Grève à la tour Eiffel : "Le monument est en train de rouiller et c’est irréversible"

Alors que les salariés de la Société d'exploitation de la tour Eiffel (Sete) poursuivent leur grève, les syndicats continuent de dénoncer un manque d’entretien du monument lié à une mauvaise gestion financière. De son côté, la mairie de Paris assure que "ce joyau est en très bon état".

Pour un quatrième jour consécutif, les salariés de la Sete ont reconduit leur grève. Tandis qu’une centaine d’entre eux s'est réunie jeudi matin à l'entrée principale de la tour Eiffel, la CGT et FO pointent toujours du doigt la gestion financière du monument en ciblant la Ville de Paris, propriétaire à 99% de la Sete.

"La gestion de la ville de Paris est calamiteuse et c’est déplorable", a d’ailleurs réagi ce jeudi Olivia Grégoire (Renaissance) sur Sud Radio. La ministre déléguée en charge du Tourisme a ainsi accusé la maire PS Anne Hidalgo de "laisser s’effondrer notre plus beau monument".

Denis Vavassori, technicien et membre de la CGT, souligne l’inquiétude du personnel sur l’état de la Dame de fer, dont l'inauguration remonte à 1889 : "Le monument est en train de rouiller et c’est irréversible. Plus les années passent et plus la rouille s’installe, c’est de pire en pire. De nouveaux points de rouille apparaissent chaque année, c’est en train de s’étendre."

"Au bout d’un moment le monument ne ressemblera plus à rien"

"C’est la peinture qui protège le fer, et on a 14 ans de retard, poursuit-il. Normalement, la préconisation de Gustave Eiffel, c’est de repeindre tous les 7 ans. La 20e campagne de peinture a commencé en 2020, et c’est un peu particulier : il faut décaper au total environ 15% de la surface pour que la peinture tienne. On en est à 3% aujourd’hui."

En 2021, les opérations de décapage avaient fait ressortir la présence de plomb dans les anciennes couches de peinture, provoquant une longue pause du chantier. Denis Vavassori déplore une "mauvaise gestion des travaux". "Le plomb dans les peintures de la tour Eiffel, étant donné l’âge du monument, ce n’est pas une découverte, tout ça aurait dû être anticipé", affirme-t-il. 

"Dans le plan d’investissement actuel, deux campagnes de peinture ont été prévues et budgétisées au total à hauteur de 50 millions d’euros. Pour la première campagne, en cours, on dépasse déjà les 100 millions d’euros. Et il en reste encore pour 35 millions d’euros pour terminer cette campagne. Ça donne une idée de la façon dont ce plan d’investissement a été construit", poursuit-il.

Outre une sous-évaluation des budgets des travaux, les syndicats dénoncent le fait que la municipalité va fortement augmenter la redevance qu'elle perçoit sur les recettes de la Sete en 2025.

"La Ville compte prélever 50 millions d’euros par an, contre 16 aujourd’hui, explique Denis Vavassori. 50 millions, ça représente la moitié du budget annuel de la tour Eiffel. Tout ça aura forcément un impact sur l’entretien mais aussi la modernisation de certaines installations. Je pense aux ascenseurs, mais aussi au scintillement : le dispositif - qui était censé durer 10 ans - tient depuis 20 ans. Certaines guirlandes ne fonctionnent déjà plus, au bout d’un moment le monument ne ressemblera plus à rien."

"Ce joyau est en très bon état et nous continuons d’investir pour le rénover"

De son côté, Emmanuel Grégoire, le premier adjoint d’Anne Hidalgo, défend l’action de la Ville. "Jamais Paris ne manquera à son devoir de soutien de la Tour Eiffel. Ce joyau est en très bon état et nous continuons d’investir pour le rénover. Je fais confiance à la Société d’exploitation pour sortir de cette situation par le dialogue social", écrit-il sur X.

Karen Taieb, l’adjointe en charge du patrimoine, de l’histoire de Paris et des relations avec les cultes, souligne, elle, le "travail long et complexe" que représentent les travaux. "Avant de repeindre, une couche de peintures anciennes est retirée pour éviter d’augmenter le poids de l’ensemble de la tour", écrit-elle sur X, en réponse à un internaute qui s’inquiète du fait que le monument "est probablement corrodé".

Alors que la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet est venue soutenir les grévistes ce jeudi devant la Dame de fer, demandant à ce que l'intersyndicale puisse "négocier directement avec la mairie de Paris", les syndicats appellent à la création d’un fonds de dotation spécial en vue des dépenses importantes à engager ces prochaines années. "Au-delà des montants, on a surtout besoin de souplesse pour réaliser les travaux, souligne Denis Vavassori. En s'arc-boutant sur 50 millions d’euros, on va droit dans le mur. 800 personnes travaillent à la tour Eiffel et font vivre la 'grande dame'."

Signé en 2017, le contrat sur la délégation de service public à la Sete court jusqu'en 2030. La grève actuelle fait suite à un précédent mouvement fin 2023 : le 27 décembre dernier, le jour des 100 ans de la mort de Gustave Eiffel, le monument avait également fermé.

Contactée, la Ville de Paris n’a pas répondu à nos questions.

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