"Il faut casser les murs pour que ça se rencontre" : oui, les jeunes veulent lutter contre l’isolement social de leurs aînés

Si le sport et le numérique sont le mot d’ordre de la 26e édition du Salon des Seniors, l’importance de la construction d’un lien intergénérationnel ne semble pas perdue de vue. Le rendez-vous de nos aînés se déroule au parc des expositions de la porte de Versailles, dans le 15e arrondissement de Paris, jusqu'à ce samedi.

"On arrive à l'étape où cela va faire plaisir à tout le monde", annonce Guillaume, chef cuisinier, à une audience de septuagénaires captivés, ce jeudi 14 mars. Ce jour-là, il est le protagoniste de l'une des moultes animations en tous genres de cette 26e édition du Salon des seniors.

Guillaume poursuit sur les consignes pour la confection d’une ganache macarons chocolat-café fait maison. “Les recettes, c’est une base. Vous pouvez les agrémenter, faire ce que vous voulez”, admet-il. Une cuisine toujours “saine et gourmande” pour les organisateurs.

 

À deux pas, un “terrain de sport” se fait une place entre les stands d’aïkido, de gym douce et de la Fédération française de bowling et sport de quilles. Une petite quinzaine de personnes assistent, intéressées ou simplement curieuses, aux conseils d’Ivan du club Scorpions Bowling de Ballainvilliers, dans l’Essonne.

Justement, le mot d’ordre de cette édition en appelle au bien-être et à l'activité physique : “Le sport, c’est la vie. Bouger, c’est vital.” Sur place, les allées se remplissent au fil de la journée. Selon les organisateurs de ce salon sur inscription, près de 95% des visiteurs sont originaires de Paris et de la région Île-de-France. 

Septuagénaires et jeunes retraités – qui représentent plus de 60% des visiteurs et participants du salon – déambulent parmi de nombreux exposants allant des spécialistes du viager aux solutions pour patients diabétiques. Quasi-central, les caisses de retraites ont pignon sur rue – ou allée – avec un îlot de conseillers pour informer sur le départ ou le calcul de sa retraite. 

Le lien intergénérationnel est loin d'être rompu

Si le fil rouge des éditions précédentes était l’intergénérationnel, celui-ci n’est pas oublié. Créer du lien, c’est l’objectif de l’association Rhiz'homes, créée par six étudiants de Sciences Po Paris, lauréats du challenge de la Fondation Tocqueville. 

Ils sont jeunes et ils facilitent le contact. Le principe m’a beaucoup plu”, esquisse Odile, qui anime un atelier intergénérationnel de photographie depuis octobre dernier.

Ces ateliers gratuits qui rassemblent dix à vingt-cinq jeunes et résidents se déroulent au Carrefour des solidarités, rue de Crimée, dans le 19e arrondissement de Paris, ainsi que dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) avoisinant. “Il s’agit principalement de personnes entre 70 et 85 ans, voire 90 ans pour les plus âgées”, détaille Odile.

Nous sommes en lien avec la personne qui gère les activités de l’EHPAD. Elle est toujours très enthousiaste à la mise en place de nos ateliers”, décrit Gala, en service civique au sein de l’association, qui accueille également des jeunes du service national universel (SNU). 

Ce qui est intéressant, c’est que les plus vieux se sont aperçus que les plus jeunes ne savaient pas jouer à la belote

Odile, bénévole à l'association Rhiz'homes

à France 3 Paris Île-de-France

Ce qui est intéressant, c’est que les plus vieux se sont aperçus que les plus jeunes ne savaient pas jouer à la belote, relève Odile. Un atelier a ainsi été créé pour qu’ils puissent leur apprendre à jouer à belote. 

Selon Gala, les jeunes de 15 à 25 ans qui participent à ces ateliers intergénérationnels viennent d’eux-mêmes, par le bouche-à-oreille, ou via la plateforme JeVeuxAider.gouv.fr. “Nous aimerions nous développer dans d’autres EHPAD et structures en Seine-Saint-Denis, car les trois quarts de nos jeunes viennent de ce département”, conclut Gala.

Un million de lettres envoyées à des personnes âgées isolées

En face, les doudounes et les ballons jaunes de l’association 1 Lettre 1 Sourire enluminent leur stand. Une initiative citoyenne née durant les heures sombres de la pandémie de Covid-19 en 2020, l’association s'est donné comme objectif de “contribuer à donner le sourire” aux personnes âgées isolées et en EHPAD.

Selon une étude réalisée pour la fondation des Petits Frères des Pauvres et la CNAV par CSA Research en 2021, près de 2 millions de personnes âgées sont isolées des cercles familiaux et amicaux en France. Un chiffre qui a plus que doublé en seulement trois ans.

Nous faisons écrire aux jeunes, ainsi qu'à tous, des lettres de bienveillance à destination des personnes âgées isolées, à domicile ou en structure

Violaine Mazel, directrice du développement de 1 Lettre 1 Sourire

à France 3 Paris Île-de-France

"On dit qu'à Lille, le soleil n'est pas dans le ciel, mais dans le cœur des gens." Ce sont les mots de Baptiste, un jeune étudiant venant de s'installer à Lille, dans sa lettre déposée auprès de l'association. Celle-ci partira sur les routes pour égayer le quotidien d'une personne en quête de lien social.

"Nous faisons écrire aux jeunes, ainsi qu'à tous, des lettres de bienveillance à destination des personnes âgées isolées, à domicile ou en structure", décrit Violaine Mazel, directrice du développement de l'association.

Aujourd'hui, une personne s'estimant isolée peut également s'inscrire auprès de l'association et de recevoir l'une de ces fameuses "lettres de bienveillance". "Les collèges et les lycées font également écrire leurs élèves. Plus de huit-cents établissements sont inscrits notre site."

→ À lire aussi : VIDÉO : Créer du lien avec une personne âgée, le pari de l’association 1 lettre 1 sourire

Également, un partenariat avec les associations Petits Frères des Pauvres ou encore la Société Saint-Vincent-de-Paul, "qui rendent, eux, rendent visite aux personnes âgées isolées à domicile", permet à l'association de transmettre ses lettres. "Quand ils ont terminé leur visite, ils laissent une petite lettre. [...] Une personne âgée nous a confié qu'elle conservait toutes ses lettres pour qu'elle puisse les relire lors d'une baisse de moral."

Une personne âgée nous a confié qu'elle conservait toutes ses lettres pour qu'elle puisse les relire lors d'une baisse de moral

Violaine Mazel, directrice du développement de 1 Lettre 1 Sourire

à France 3 Paris Île-de-France

Dix cousins entre 14 et 24 ans sont à l'origine de l'association. Originaires de La Madeleine, près de Lille dans le département du Nord, ils ont été frappés par les résidents des EHPAD "en train de mourir de solitude", cite Violaine Mazel. En quatre ans d'existence, plus d'un million de lettres de bienveillance ont été envoyées à des personnes âgées isolées.

Aujourd'hui, l'association travaille à créer des jumelages entre une école, un lycée ou une université et une mise en retraite "proche". L'objectif : créer des liens durables, pérennes et de proximité, et ainsi "casser les murs de l'école et de l'EHPAD pour que ça se rencontre".

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