Inflation. "Quand les dettes s'accumulent, cela fait boule de neige, on se retrouve noyé". Crésus, une association qui vient en aide à ceux qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts

Dans le contexte inflationniste et son impact sur le pouvoir d'achat des ménages, le nombre de dossiers de surendettement déposés en 2023 est en hausse de 7 % par rapport à 2022. L'association Crésus créée il y a plus de 30 ans a pour objectif d'accompagner les personnes en situation de fragilité financière.

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Marie, jeune trentenaire vient pour la deuxième fois dans les bureaux de l'association Crésus d’Île-de-France. C’est son assistante sociale qui lui a conseillé de monter un dossier de surendettement.

Marie est divorcée et s’occupe une semaine sur deux de son petit garçon handicapé en garde alternée chez son père. Pour ce deuxième rendez-vous avec Marie-Thérèse Raulois, conseillère en charge de son dossier chez Crésus, elle a apporté tous les papiers nécessaires pour finaliser le dossier de surendettement qui sera présenté à la Banque de France. Sa dette principale pour défaut de paiement de loyer s’élève à 7 000 euros auquel s'ajoute une facture d'électricité de 400 euros.

Tous les papiers sont rassemblés sur le bureau. "C’est indispensable d’avoir tous les documents pour que la Banque de France estime au plus près votre situation”, explique la conseillère Crésus Île-de-France. "Le courrier qui accompagne le dossier est capital", insiste-t-elle. Cette lettre résume la situation de la jeune femme qui est au chômage et vit seule avec un fils handicapé.

Au fil du rendez-vous, Marie se détend un peu. Depuis la séparation avec son mari, elle enchaîne les petits boulots précaires qui ne lui permettent pas de résorber sa dette de loyer, et s’inquiète de ce manque de stabilité pour son petit garçon.

Une première facture d'électricité non payée, un crédit pour la rembourser et des taux d'intérêt parfois élevés… "Quand il y a peu de rentrées d'argent et que les dettes s'accumulent, cela fait boule de neige. On se retrouve noyé", constate Marie-Thérèse Raulois qui travaille bénévolement dans l'association. "Je suis une urgentiste", explique-t-elle, comme dans le domaine médical, elle agit dans l'urgence pour "sortir la tête de l'eau" de ses bénéficiaires.

Ce mardi après-midi dans les locaux parisiens de l'association, les rendez-vous s'enchaînent. La situation de Laura, inquiète Marie-Thérèse Raulois. "Vous rendez compte que le 31 mars, vous allez-vous retrouver à la rue ?", demande la conseillère.

C’est la quatrième fois que Laura a rendez-vous chez Crésus Île-de-France, mais son dossier est toujours incomplet, mal rempli. Patiemment, la conseillère reprend tout avec la quinquagénaire un peu dépassée par la situation. "C’est depuis le Covid que les choses se sont compliquées pour moi", explique-t-elle. "J’ai perdu mon travail et à partir de là tout s’est enchaîné et mes dettes se sont accumulées. Aujourd’hui je dois 1 700 euros à mon bailleur pour des retards de loyer".

Devant son écran, Marie-Thérèse Raulois liste les documents manquants pour finaliser le dossier de Laura. "Pour pouvoir envoyer votre dossier de surendettement à la Banque de France, il faut encore votre carte d'identité recto verso, plus les deux derniers relevés bancaires, ainsi que le justificatif de Pôle emploi", continue la conseillère. Laura sort du bureau en remerciant la conseillère de son aide, soulagée de voir "peut-être, une solution au bout du tunnel".

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Dédramatiser le surendettement

Si le dossier de surendettement est déclaré recevable, il existe trois cas de figure : la Banque de France négocie avec les créanciers un échéancier sur plusieurs mois pour que la personne règle sa dette, soit elle prononce un moratoire (la dette est gelée pendant au maximum 24 mois), ou encore un effacement partiel ou total des dettes.

