Infirmier(e)s scolaires, une profession à bout

Surcharge de travail, risques psycho-sociaux, bas salaires... La profession, oubliée "du Ségur", souhaite se faire entendre. Les infirmières scolaires manifestent le 10 juin à Paris pour dénoncer leurs conditions de travail, déjà précaires, elles se sont détériorées avec la pandémie de Covid-19.

Une infirmière scolaire explique, dans une salle de classe, à des élèves de 6ème comment bien se laver les mains.
Une infirmière scolaire explique, dans une salle de classe, à des élèves de 6ème comment bien se laver les mains. © PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP/ Alexandre MARCHI.

Infirmière de l'Education nationale, Samia se partage entre 3 groupes scolaires et un collège à Noisy-le-Grand en Seine-Saint-Denis. Au total, elle à sa seule charge 1800 élèves. 

Tous les problèmes de la société se retrouvent au sein de nos infirmeries.

Samia, Infirmière de l'Education nationale 

"J’accueille les élèves, je les écoute, les oriente, les soigne. Cette année, j’ai observé une détresse bien plus importante qu’auparavant. Idées noires, scarifications, passages à l’acte. Les élèves ne se projettent pas dans l’avenir. Certains disent qu’ils ne veulent pas avoir d’enfants…", livre-t-elle. Avec elle, les élèves se confient quand ils le peuvent : angoisses liées à la pandémie, violences des réseaux sociaux, cyber harcèlement. On encore la violence intra-familiale qu'ils subissent. "Tous les problèmes de la société se retrouvent au sein de nos infirmeries", résume-t-elle.

Alors, avec 1800 élèves à sa charge, à la question avez-vous l’impression de faire votre travail correctement, la réponse de Samia ne surprend pas. "J’ai juste une impression de sous-poudrage. Nous n’avons pas les moyens en temps et les moyens matériels pour travailler correctement".

"La crise épidémique a aggravé des conditions de travail déjà précaires", explique-t-elle. "J’essayais de joindre les élèves, notamment les décrocheurs le soir, de chez moi. Je n'avais pas tous les numéros pour les joindre. Je n’avais ni téléphone, ni ordinateur professionnels". Et de poursuivre : "Cette année, nous avons dû reléguer nos missions premières".

L’écoute, la détection, la prévention occupent une large place dans le quotidien des infirmier(e)s scolaires en France mais ces tâches ont été mises à mal par la pandémie. Il leur a fallu mettre en place les protocoles sanitaires, s'occuper du traçage des cas contacts, prendre en charge les malades, prévenir les familles, les chefs d'établissements. "Et cela sans parler des autotests dans les lycées qui ont complètement submergé les collègues", s'exclame Samia. 

Je n’ai pas l’impression d’exercer mon métier correctement

David G. infirmier de l'Education nationale en lycée

David G. en sait quelque chose, infirmier scolaire dans un lycée en Seine-Saint-Denis, il a découvert dans les médias à la veille de la rentrée des vacances de Pâques qu’il allait devoir déployer les auto-tests. "Un énorme surcroît de travail : lire les protocoles, les décrypter, expliquer au chef d’établissement et aux élèves le fonctionnement des tests. En une semaine, j’ai fait 48 interventions dans les classes pour demander le consentement des lycéens", détaille David G. Un consentement que peu d'élèves finiront par donner. Sur 700, seuls 200 d'entre eux ont répondu positivement. "Tout cela s'est fait au détriment de mon travail habituel. Je n’ai pas l’impression d’exercer mon métier correctement", déplore-t-il.

Comme 66 % de ses collègues, selon les chiffres du SNICS-FSU, David G. avoue qu'il pense parfois à changer de métier. "Moralement c’est très dur. Il y a quelque chose qui s’appelle la charge mentale. Je me réveille la nuit en me disant "je n’ai pas fait si, je n’ai pas fait cela". Il y a de plus en plus d’infirmiers qui prennent des disponibilités ou qui quittent l’Education nationale carrément. Moi-même j’y pense de plus en plus", avoue-t-il.

Selon le SNICS-FSU, le Syndicat majoritaire des infirmier.es de l'Éducation nationale, 2/3 d'entre eux se déclarent en souffrance et 66 % veulent quitter la profession. 

66 % des infirmier(e)s scolaires veulent quitter la profession

Snics-FSU

"C’est alarmant", alerte Carole Pourvendier, secrétaire académique du SNIC-FSU à Créteil qui appelle à une grande mobilisation dans les rues de Paris le jeudi 10 juin. "Nous allons déposer un cercueil devant l'Assemblée nationale". Un symbole pour décrire une profession qui se dit en souffrance.

"Nous demandons un recrutement massif . Nous nous mobilisons également concernant la rémunération. Le salaire moyen d’une infirmière scolaire à l’Education nationale est 2100 euros. Ce n'est pas à la hauteur de nos compétences spécifiques et des enjeux de l'école. Nous sommes loin derrière les autres pays de l'OCDE", dénonce-t-elle. "Nous n’ont pas été conviés au Ségur", dénonce-t-elle.

La France compte 7700 infirmier(e)s de l'Education nationale pour 62 000 établissements. 1300 en Île-de-France. Environ 18 millions de consultations annuelles sont effectuées chaque année. 

 

 

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