère.

Une procédure "très rare", qui survient une ou deux fois par an : "Si le propriétaire répond à la mise en demeure, l’Etat lui verse une subvention dont le montant ne peut être inférieur à 50 % du coût total. En cas de travaux d’office, c’est l’Etat qui se fait rembourser par le propriétaire la moitié du coût des travaux. Le propriétaire peut toujours s’exonérer de sa dette en abandonnant la propriété de son monument à l’Etat."

"Un immeuble ne peut être classé (...) qu’avec l’accord du propriétaire"

"Nous sommes prêts à discuter avec Rachida Dati", répond ce vendredi Emmanuel Grégoire, le premier adjoint de la maire (PS) Anne Hidalgo, sur Sud Radio. "On va en discuter avec elle car par principe, je ne suis pas fermé à des hypothèses", déclare-t-il.

Emmanuel Grégoire indique toutefois que la tour Eiffel est "dans un site classé" : "Sur le plan juridique, ce monument bénéficie des protections patrimoniales les plus élevées avec l'avis conforme des ABF (architectes des Bâtiments de France, NDLR) et la question du secteur protégé Unesco".

"Je pense qu’il y a un peu d’habileté" de la part de Rachida Dati, note aussi le premier adjoint, qui reconnaît "une relation compliquée sur le plan politique local". "Sur le plan juridique, elle peut aussi proposer (le classement), elle en a le droit", assure-t-il. "Mais on essaie, du point de vue de la Ville de Paris, de ne pas confondre les enjeux et les échéances, il faut travailler dans l'intérêt de tout le monde", ajoute Emmanuel Grégoire.

Le ministère de la Culture précise que "contrairement à l’inscription qui ne nécessite pas l’accord du propriétaire, un immeuble ne peut être classé par arrêté de la ministre de la Culture qu’avec l’accord du propriétaire. En cas de refus d’accord du propriétaire, un immeuble ne peut être classé que par décret en Conseil d’Etat, cette procédure étant réservée à des cas tout à fait exceptionnels.

Contactée, la mairie de Paris n’a pas répondu à nos sollicitations.