Le rachat du cinéma parisien La Clef en bonne voie, avec le soutien de Martin Scorsese

Plus d’un an après son expulsion du dernier cinéma associatif de Paris, le collectif "La Clef Revival" a signé un compromis d’achat et espère rouvrir les lieux début 2024. Mais reste une dernière ligne droite : boucler la campagne de financement pour réunir la somme manquante.

Le collectif "y est presque". La Clef Revival a annoncé mercredi avoir signé un accord en vue de racheter ce ciné du quartier latin, squatté et autogéré pendant deux ans par un ensemble de citoyens et de cinéphiles avant l’expulsion de ses occupants en mars 2022. Le montant conclu dans le compromis de vente : 2,9 millions d’euros pour l’espace de 800 m2, qui accueille deux salles de projection - l’une de 120 places et l’autre de 60 places.

Une "bonne nouvelle" pour l’association, réagissent Claire-Emma et Chloé, deux membres de La Clef Revival. Mais c’est aussi le début d’un compte à rebours de six mois : le collectif doit réunir la totalité des fonds d’ici le 26 octobre.

Pour compléter un prêt bancaire garanti, l’association compte, d’un côté, sur une campagne de financement participatif, qui réunit à ce stade 200 000 euros sur un objectif de 400 000 ; et, de l’autre, sur une campagne de mécénat, qui enregistre aujourd’hui 600 000 euros sur le million visé.

"C’est la dernière ligne droite"

"C’est une étape qu'on attend depuis un an, explique Claire-Emma. C’est la dernière ligne droite. On espère que l’annonce de cet accord, qui concrétise notre espoir de rouvrir La Clef, va relancer un peu plus la machine."

Mathieu Amalric, Olivier Assayas, Agnès Jaoui, Leos Carax… Parmi les personnalités du milieu du cinéma qui défendent le projet, le collectif peut désormais compter sur un soutien particulièrement prestigieux : Martin Scorsese.

"L’histoire de La Clef doit être préservée d’autant plus précieusement qu’elle a été ramenée à la vie par des personnes qui se sont réunies pour l’amour du cinéma et la liberté qui en découle. Le bâtiment doit être sauvé et les projecteurs continuer à fonctionner", affirme le réalisateur américain dans une lettre ouverte publiée par Libération.

Le cinéma d'art et d'essai, dont l’histoire remonte à 1973, avait fermé en 2018 avec le départ de son exploitant, trois ans après la mise en vente des murs par leur propriétaire, le CSE de la Caisse d’épargne d’Île-de-France. Alors que le Groupe SOS avait signé en novembre 2020 un compromis de rachat pour plus de 4 millions d’euros, ce géant de l’économie sociale a finalement depuis renoncé au projet. Une opération immobilière combattue par les squatteurs, opposés aux "logiques entrepreneuriales" du groupe.

"Soustraire La Clef aux pressions immobilières"

"Tous les cinémas doivent pouvoir continuer à exister, malgré les pressions spéculatives qui pèsent sur eux, souligne aujourd'hui Chloé. La Clef a historiquement une identité éditoriale très forte, qui défend des films peu diffusés, qui ne trouvent pas leur place ailleurs."

Le projet de réouverture comprend "une séance minimum par jour" et des rencontres, avec "une billetterie à prix libre garantie par un accord avec le Centre national du cinéma (CNC)", explique Chloé. Sont aussi prévus un café associatif, des ateliers d’éducation à l’image, une résidence d’écriture de scénarios mais aussi la mise en location de salles de montage et de post-production "à des tarifs solidaires", assure la membre de La Clef Revival.

Le collectif, qui réunit entre 30 et 40 membres, souhaite faire de l’espace "un bien commun" indépendant, pour "le soustraire aux pressions immobilières", rappelle Claire-Emma. "Mais le bien commun n’existe pas en France. Donc un fonds de dotation, en tant que propriétaire du cinéma, donnera l’usage des lieux à l’association La Clef Revival. Et les statuts de ce fonds de dotation, qui est une structure sans actionnariat, sont très contraignants quant à une possibilité de revente. Inversement, les mécènes n’auront pas de pouvoir d’ingérence quant aux décisions de l’association", affirme-t-elle.

Le collectif espère rouvrir les portes du 34 rue Daubenton en janvier 2024, le temps de nettoyer le ciné et de remettre en ordre le matériel, avant de rallumer les projecteurs.