En 2023, plus de 14 000 dossiers de surendettement ont déposé en Île-de-France. Les personnes en grande difficulté franchissent souvent très tardivement les portes des points d'accueil de Crésus, quand "il n'y a que la Banque de France pour (les) sauver". "Il faut dédramatiser le surendettement", souhaite Pauline Dujardin, juriste de la Fédération Crésus.

Existante depuis 1989, la procédure de surendettement souffre toujours d'une "mauvaise réputation", malgré des évolutions plus protectrices pour le débiteur, note Pauline Dujardin. Elle observe que les craintes de "perdre sa maison" ou d'être "interdit bancaire" restent tenaces, et plus largement une "réticence à constater qu'on a besoin d'aide". "Et c'est à ce moment-là qu'on commence à prendre des crédits pour payer des crédits, à demander de l'argent à droite à gauche, et qu'on se retrouve dans des situations inextricables", appuie Pauline Dujardin.

Même analyse pour Jean-Paul Lerner, président de l'association Crésus Ile-de-France. "Les personnes qui sont financièrement les plus précaires sont aussi celles qui sont les plus précaires en termes d’information”. "Il y a beaucoup de gens qui sont surendettés qui ne connaissent pas les dispositifs qui sont disponibles pour les protéger, et qui n’ont donc pas le réflexe de déposer un dossier de surendettement", explique-t-il.

Des formations gratuites pour mieux gérer son budget

En Île-de-France, 6 000 personnes ont été accompagnées par l'association en 2023. Le public le plus touché par le surendettement reste les personnes isolées et les femmes. Le revenu mensuel par foyer est à peine supérieur à 1 500 euros.

L'association Crésus lutte contre le surendettement à la fois par un volet curatif c’est-à-dire par le dépôt d'un dossier de surendettement, mais aussi par un volet préventif, explique Jean-Paul Lerner. "Les deux sont extrêmement interdépendants", ajoute-t-il. "Quand une personne bénéficie d’un plan de désendettement. Elle se trouve dans une situation nouvelle qui dans l’immédiat est plus facile à gérer, mais il n’empêche qu’il faut s’assurer qu’elle ne retombe pas dans le surendettement. Nous faisons de la prévention pour éviter une rechute", explique le président de l'association.

Comment prévenir le surendettement ? "La solution passe par l’éducation", constate Jean-Paul Lerner. "Lors des ateliers d’éducation budgétaire et bancaire, nous proposons des outils et des méthodes très simples. La gestion d’un budget concerne tout le monde : c'est savoir ce que l’on gagne, ce que l’on dépense, et faire en sorte de baser ses dépenses sur ce qui est disponible", précise-t-il.

Ne prenez pas un crédit pour en rembourser un autre

Jean-Paul Lerner

Faire ses comptes pour mieux calculer son budget, ne pas hésiter de prendre rendez-vous avec son banquier pour éviter les découverts, ne pas recourir à un nouveau crédit pour rembourser des crédits en cours. "Bien sûr prendre un crédit pour acheter une machine à laver, c'est une solution", explique Jean-Paul Lerner,"mais recourir à un crédit pour compenser des revenus insuffisants par rapport au niveau de dépenses, c’est une mauvaise solution, c’est le mal endettement", souligne-t-il.

Un autre outil de prévention contre le surendettement, c'est aussi la connaissance de ses droits. "Le problème du non-recours au droit est très élevé en France. Il faut savoir que 40 % des gens qui sont habilités à recevoir le RSA, ne le perçoivent pas parce que c’est un droit quérable, c’est-à-dire qu'il faut le demander", constate le président de Crésus Île-de-France.

La Banque de France répond au 3414

Pour informer sur le surendettement, la Banque de France a lancé en octobre 2022 un numéro unique, le 3414. Ce numéro sert pour des demandes de renseignements généraux ou des prises de rendez-vous, il n’a pas vocation à délivrer des informations nominatives, précise l'institution. Auparavant, il existait plus de 200 numéros de téléphone différents.